E. DURKHEIM
Béponse. >
1^' M. Durkheim commet une méprise — une erreur — et plusieurs oublis.
Une méprise : Nous n'avons point prétendu qu il eût ni lu». Y Einleitung in die Moralwissenschaft de M. Simmel. L'Einleitung, avons-nous dit, — faisant allusion au résumé que M. Bougie en a donné dans un livre où il est beaucoup question de M. Durkheim, — VEinleitung est connue dans l'entourage de M. Durkheim. Et celui-ci n'a pas en vérité eu besoin de la lire, pour en extraire le passage utilisé dans sa conférence, attendu que M. Bougie, à la page 61 de son livre, donne la traduction de ce passage.
Une erreur: M. Simmel n'a publié aucun ouvrage -SOUS le titre de Arbeitsteilung.
Des oublis: M. Durkheim ne connaît-il plus le mémoire de M. Simmel, Comment les formes sociales se maintiennent, publié en 1898 dans TANNÉE SOCIOLOGIQUE dont il est le directeur? Ne connaît-il pas les études de, M. Simmel qu'il a lui-même critiquées en 1903 dans un .article de la Revue Philosophique intitulé Sociologie et -^sciences sociales, à savoir : Veher sociale Differenzierung, — Le Frohlème de la sociologie, — et Superioritg and subordination as suhjectmatter of Sociology ? Ne connaît -il pas de M. Simmel: Veher Bàumliche Frojectionen socialer JFormen et The numher of members as determining the sociological form of the Group, — travaux qui sont, sous sa signature, analysés dans TANNÉE SOCIOLOGIQUE (VII, pp. 646 et 647)?
2" Dans sa deuxième observation, M. Durkheim ne fait qu*une méprise. Nous n'avons point dit qu'il eût suivi les cours de M. Wagner et de M. Schmoller; mais — et c'est l'exacte vérité — qu'il prit dans la Grundlegung der politischen OeJconomie de M. Wagner et dans Ueber einige Grundfragen des Eechts und der Volkswirtschaft de
M. SchmoUer — livres analysés par lui, après son séjour en Allemagne, dans la Revue Philosophique (t. XXIV, p. 33) — des éléments de sa conception sociologique.
3" La troisième observation de M. Durkheim est pleine d'inexactitudes.
D'abord il nous a mal lu. Nous n'avons pas attribué la conception du réalisme social à l'influence du seul Schaeffle, mais à l'influence combinée et successive de M. Espinas, de Schaeffle, de M. Wagner, de M. Schmoller (V.oir plus haut, pp. 128 et suiv.).
M. Durkheim ensuite prétend procéder ici en droite ligne de Comte et de Spencer. Cela n'est pas soutenable.
Le réalisme social de M. Durkheim est' énoncé par lui dans cette formule : « La société n'est pas une simple somme d'individus, mais le système formé par leur association représente une réalité spécifique qui a ses caractères propres » (^).
Cela ne ressemble pas à ce qu'ont dit Comte et Spencer
«L'homme proprement dit n'est au fond, ainsi s'exprime Comte, qu'une pure abstraction; il n'y a de réel que l'Humanité» (^}. Et par Humanité il entend «l'ensemble des êtres, passés, futurs et présents, qui concourent librement à perfectionner l'ordre universel» (^).
Quant à Spencer, — pour affirmer qu'une société est une «entité» et non «un simple nom collectif» — il exige qu'il y ait «permanence de relations, conservation durant des générations et des siècles, d'un arrangement qui garde la même physionomie dans toute la région occupée par la société » (*).
1. E. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, p. 127.
2. Comte, Cours, 58^ leçon, t. VI, p. 692. Cfr. Système de politique positive, t. I, p. 334.