‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 102 sur 186 · Le domaine de la Morale · texte numérisé non relu

Le domaine de la Morale

Saint Thomas, les philosophes de l'école de Cousin et les sociolog-ues contemporains délimitent et subdivisent différemment le domaine qui est, d'après le premier, celui de la philosophie morale; d'après les seconds, celui du droit naturel; d'après les derniers, celui de la science des mœurs.

Saint Thomas commence par constater l'existence d'une morale individuelle et d'une morale sociale. La première régit la conduite des individus, quel que soit d'ailleurs l'objet ou le terme de leur activité; la seconde règle les mouvements des collectivités, en particulier de la famille et de l'Etat.

L'une et l'autre doivent, d'après lui, former l'objet d'une science distincte; la science sociale se subdivise même en science de la société familiale et science de la société politique.

Le fondement de cette division et de cette subdivision gît danj ce fait que la famille et l'Etat ne sont pas purement des sommes d'individus; ce sont des groupes dont chacun forme un tout doué d'une vie propre; et, entre eux, ils ne diffèrent pas seulement quantitativement, en plus ou en moins: ce sont des réalités spécifiques, formellement distinctes l'une et l'autre.

Il en résulte que, d'après saint Thomas, il y a lieu de diviser la philosophie morale en trois parties : la morale individuelle, la morale domestique, la morale politique (O-

1. Ordo actionum voluntariarum pertinet ad considerationem moralis philosophiae... Homo autem naturaliter est pars alicujus

Morale et sociologie. 19

Nous savons déjà, pour avoir étudié leur méthode (}), que les moralistes critiqués par l'Ecole sociologique, négligent ces distinctions. Ne voyant dans la société qu'une collection, ils dérivent de la nature de l'individu les préceptes de la vie collective et ils font de la science sociale une simple déduction de la science morale.

Quant aux sociologues, ils assignent comme matière à la science des mœurs les « faits moraux ». — Mais qu'entendent-ils par là?

On sait l'importance extrême qu'ils attachent aux définitions préliminaires {^). Observant les choses en ellesmêmes et du dehors, au lieu de rester dans l'idéologie; écartant les prénotions, pour ne pas substituer à la réalité une vue de l'esprit; groupant les phénomènes, en

multitudinis... domesticae... civilis... Hoc totum, quod est civilis multitiido vel domestica familia, habet solam unitatem ordinis, secundum quam non est aliquid simpliciter unum. Et ideo pars ejus totius potest habere operationem quae non est operatio totius. Habet nihilominus et ipsum totum aliquam operationem quae non est propiia alicujus partium sed totius. Non autem ad eamdem scientiam pertinet considerare totum quod habet solam ordinis unitatem et pariei ipsius. Et inde est quod moralis philosophia in très partes dividitur. Quarum prima considérât operationes unius hominis ordinatas ad finem quae vocatur monastica. Secunda autem considérât operationes multit'udinis domesticae quae vocatur oeconomica. Tertia autem considérât operationes multitudinis civilis quae vocatur politica (S. Thomas, In decem lïbros Ethicorum, lib. I, lect. 1). — Dlversi fines sunt bonum proprium unius et bonum familiae et bonum civitatis et regni (S. Thomas, Summa theologica, 11-^ H^^^ q. 47^ art. 11). — Bonum commune civitatis et bonum singulare unius personae non differunt solum secundum multum et paucum, seà secundum formalem differentiam. Alia enim est ratio boni communis et boni singularis, sicut alia est ratio totius et partis. Et ideo Philosophus dicit quod non bene dicunt qui dicunt civitatem et domum, et alia hujusmodi, dif ferre solum multitudine, et paucitate, et non specie (S. Thomas, Summa theologica, 11^ IJae^ q. 53, art. 7, ad 2"^).

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