Id., pp
3. « Il y a eu un droit et une morale dès que plusieurs hommes sont entrés en relations et se sont mis à vivre ensemble. » [DURKHEIM,
Les études de science sociale, p. 72).
truire ou déduire logiquement la morale est une entreprise hors de propos. Pour toutes les consciences moyennes d'une civilisation, certaines manières d'agir apparaissent comme obligatoires, d'autres comme interdites, d'autres enfin comme indifférentes : cela est un fait. II n'y a pas lieu d' « édicter », au nom d'une théorie, les règles de la morale pratique. Ces règles ont la même sorte de réalité que les autres faits sociaux.
Maintenant que la critique des sociologues a dissipé l'illusion, qu'y a-t-il à faire {^)?
Puisqu'il y a une réalité morale objective, l'homme, s'il est raisonnable, doit s'efforcer d'en connaître les lois, pour s'en rendre maître autant qu'il lui sera possible.
Désormais l'effort spéculatif ne consistera donc plus à déterminer « ce qui doit être », c'est-à-dire, en réalité, à prescrire. Il n'aura d'autre fin directe et immédiate que l'acquisition du savoir.
L'ensemble des faits moraux — c'est-à-dire les règles de la conduite individuelle et collective — deviendra l'objet d'une recherche désintéressée et toute théorique. On étudiera la conscience, telle qu'elle se présente dans les différentes sociétés humaines et dans le même esprit où la science de la nature physique étudie son objet.
La méthode sera la méthode sociologique. Car la sociologie scientifique pose en principe que les faits moraux sont des faits sociaux.
Lorsqu'on sera en possession d'un certain nombre de lois régissant les faits, on pourra espérer modifier la pratique par une application rationnelle du savoir scienti-