‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 154 sur 186 · Voir plus haut^ p. 251 et suiv · texte numérisé non relu

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On comprendrait les pressantes instances de M. Lévy- Briihl, si les règles de la méthode sociologique nous donnaient la traduction en formules de procédés éprouvés et dont la valeur se serait affirmée par d'incontestables résultats.

Mais, vérification faite, nous nous trouvons devant une construction à priori, devant l'œuvre d'un idéologue préoccupé de créer une science nouvelle et hanté par le souci de lui découvrir un objet; s'emparant, à cette fin,

de morale », t. IV, Paris, 1896. — Les Sciences sociales en Allemagne, Paris, 1896. — Revue générale des théories récentes sur la division du travail, « Année sociologique », t. VI, Paris, 1903. — D. Dra- GHICESCQ, Du rôle de V individu dans le déterminisme social. Paris, 1904. — Le problème de la conscience. Paris, 1907. — L, DuGUiT, L'Etat, le Droit objectif et la Loi positive, Paris, 1901. — E, Go- BLOT, Sur la théorie physiologique de r Association, « Revue philosophique », t. XLVI, Paris, 1898. — HalÉVY, Le radicalisme philosophique, t. III. — H. Hauser, L'Enseignement des Sciences sociales. Paris, 1903. — C. Jacquart, Statistique et Science sociale. Bruxelles, 1907. — Essais de statistique morale. I. Le Suicide, Bruxelles, 1908. — A. Lalande, Philosophy in France, « The philosophicai Review », t. XV, New- York, 1906. — G. Lanson, L'histoire littéraire et la Sociologie, « Revue de métaphysique et de morale », t. XII, Paris, 1904. — P. Mantoux, Histoire et Sociologie, « Revue de synthèse historique », t. VII, Paris, 1903. — H. Michel, Jj'Idée de l'Etat, Paris, 1896. — MiCHELET, Une récente théorie française sur la religion, « Revue pratique d'Apologétique », t. VI, Paris, 1908. — A. Naville, La sociologie abstraite et ses divisions, « Revue philosophique », t. LXI, Paris, 1906. — G. Richard, L'idée d'évolution dans la nature et l'histoire. Paris, 1903. — Ruyssen, Psychologisme et Sociologisme, « Année psychologique », t. XV, Paris, 1909. — A. SCHATZ, L'individualisme économique et social, Paris, 1907. — Steinmetz, Classification des types sociaux, « Année sociologique », t. III, Paris, 1900. — Tarde, La psychologie et la sociologie, « Annales de l'Institut international de sociologie », t. X, Paris, 1904. — G. TOSTI, The delusions of Durkheim's sociological objectivism, « The American Journal of Sociology », t. IV, Chicago, 1898-1899. — Suicide in the light of récent studies, « The American Journal of Sociology », t. III, Chicago, 1897-1898. — F. Valyi, Die franzosische Soziologie der Gegenwart,« Kritischer Blaetter fur die gesamten Sozialwissenschaften », t. III, Dresden, 1907. — W. Wjundt, Logik der Geisteswissenschaften, 3"^e édition, Stuttgart, 1908.

d'une notion, élaborée par le génie d'un peuple voisin et devenue un élément de sa mentalité; altérant sa physionomie propre et la vidant de son sens traditionnel ; la convertissant en une abstraction déconcertante, d*allure paradoxale ; puis, à l'instar d'un géomètre, déduisant de son postulat une série de corollaires, tout en cherchant à illustrer ceux-ci de l'un ou 1 autre exemple.

Certes, on les retrouve presque touttes ailleurs, les règles de la méthode sociologique; et il n'en est guère ■sous laquelle on ne puisse mettre une signature: ici celle de Comte; là, celle de Schaeffle; ailleurs, celle de M. Wundt ou d'autres encore, comme Guarin de Vitry. Mais les emprunts, triés et modelés, arrangés et groupés, ont fini par former un ensemble à peu près cohérent.

