Lévy-Brûhl, La morale et la science des mœurs, p
2. Ethicorum, II, 2. — Cfr. Summa theologica, l^, q. 14, art. 16.
sûrs (1). M. Durkheim, en proclamant son dessein de «faire la science de la morale», a soin d'ajouter: «Mais de ce que nous nous proposions avant tout d'étudier la réalité, il ne s'ensuit pas que nous renoncions à l'améliorer ; si nous séparons les problèmes théoriques des problèmes pratiques, c'est pour nous mettre en état de mieux résoudre ces derniers » (^). M, Lévy-Briihl tiendra le même langage, quand il apportera à sa pensée des précisions nouvelles : Si le point de vue théorique, ou l'étude scientifique de la réalité donnée, doit être soigneusement séparé du point de vue pratique, c'est-à-dire de la détermination des fins et des moyens, c'est, dit-il, dans l'intérêt commun de notre savoir et de notre pouvoir. Mais le but reste double : il est de fonder une science de la nature morale et un art rationnel qui tire des applications de cette science (^j.
Si les sociologues affirment que leurs recherches seront « désintéressées et toutes théoriques » et « n'auront d'autre fin directe et immédiate que l'acquisition du savoir » (*), c'est seulement par tactique, pour mieux manifester la nécessité de rompre avec des errements persistants.
1. A. Comte, Cours de philosophie positive, 48^ leçon, t. IV,
2. E. Durkheim, De la division du travail social, l^e éd., préface, p. III.
3. L. LÉVY-Brûhl, Réponse à quelques critiques, dans REVUE PHILOSOPHIQUE, juillet 1906, p. 11. — La préoccupation d'améliorer les mœurs au moyen des indications de la science se fait déjà jour dans son livre, en ce passage, par ex. : « Supposons que nous connaissions d'une façon positive les conditions physiologiques, psychologiques et sociales des différentes sortes de délits et de crimes : cette connaissance ne foumira-t-elle pas des moyens rationnels, et qui ne seront plus matière à discussion, de prendre les mesures, soit préventives, soit répressives, les plus propres à réduire à leur minimum les délits et les crimes? /> (L. LÉVY-BRiiHL, La morale et la science des mœurs, p. 274).
4. LÉVY-BRiiHL, La morale et la science des mœurs, pp. 9 et 33.
Assurément, dans leur plan de travaux, il est des investigations dont on n'aperçoit pas encore quelle utilité l'art moral pourrait en recueillir. C'est le cas, par exemple, de la dissertation de M. Durkheim sur les origines de la prohibition de l'inceste, où il se flatte d'éclairer les dispositions du Code civil défendant les mariages entre parents, par ce qu'il se représentait comme étant les croyances totémiques des primitifs (i).
Mais une distraction individuelle ne doit pas faire oublier l'idée inspiratrice du mouvement sociologique. Ses promoteurs ont eu et gardent la louable ambition de réparer une grave lacune du Droit naturel. Ils désirent connaître le mieux possible la société, avant de lui prescrire des règles. La sociologie ne constitue dans leur pensée que la substructure d'un édifice dont la politique leur apparaît comme le faîte. L'une est le prolongement de l'autre. Les deux forment un bloc.
Ils sont revenus, sans s'en douter, à la conception thomiste. Leur science des mœurs + leur art rationnel = la scientia practica de saint Thomas.