De la division du travail social, 2c éd., pp
Et c'est cela précisément qu'il eût fallu démontrer. Il se contente d'affirmer, de supposer ou de postuler, « que, pour les sociétés comme pour les individus, la santé est bonne et désirable ». Il ne prouve point ce qu'il se flattait de prouver.
La cause de son échec est manifeste. Il s'est aventuré dans une tentative impossible, en exigeant de la science, qu'il définit « la connaissance du réel », un concours qui dépasse ses forces.
Il est au pouvoir de la science, telle qu il la définit, de nous apprendre les résultats habituels d'une pratique adoptée, les effets ordinaires d'un régime suivi. Si nous désirons ces résultats, si nous voulons ces effets — et qu'en outre nous ayons le souci d'être conséquents avec nous-mêmes — nous nous en tiendrons à la pratique ou au régime dont l'efficacité est scientifiquement établie.
Mais la science, en tant qu'elle est simplement la connaissance du réel, — ne peut imposer l'obligation de vouloir la santé. Le désir de la santé, ou plutôt les différents besoins de la nature individuelle et sociale que M. Durkheim enveloppe dans ce mot, préexistent. Ce sont eux qui provoquent les recherches de la science; celle-ci ne fait que mettre ses renseignements à leur disposition (^).
La science sort à toutes fins^ à faire vivre, mais aussi à
1. In operab^ibus oportet finem supponere. Non consiliamur de finibus sed de his quae sunt ad fines. Medicus non consiliatur an debeat sanare infirmum, sed hoc stipponit quasi finem. Nec Rhetoricus consiliatur si debeat persuadere, sed hoc intendit quasi finem. Nec etiani' Foliticus id est rector civitatis consiliatur an debeat facere pacem auae se habet ad civitatem sicut sanitas ad coupus hominis. Et sic nullus aliorum operantium consiliatur de fine (S. Thomas, Ethicorum, III, 1, 8). Finis, de quo non est consilium, supponitur in cancilio ut principium (S. Th., h^ Ilac, q. 14, art. 6).
faire mourir. Les uns vivent hygiéniquement ; les autres tuent scientifiquement.
La scciologie aura beau étaler les résultats du libéralisme économique, elle ne modifiera pas la politique de ceux qui aiment quand même ces conséquences, c'està-dire qui préfèrent la lutte à la paix, la liberté à la réglementation.
Certes, des individus changeront parfois de conduite à la suite d'une démonstration scientifique; ils deviendront abstinents quand l'hygiéniste leur aura révélé les suites de l'alcoolisme ; ils renonceront peut-être à la pratique néo-malthusienne quand le démographe leur en aura appris les répercussions. Mais la science ne crée pas le désir des fins que se proposeront désormais les convertis. Jadis étouffé par d'autres, devenus plus impérieux, ce désir était resté latent. Le sachant contrecarré ou menacé, on l'examine, on le compare avec ses rivaux. Mais le choix qui interviendra, la science ne le dicte pas ; elle ne détermine pas la préférence. Elle a été simplement le fait nouveau qui est venu provoquer la revision d'un jugement de valeur.
En somme, l'attitude de M. Durkheim en face du problème des fins n'est pas caractérisée par une parfaite cohérence. Déterministe en théorie et par système, il est finaliste en pratique et par nécessité. Sociologue de profession, il est moraliste par goût. Contempteur hautain d'une méthode, il s'oublie à en uaer copieusement. Inventeur prétendu d'une théorie nouvelle, il échoue net à l'heure de la démonstration.
Comment saint Thomas résout-il le problème des fins de l'action?
11 prend pour point de départ la constatation d'un fait. Il observe qu'en délibérant sur une décision à prendre, nous nous appuyons toujours à un principe qui, pour l'heure du moins, n'est pas contesté. Ce principe n'est pas une proposition dont l'objet est d'énoncer ce qui est vrai : c'est un jugement de valeur; il affirme que telle fin est bonne, désirable, obligatoire, ou le contraire. Il constitue la majeure d'un syllogisme dont la mineure sera une vérité de fait, à savoir que tel moyen assure, ou non, dans des conditions déterminées, l'obtention de la fin voulue Q).
