Id., p
Elles ont contribué, en outre, à introduire un peu d'ordre logique dans l'ensemble des pratiques traditionnelles.
Les sociologues consentent à leur rendre discrètement cet hommage peu compromettant (^). Mais, très conscients de la supériorité de leur tâche propre, ils ne se lassent pas de rabattre les prétentions des moralistes.
Ceux-ci se sont imaginé construire la science de la morale et ils ont cru fonder leurs prescriptions sur leur théorie. Prétentions illusoires (^).
D'abord les moiiales théoriques n'ont jamais fait œuvre de science, puisqu'elles n'ont pas entrepris l'étude objective de la réalité morale, c'est-à-dire de la pratique existante, des règles admises, des lois en vigueur.
De plus, leur prétendue légitimation des préceptes de conduite est restée toujours purement dialectique. Les règles de la morale ne doivent pas leur autorité aux théories inventées pour les soutenir. Les philosophes ont « fondé » la morale de la même façon que la religion naturelle, c'est-à-dire en essayant de justifier, par une déduction rationnelle, des croyances dont l'origine est aussi peu rationnelle que possible.
Enfin les moralistes n'ont pas compris que la morale n'a pas besoin d'être fondée. Les « morales », — c'est-àdire les ensiembles observables de règles, de prescriptions, d'impératifs et d'interdictions, — existent, indépendamment de toute spéculation, au même titre que les religions, les langues et les droits (^); ce sont des données. Cons-