‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 113 sur 186 · Ihid. et Le suicide, p. 434 et suiv · texte numérisé non relu

Ihid. et Le suicide, p. 434 et suiv

par Rousseau. Tandis que M. Lévy-Briih] s'étonne de leur timidité intellectuelle, M. Durkheim les traite de novateurs, sinon de révolutionnaires (i) ; et il assure que la sociologie nous prémunira contre leurs entreprises subversives en nous communiquant « un esprit sagement conservateur » (^).

Enfin, quelque usage qu'ils fassent de leur méthode, il ne négligera pas une occasion de la condamner. Raisonnant, dit-il, comme s'il s'agissait de trouver le principe d'une législation morale à instituer de toutes pièces, les moralistes commencent par formuler une certaine conception de l'idéal moral ; mais ce point de départ est un pur postulat de la sensibilité individuelle, car chacun érige en fin dernière quelque desideratum particulier {^). Or, « si le désirable doit être déterminé par une sorte de calcul mental, aucune borne ne peut être assignée aux libres in-

1. « La spéculation morale des philosophes ne s'est jamais donné pour but de traduire fidèlement une réalité morale déterminée. L'ambition des philosophes a bien' plutôt été de construire une morale nouvelle, différente, parfois sur des points essentiels, de celle que suivaient leurs contemporains où qu'avaient suivie leurs devanciers. Ils ont été plutôt des révolutionnaires et des iconoclastes » (E. Durkheim, Détermination du fait moral, p. 196).

« Les philosophes, dit au contraire M. Lévy-Brùhl, tiennent à ne pas être désavoués par la conscience morale commune... L'auteur ne se sent tranquille que si les principaux principes formulés par lui sont, pour ainsi dire, acceptés d'avance par la conscience commune... Il ne se rencontre guère de doctrine morale qui ose se déclarer ouvertement en désaccord, sur les questions de pratique, avec la conscience morale de son temps... Tous prennent garde de choquer par leurs préceptes, la conscience morale de leur temps » (L. Lévy-Brùhl, La morale et la science des mœurs, p. *38).

Ces deux jugements ne se ressemblent que par un égal dédain de la précision. En fait, le premier s'applique à Rousseau ; le second, aux spiritualistes cousiniens.

2. De la division du travail social, V^ édition. Préface, p. V.

3. De la division du travail social, 2^ édition. Introduction, p. 7. — Le suicide, p. 369.

ventions de l'imagination. Le but de l'humanité recule donc à l'infini, décourageant les uns, enfiévrant au contraire les autres qui, pour s'en rapprocher, se précipitent dans les révolutions >(^).

L'abus qu'on a pu faire des «fins», n'est pas la seule raison de l'aversion que M. Durkheim éprouve à leur endroit- Sa pensée maîtresse est de faire admettre qu'une science sociologique est possible. Pour le prouver, il postulera tout simplement le déterminisme social: «Il faut, dit-il, affirmer l'unité de la nature et renoncer à considérer l'humanité comme un monde à part, soustrait au déterminisme. Les faits sociaux doivent être traités comme des phénomènes naturels soumis à des lois nécessaires» (^j. Ceux qui n'ont pas compris cela, n'ont pas, à son avis, fait œuvre scientifique. Tel Wagner admettant que la volonté humaine, dirigée vers un but défini, donne à l'économie sociale sa forme intentionnellement déterminée {^) ; tel Schaeffle, considérant les phénomènes moraux et sociaux comme conscients et réfléchis (^) ; tel Ihering, prenant la cause finale pour le grand moteur de notre conduite (^). Le plus souvent, dit M. Durkheim, nous ignorons les motifs véritables de notre action (*^). En tout cas la cause d'une institution ne saurait consister dans une représentation anticipée de ses effets (^). Tout dans la vie sociale se passe

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