INTRODUCTION
« Bon nombre de philosophes ise sentent attirés vers » la sociologie, et en acceptent les positions essentielles; » mais ils continuent à enseigner la morale théorique » d'après les méthodes traditionnelles. Ils semblent ne » pas s'apercevoir qu'il faudrait opter » : M. Lévy-Brùhl, professeur d'histoire de la philo6ophie à l'Université de Paris, affirme, en ces termes, l'existence d'un conflit entre la Morale et la Sociologie (^).
L'opposition lui paraît irréductible au point que l'antinomie devrait se résoudre par un sacrifice. De fait, les professeurs de philosophie se trouvent mis en demeure -de renoncer à l'une ou à l'autre des deux disciplines.
Ce qui donne à l'assertion de Mi. ,Lévy-Briihl une gravité particulière, c'est qu'ellel n'exprime pas seulement une opinion individuelle. Un groupe actif de publicistes partagent, en France, le même sentiment.
Voici bientôt vingt ans que M. Durkheim, collègue de M. Lévy-Brùhl à la Sorbonne, estime que les sciences morales doivent se pénétrei' d'un esprit nouveau. Il l'a répété avec une ténacité catonienne. Il a réussi à convaincre quelques travailleurs, devenus avec lui les rédacteurs de V Année sociologique.
1. L. Lévy-Brûhl, La morale et la science des mœurs, p. 162. Morale et sociologie. 2
Le livre de M. Lévy-Briihl est l'amplification brillante des idées prêchées par M. Durkheim et admises par ses collaborateurs (^) ; il a l'allure entraînante d'une proclamation; M. Durkheim y souscrit sans réserves (2). C'est un vrai manifeste d'école.
<:< Il n'y a, déclare donc M. Lévy-Brùhl, il ne peut y avoir de morale théorique. Seules, désormais, compteront dans la science les recherches conduites par la méthode sociologique. »
D'où vient ce discrédit de la Morale? Que lui reprochent les sociologues ?