De certains de ces principes, saint Thomas dit qu'ils sont « premiers, », analogues aux critères suprêmes de l'ordre spéculatif ("). C'est d'eux que nous partons quand nous voulons agir: ils indiquent la direction. C'est à eux que nous retournons en cas d'hésitation : ils restent la norme permanente i^^j.
Ils sont, dit-il encore, indémontrables (*). Ils portent leur valeur en eux-mêmes et ne la tiennent pas d'ailleurs.
1. Conferens de agendis utitur quodam syllogisme '(<S. Th., l^ IJac^ iq. 76, art. 1). Ratio practica utitur quodam syllogisme in operabilibus. Ideo est invenire aliquid in ratione practica quod ita se habeat ad operationes, sicut se habet propositio in ratione speculativa ad qonclusiones. Et hujusmodi propositiones universales rationis practicae ordinatae ad actiones, habent rationem legis (^'. Th., l'i Ilac^ q. 90, art. 1, ad 2^).
2. Praecepta legis naturae hoc modo se habent ad fationem practicam, sicut principia prima demonstrationum se habent ad rationem speculativam. Utraque enim sunt quaedam principia per se nota {8. Th., I^ Ilae, q. 94, art. 2).
3. Ratiocinatio humana, secundum viam inquisitionis vel inventionis, procedit a quibusdam simpliciter intellectis quae sunt prima principia; et rursus, in via judicii, resolvendo redit ad prima principia, ad quae inventa examinât (;S. Th., I», q. 79, art. 8).
4. Ex praeceptis legis naturalis, quasi ex quibusdam principiis communibus et indemonstrabilibus, necesse est quod ratio humana procédât ad aliqua magis particulariter disponenda (S. Th., I'^ Ilae, q. 91, art. 3). Sicut enim in speculativis... ita etiam in operativis sunt
Nous y adhérons spontanément ^^j. Ce ne sont pas de laborieux acquêts de la raison pratique. Ils constituent son bien propre ; on la conçoit si peu sans eux, que volontiers on les dirait innés {^).
D'oii viennent-ils, cependant, car tout a une cause?
Ils naissent de nos besoins devenus conscients, de leurs exigences ressenties et reconnues.
Du fond de notre être jaillissent des aspirations, émergent des tendances. Ces désirs que nous éprouvons, ces inclinations que nous constatons, nous donnent l'idée de bien. Nous appelons bon ce qui répond à ces aspirations, ce qui satisfait ces tendances. Et si nous voulons rendre raison d'une décision ou d'une démarche, nous la justifierons en disant qu'elle nous a semblé bonne. Le principe qu'il faut vouloir et faire le bien, apparaît à l'analysQ comme le premier et le plus général principe de la raison pratique (^).
Formule vide, dira-t-on. Soit. Mais il suffira de faire attention aux différents besoins, de distinguer les inclina-
quaedam principia naturaliter cognita quasi indemonstrabilia principia et prcpinqua his, ut malum esse vitandum, nulli esse injuste nocendum, non furandum et similia (.EtMcorum, L. Vi, 1. 12).
1. In natura humana oportet esse cognitionem veritatis sine inquisitione et in speculativis et in practicis; hanc cognitionem opo-rtet homini naturaliter inesse; ita in anima kumana est quidam habitus naturalis primorum principiorum operabilium, quae sunt naturalia principia juris naturalis. (S. THOMAS, De Veritate, q. 16, art, 1).
2. Principia prima dicuntur naturaliter cognita (>S'. Th., I^ Ilae^ q. 51, art. 1, arg. s. c). In ratione hominis insunt naturaliter quaedam principia naturaliter cognita tam scibilium quam agendorum, quae sunt quaedam seminalia intellectualium virtutum et moralium |*S'. Th., la Ilae^ q. 63, a. 1).
In ratione practica praeexistunt quaedam, ut principia naturaliter nota, et hujusmodi sunt fines virtutum moralium, q'uia finis se habet in operabilibus, sicut principium in speculativis {S. Th., 11^ Ilae^ q. 47, art. 6).