Accordez, en effet, à M. Durkheim qu'il est le Christophe Colomb de la Sociologie. Concédez-lui qu'il a mis le pied sur la terre ferme et pris possession du continent, séduisant et mystérieux, que des explorateurs illustres, tels Spencer et Comte, avaient, seulement entrevu comme dans un mirage. Admettez, en un mot, son postulat initial du réalisme social; et vous verrez se dérouler, en une chaîne de conséquences, la série des règles caractéristiques de sa méthode: Il faudra se vider le cerveau des idées reçues et des préjugés traditionnels; se donner le sentiment qu'on s'engage dans l'inconnu; s'attendre à faire des découvertes surprenantes. Ayant banni toute I prénotion suspecte et sortant de soi-même, on se mettra en face des « choses » énigmatiques, on les contemplera «du dehors» (^). On définira à nouveau les phénomènes

1. Ce mot qui revient si souvent sous la plume de M. Durkheim, est emprunté à Aug. Comte : « On croit souvent que les phénomènes sociaux doivent être très faciles à observer, parce que l'observa-

sociologiques par leurs caractères extérieurs et apparents ; et, selon ces définitions objectives, on les groupera. Au lieu de continuer à poursuivre l'ombre illusoire qu'ils projettent sur les individus, on tâchera de les atteindre en eux-mêmes, dans leur réalité jusqu'ici insoupçonnée; on essayera de les saisir par leur côté social, de les appréhender dans leur expression authentique, d'enregistrer leurs manifestations propres. Renonçant au procédé de l'interprétation psychologique et finaliste, qui méconnaît leur spécificité, on inaugurera le mode d'explication, sociologique et mécaniste, que leur définition réclame. Et pour éviter toute récidive téléologique, on étudiera leur genèse, plutôt que de scruter leur fonction ou de recher> cher leur but.

C'est logique; tout se lie. Mais la consistance que les règles semblent posséder dans l'ordre idéal, où elles se soutiennent les unes les autres, ne fait que masquer leur fragilité. Elles sont si peu des instruments pratiques et maniables, que leur auteur lui-même ne réussit pas à les faire fonctionner.

Considérez-le, par exemple, tandis qu'il s'essaie à définir les faits sociaux.

S'il est une tâche à laquelle il se devait de ne pas faillir, c'est bien celle-là. Il s'agissait, en effet, de prouver que la sociologie est possible, en faisant voir qu'elle a un objet. Il fallait montrer qu'au-dessus des faits, étudiés par la physique, la chimie, la biologie, la psychologie, il

teur, d'ordinaire, y participe lui-même plus ou moins. Mais on n'observe bien, en général, qu'en se plaçant en dehors- » (Cours de 'philosophie positive. 48^ leçon; t. IV, p. 421.)

y a un ordre distinct de phénomènes particuliers, matière de l'investig'ation sociologique.

Pour établir l'existence de ce domaine, inaperçu de ses devanciers, il ne suffisait point de recourir toujours à la dialectique, en répétant avec d'ingénieuses variantes que la société est une entité sui generis. Il était indispensable de faire toucher enfin du doigt la réalité tant de fois postulée; d'indiquer les caractères apparents qui sont propres aux faits sociaux et les distinguent de tous autres ; de relever les signes dont ils sont marqués et auxquels on les reconnaîtra; de dégager de leur ensemble les traits de famille.

Ce service, qu'elle était en droit d'attendre de lui, M. Durkheim n'a pas su le rendre à la sociologie Au bout cje ses dissertations réitérées sur la formule du fait social, on se trouve devant un décevant point d'interrogation (i). . ,

Parfois, c'est ouvertement que M. Durkheim confesse l'imperfection de son instrument; à propos, notamment, de cette règle importante qu' «il faut appéhender les faits sociaux par un côté où ils se présentent isolés de leurs répercussions individuelles (^) ».

Cette règle est dans la logique du système: si la société est une réalité distincte de ses membres ; si la vie sociale donne lieu à des phénomènes sui generis, — ce sont ses manifestations spécifiques qu'il faut directement atteindre et non plus seulement ce qui s'en retrouve, sous forme de participation lointaine, chez les individus.

Mais quand le dialecticien qui a construit l'édifice méthologique, cède la place au sociologue, celui-ci ne

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