Déduction et adaptation
«Les moralistes, prétend M. Durkheim, raisonnent comme si la morale était tout entière à créer. Faisant abstraction de la réalité existante, ils édifient leur système sur une table rase {^) ». Leur procédé est, au surplus, invariable : « Toutes les écoles ont jusqu'ici pratiqué la même méthode : la déduction. Pour toutes, la science consiste à tirer de prémisses une fois posées les conséquences qu'elles impliquent p) ».
M. Durkheim réprouve cette méthode parce qu'«elle n'a rien de scientifique (^j ». Non pas que la déduction n'intervienne légitimement; mais son rôle ne peut être efficace que dans quelques cas simples ; « pour peu que les circonstances se compliquent, le raisonnement sera trop maigre au regard des faits et Tadaptation théorique risquera fort de n'être pas la meilleure (*) ». Passez d'ailleurs en revue les règles dont Tensemble constitue un système de morale ; « plus les maximes sont spéciales et concrètes,
Ipse legislator, si praesens esset ubi talis casus acciderit, sic determinaret et esset dirigendum; si a principio praescivisset, posuisset hoc in lege (Ethieorum, V, 16).
Il est intéressant de rapprocher de ces vues de saint Thomas les considérations de M. Fr. Geny, dans sa Méthode d'interprétation en droit privé positif. Paris, 1899 (avec préface de M. Saleilles). — M. Gény est abondamment informé, mais il ne semble pas avoir eu connaissance des aperçus de saint Thomas d'Aquin sur l'équité.