3. Bonum est primum quod cadit in apprehensione practicae rationis. Frimum principium in ratione practica est : Bonum est quod om-
tions, de classifier les biens auxquels les hommes tendent, pour donner à la formule un contenu; pour expliciter la norme suprême en plusieurs autres, générales encore mais déjà plus précises ; pour déterminer les fins naturelles du vouloir et de l'agir; pour retrouver enfin ces principes d'une valeur indiscutée auxquels nous faisons toujours appel en justifiant nos décisions et qui forment la majeure de nos syllogismes pratiques i^).
C'est ainsi que procède saint Thomas. Il ne se contente pas de noter l'universalité de la tendance au bonheur et du désir du bien en général ; il fait le relevé des aspirations qui se font jour communément dans l'espèce humaine et il en signale qui s'observent, pour ainsi dire sans exception, partout, toujours, et chez tous.
Celles-là renseignent évidemment sur le fonds intime du sujet qui les éprouve. Elles découvrent son mode d'être constant, sa manière propre d'agir et de réagir, sa préoccupation dominante. Elles sont l'être lui-même, s'aff irmant avec ses nécessités ; clamant ce qu'il veut avoir, ce qu'il doit devenir; tendant d'un effort spontané vers l'état de perfection qu'il se sent capable d'atteindre. Elles ne lui ont pas été suggérées incidemment. Elles étaient en lui dès l'origine. Leur existence s'impose comme un fait primitif.
Sans doute la réflexion doit, avec le concours de l'expérience et de la science, régler nos tendances. Et même
nia appetunt. Primum praeceptum legis est quod bonum est faciendum et prosequendum et malum vitandum. Supra hoc fundantur omnia alia praecepta legis naturae ut scilicet omnia illa facienda vel vitanda pertineant ad praecepta legis naturae quae ratio practica naturaliter apprehendit esse bona humana {S. Th., la Il^e^ q 94^ art. 2).
1. Omnia illa ad quae homo habet naturalem inclinationein, ratio naturaliter apprehendit ut bona et per consequens ut opère prosequenda et contraria eorum ut mala et vitanda (S. Th., i^ llae^ q. 94, a. 2).
nous n'agissons en hommes que dans la mesure où nous subordonnons notre conduite à une direction intelligente (^). Mais la raison ne peut formuler un précepte quelconque que si elle est déjà informée ^). Pour guider l'être, qui se fie à elle, dans la voie qui est la sienne, elle doit connaître le terme de son effort spontané, sinon, obéissant à d'autres sollicitations, elle risque de lui faire un sort fatal ou de l'acheminer vers une destinée chimérique. Elle n'assurera au vouloir délibéré sa nécessaire rectitude que si elle prend elle-même pour point de départ et pour point d'appui les inclinations naturelles de l'être i^j. Tandis qu'elle s'en inspire, elle formule ces principes géné-
1. Lex naturalis est aliquid per rationem constitutum (S. Th., la na<'j q. 94, art. 1). Virtus uniuscujusque rei consistit in hoc quod sit bene disposita secundum convenientiam suae naturae. Homo autem in specie constituitur per animam rationalem. Et ideo id quod est secundum rationem est secundum naturam hominis. Bonum autem hominis est secundum rationem esse. Unde virtus humana intantum est secundum naturam hominis, inquantum convenit rationi (^8. Th,, la iiac^ q. 71^ art. 2). Bonum cujusque rei est in hoc quod sua operatio sit conveniens suae formae. Propria autem forma hominis est secundum quam est animal rationale. Unde oportet quod operatio hominis sit bona ex hoc quod est secundum rationem rectam. {Ethicorum, II, 2). In rébus humanis dicitur esse aliquid justum ex eo quod est rectum secundum regulam rationis ^6'. Th., I» Ilae^ q. 95, art. 2).
2. « Comment est-il possible, dit très justement M. Durkheim, que la raison pure, sans se servir de l'expérience, recèle en elle une loi qui se trouve régler exactement les relations domestiques, économiques, sociales? y> IMor. en Allem., « Revue pliilos. », t. 24, p. 276).
