La morale et la science des mœurs, pp. 278 et
cemmenl M. Durkheim, qu'il existe une seule et unique morale, valable pour tous les hommes de tous les temps et de tous les pays. La morale a varié; elle change avec les sociétés ».
Et il ajoutait : « il est dans la nature des choses que la morale varie ; il y a autant de morales que de types sociaux' (^) ».
Que le rationalisme, orgueilleux ou naïf, ait eu, au XVII I^" et au XIXe siècle, la prétention de légiférer pour l'humanité et pour les siècles futurs, c'est exact, nousi l'avons constaté P).
Mais que tous les moralistes aient souffert de l^ignorance dont on les suppose communément affligés, c'est, en ce qui concerne saint Thomas, une erreur. Il faudrait être soi-même peu ou point informé, pour le croire fermé au monde extérieur, s 'absorbant à dessiner le plan de la cité idéale ou à rédiger le code de la vie parfaite, et sans aucune conscience des possibilités de réalisation.
Avant de s'occuper de ce qui doit être il s'enquiert de ce qui est. Et il observe précisément comme un fait de proportions importantes la diversité des règles de conduite, des lois et des institutions.
Il est bien vrai, dit-il d'abord, que tous les hommes désirent être heureux [^). Mais cette aspiration au bonheur
1. « Bulletin de la Société française de philosophie », t. IX, p. 221. Paris, juillet 1909.