De la division du travail social. Conclusion
4. Non in hac scientia scrutamur quid sit virtus ad hoc solum ut sciamus hujus rei veritatem, sed ad hoc quod, acquirentes virtutem, boni efficiamur (S. Thomas, Ethicorum, II, 2).
5. Voir Essai de catéchisme mora\ dans « Bull- de la Soc franc, de Philos. », t. VII, Paris, 1907.
6. Voir dans le « Bulletin de la Société française de Philosophie » les discussions des thèses de MM. Durkheim : La dctermination du fait moral (1906, t. VI) ; Bureau : La crise morale dans les soeiétés contemporaines (1908, t. VIII); BÉLOT: La morale positive (Ibid.); Pelvolvé: L'efficacité des doctrines morales (1909, t. IX}.
De fait, le problème le plus ardu qui se pose à la France contemporaine n'est pas la « neutralisation » de la morale: une paire de ciseaux suffisent à cette besogne. Si la main qui les tient n'est pas purement laïque, mais aussi communiste, anarchiste, amour-libriste ou mternationaliste, elle fera seulement, dans les manuels de morale, les coupures un peu plus larges.
L'œuvre véritable, comme le constate M. De volve {^), ne commence qu'aprvLs : Comment déterminer les volontés à rester fidèles au devoir laïcisé? Comment avoir prise sur les âmes, affranchies du dogme et peut être aussi déjà de quelques autres croyances ou respects traditionnels? Quel moyen inventer pour donner à l'enseignement moral son indispensable efficacité ?
Cette question, — sur laquelle philosophes et moralistes dissertent avec une impassibilité parfois agaçante (;)
1, J. Delvolvé, nationalisme et tradition. Recherche des conditions d'efficacité d'une morale laïque. Paris, 1910.
2. M. Bélot s'en est plaint, après la discussion de sa thèse sur la morale positive, à laquelle prirent part MM. Parodi, Darlu, Lachelier, Durkheim et Rauh, dans la séance du 26 mars 1908 : « Nous étions entre philosophes. Nous avons, comme nous faisons toujours^ sous prétexte de morale, faiit de la métaphysique ou de la méthodologie, discuté des principes et aussi des mots. Mais de la morale, dans ces quatre heures qui lui étaient promises, nous n'en avons pas fait un instant. Nous avions à nous demander jusqu'à quel point l'éducation morale existante, et au fait quelle est celle qui existe? peut continuer à nous suffire, et si dès à présent son succès n'est pas précaire et sa vitualité limitée. Nous pouvions examiner si, à un moment où les oreilles les moins délicates perçoivent dans tout l'édifice social des craquements assez inquiétants, on pourra se contenter pour le sauver de replacer sous la charpente "disloquée quelques étais empruntés précisément aux matériaux les plus usés et les plus compromis. 11 s'agissait de savoir si on ne pourrait espérer une restauration plus sûre de la moralité, un principe 'd'éducation susceptible d'être accepté et mis en œuvre par tous... Il s'agissait de savoir si l'on ne peut vraiment pas obtenir des hommes un vouloir moral assez ferme et assez ardent... Il s a- ^sait de voir ce que nous sommes, ce que nous risquons de de-
et dont les hommes qui gouvernent la Nation, considèrent, de leur point de vue, la suprême importance, sans paraître en mesurer de sang-froid la difficulté (^) — préoccupe 'M. Durkheim depuis longtemps. « Il faut, écrivait-il dans une de ses premières études, il faut dire d'où la morale tire sa force obligatoire et au nom de qui elle coimmande»'(^). On connaît sa réponse. La morale est, d'après lui l'œuvre de la Société; et la Société, prétend il, a le droit
venir, ce que nous devons faire, ce que nous voudrions être. Mais tout cela n'était guère intéressant. Cela était indigne de vrais philosophes. Il valait mieux sans doute faire encore un peu de dialectique » '(« Bulletin de la Société française de Philosophie », t. VIII, p. 210).
1. « Tous ensemble, dit M. Viviani, nous nous sommes attachés à une œuvre d'irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu'un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous lui avons dit que derrière les nuages il n'y avait que des chimères. Ensemble, et d'un geste magnifique, nous lavons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus! Voilà notre œuvre. Est-ce que vous croyez qu'elle est terminée? Elle commence au contraire. Qu'est-ce que vous voulez répondre, je vous le demande^ à l'enfant devenu un homme, qui a profité de l'instruction primaire, complétée, d'ailleurs par les œuvres postscolaires de la République, pour confronter sa situation avec celle des autres hommes? Qu'est-ce que vous voulez répondre à un ho'mme qui n'est plus un croyant, grâce à nous, que nous avons arraché à la fqî, à qui nous avons dit que le ciel était vide de justice, quand il cherche la justice là-bas? Que voulez-vous répondre à l'homme doté du suffrage universel, mais qui compare avec tristesse sa puissance politique à sa dépendance économique et qui est humilié tous les jours par le contraste qui fait de lui un misérable et un souverain? Comment calmer leurs souffrances, comment apaiser leurs colères et leur douleur?... Ici, l'œuvre déborde le Gouvernement, la législature, notre temps et notre époque... Par l'action individuelle, c'est-à-dire par la propagande, réformez la conscience de l'homme afin qu'il soit digne de l'idéal qu'il porte en lui. Et, par l'action collective, c'est-à-dire par la loi, modifiez autour de lui les conditions matérielles de l'existence, afin qu'avant de mourir il puisse au moins toucher de la main toutes les réalités vivantes » (Discours de M. Viviani, mnistre du Travail, à la Chambre des députés, séance du 8 novembre 1906. Journal officiel, p. 2433).