3. Appetitus est finis et eorum quae sunt ad finem. Finis autem determinatus est homini a natura. Ea autem quae sunt ad finem, non sunt nobis determinata a natura, sed per rationem investiganda. Ergo rectitudo appetitus per respectum ad finem est mensura veritatis in ratione practica. Et secundum hoc determinatur veritas rationis practicae secundum concordiam ad appetitum rectum. Ipsa autem veritas rationis practicae est régula rectitudinis appetitus circa ea quae sunt ad finem. Et ideo secundum hoc dicitur appetitus rectus qui prosequitur quae vera ratio dicit '{Ethicorum, L. VI, 1. 2). Rationis prima régula est lex naturae {S. Th., la Ilae^ q. 95^ art. 2).
raux, premiers et indémontrables, qui sont impliqués dans nos jugements moraux et auxquels les règles particulières empruntent leur valeur.
Sans peut-être avoir eu l'intention de faire une analyse exhaustive, saint Thomas énumère une série d' « inclinations naturelles » dont la pression amène la raison à formuler ces propositions normatives. C'est d'abord une tendance, commune à tous les êtres existants : l'instinct de conservation ou le vouloir vivre selon sa nature propre. C'est ensuite l'instinct sexuel et le désir de se survivre que l'espèce humaine partage avec les espèces animales et qui assurent leur perpétuité. C'est encore — et ceci est spécial aux humains — l'instinct social et le besoin d'entr'aide. C'est, en général, le développement de nos facultés et notamment celui de l'intelligence éprouvant le besoin de savoir et aspirant à la connaissance du vrai (^).
L'office de la raison est d'acheminer ces tendances à leur terme. Mais, avant tout examen des voies et moyens, elle reconnaît l'importance décisive de leur direction initiale {-). Pour s'assurer à elle-même un fil conducteur dans
1. Inest primo inclinatio homini ad bonum secundum naturam in qua communicat cum omnibus substantiis, prout scilicet quaelibet substantia appétit conservationem sui esse secundum suam naturam. Secundo inest homini inclinatio ad aliqua magis specialia secundum naturam, in qua communicat cum caeteris animalibus. Tertio inest homini inclinatio ad bonum secundum naturam rationis quae est sibi propria; sicut homo habet naturalem inclinationem ad hoc quod iveritatem cognoscat de Deo et ad hoc quod in societate vivat. {Summa theologiea, la Ilae^ q. 94^ art. 2). — Non per voluntatem appetimus solum ea quae pertinent ad potentiam voluntatis, sed etiam ea quae pertinent ad singulas potentias et ad totum hominem. Unde naturaliter homo vult non solum objectum voluntatis, sed etiam alia quae conveniunt aliis potentiis; ut cognitionem veri, quae convenit intellectui, et esse et vivere, et hujusmodi alia, quae respiciunt consistentiam naturalem. (Sîimma theologiea, I^ Ilae^ q. 10, art. 1.)
2. Recta ratio praeexigit principia ex quibus ratio procedit {S. Th., la Ilae^ q. 53, art. 5).
le dédale des sentiers de la vie, elle affirme une fois pour toutes que c'est dans le sens de ces inclinations spontanées qu'il faudra marcher (i). Elle proclame bon et désirable ce qui sera prouvé être un moyen de réaliser une de ces fins naturelles. Elle réprouve ce qui entrave le développement de l'être dans le sens de sa nature {^).
Ainsi, par exemple, de ce que la vie en société est naturelle, la raison conclut qu'il faut vouloir tout ce qui est une condition indispensable de l'existence collective, tout ce qui procure la paix, assure l'ordre, maintient la justice et favorise le progrès {^). Il lui restera à déterminer
— nous verrons bientôt comment et par quelle méthode
— les moyens d'atteindre dans la mesure du possible ces buts généraux.
Les fins de l'action humaine ne sont donc pas, dans la conception thomiste, un idéal en dehors de toute prise.
1. Verum intellectus practici accipitur per conformitatem ad appetitum rectum {Summa theologlca, la Ilae^ p. 57^ art. 5, ad 3^^). Appetitus finis praecedit rationem ratiocinantem ad eligendum ea quae sunt ad finem. (Summa theologica, I^ Ilae^ q. 53, art. 5, ad 1"^).
2. Secundum ordinem inclinationum naturalium est ordo praeceptorum legis naturae. (Frimoi) pertinent ad legem naturalem ea per quae vita hominis conservatur et contrarium impeditur. (Secundo) dicuntur ea esse de lege naturali quae natura omnia animalia docuit, ut est co.mmixtio maris et feminae et educatio liberorum et similiter. (Tertio) ad legem naturalem pertinent ea quae ad inclinationem (ad bonum secundum naturam rationis) spectant; utpote quod homo' ignorantiam vitet ; quod alios non off endat cum quibus débet conversari et cœtera hujusmodi quae ad hoc spectant {Summa théologien, la Ilae, q. 94, art. 2).
3. Cuicumque est aliquid naturale, oportet etiam esse naturale id sine quo illud haberi non potest. Est autem homini naturale quod sit animal sociale ; quod ex hoc ostenditur quod unus homo solus non sufficit ad omnia quae sunt humanae vitae necessaria. Ea igitur sine quibus societas humana conservari non potest sunt homini naturaliter convenientia. Hujusmodi autem sunt: unicuique quod suum est conservare et ab injuriis abstinere. (S. Thomas, Summa contra Gentiles, L. III, cap. 129).
Morale et sociologie. 21
une vaine chimère, une utopie décevante. Elles sont le terme vers lequel le sujet s'achemine d'un mouvement spontané, le but auquel il tend naturellement. Elles sont formées des biens qui manquent à l'être, qu'il est capable d'acquérir, et dont, en développant ses virtualités, il s'assurera la possession et la jouissance. Au terme de l'effort, nécessaire mais possible, elles constituent l'état de perfection, et se confondent avec l'être pleinement épanoui et devenu vraiment lui-même. Ce n'est pas l'imagination qui les invente, ni la fantaisie qui les conçoit, ni le caprice qui les crée. Elles sont la nature même de l'être s'effcrçant vers le mieux-être en suivant ses impulsions profondes. Elles s'imposent à la conscience comme une réalité vivante; elles dictent leurs exigences à la raison; et celle-ci tâche de les traduire en préceptes de vie. Ces préceptes forment l'ossature des morales élaborées par les hommes. C'est dans ces corps de règles spontanées que le philosophe, loin de les inventer, les découvre comme une donnée réelle.
Poui qui se donne de près le spectacle du désarroi des sociologues contemporains aux prises avec le problème des fins de l'action, la théorie thomiste présente plus qu'un intérêt archéologique. Elle est oubliée sans doute, ignorée assurément, méprisée peut-être de parti pris ; mais elle n'est pas dépassée. On n'a pas inventé mieux; on n'a même rien découvert qui puisse la remplacer.
Et pourtant il faut trouver une solution. Cela est indéniable; et il importe de 1-acter, pour empêcher désormais les faux-fuyants.
Impossible, en effet, d'échapper au problème téléologique par une simple profession de foi déterministe.
Le déterminisme peut être une pose; il ne saurait être une position tenable. L'un après l'autre ses partisans en conviennent.
Rien de plus facile à comprendre si l'on se reporte aux origines. Le déterminisme sociologique fut primitivement une attitude réactionnaire, un geste de protestation contre la politique des législateurs de la Révolution française. Ceux-ci « concevaient les phénomènes sociaux comme indéfiniment et arbitrairement modifiables »; ils « supposaient l'espèce humaine dépourvue de toute impulsion spontanée et toujours prête à subir passivement leur influence (^). » Dans leur impuissance à créer un ordre social stable, Auguste Comte vit la preuve qu'ils avaient méconnu l'existenoe d'une nature sociale, réglée par des lois comme la nature physique. Et, avant même d'avoir découvert de ces lois, il affirma qu'il doit y en avoir. Toutefois, en énonçant le postulat du déterminisme sociologique, il proclamait simplement qu'il fallait briser avec la méthode du droit naturel du XVI IP siècle (^) ; et il n'était nullement dupe de ses déclarations déterministes,, si catégoriques fussent-elles parfois {^). «Toute intelli-