‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 169 sur 186 · Voir plus haut, pp. 27 et · texte numérisé non relu

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ne faut pas demander à la physiologie l'explication des phénomènes psychologiques. Mais M. Durkheim n'ayant pas dans ses Règles de la méthode, fait honneur à M. Boutroux des suggestions qu'il lui doit, je n'aurais pu avancer, sinon sans preuve, qu'il s'inspire de lui.

Quant à Comte, il est très exact que par endroits il soutient expressément l'irréductibilité de la sociologie à la biologie ou psychologie. Dans ce passage, par exemple: « Quelle que soit l'importance de telles indications (fournies par la biologie à la sociologie), on ne peut se dissimuler que les philosophes biologistes les ont presque toujours conçues d'une manière vicieusement exagérée, qui tendrait à faire entièrement disparaître la sociologie comme science directe et distincte, en la réduisant à n'être plus qu'un simple corollaire final de la science de l'homme, abstraction faite de toute observation historique proprement dite. Cette grande aberration philosophique, si elle pouvait prévaloir, empêcherait, de toute nécessité, l'indispensable essor de la science sociale... Le phénomène principal de la sociologie, celui qui établit avec la plus haute évidence son originalité scientifique, c-^est-àdire l'influence graduelle et continue dfes générations les unes sur les autres, se trouverait méconnu » (^). Ailleurs Comte flétrit, du nom de «matérialisme», «la disposition constante des plus éminents biologistes à concevoir la science sociale comme un simple corollaire ou appendice de la leur» {^).

Mais il était impossible de supposer que M. Durkheim connût ces vues de Comte, attendu qu'il le représente, au contraire, comme un partisan de la méthode psychologique {Règles de la méthode sociologique, pp. 120 et suiv.). Le lecteur de M. Durkheim, qui n'est pas autrement averti, garde l'impression que, pour Comte, «les lois sociologiques ne peuvent être qu'un corollaire des lois

1. A. Comte, Cours de philos^phù positive, t. IV. p. 482; 1839.

2. A. Comte, Système de politique positive, t. I, p. 51; cfr. p. 472 et t. III, p. 43.

plus générales de la psychologie, et que l'explication suprême de la vie collective consiste à faire voir comment elle découle de la nature humaine en général », — « ces termes, affirme M. Durkheim, étant à peu près textuellement ceux dont se sert Auguste Comte pour caractériser sa méthode ». « Une telle méthode, ajoute M. Durkheim, n'est applicable aux phénomènes sociologiques qu'à condition de les dénaturer. » Et il y oppose, comme une nouveauté, sa méthode personnelle, la méthode « sociologique ».

La vérité en ce qui concerne Comte est, comme M. Defourny Ta établi dans son livre très consciencieux (1), qu'il y a eu du flottement dans la pensée du fondateur de la sociologie. Comte n'a pas toujours été également persuadé de l'irréductibilité des différents ordres de phénomènes. « La perfection du système positif, dit-il au début du Cours, vers laquelle il tend sans cesse, quoiqu'il soit très probable qu'il ne doive jamais l'atteindre, serait de pouvoir se représenter tous les divers phénomènes observables comme des cas particuliers d'un seul fait général, tel que celui de la gravitation par exemple » (2). Maïs bientôt il « Considère ces entreprises d'explication universelle de tous les phénomènes par une loi unique comme éminemment chimériques, les moyens de Tesprit humain étant trop faibles et l'univers trop compliqué » {^).

La vérité en ce qui concerne M. Durkheim et que Isa lettre nous révèle, est qu'avant d'écrire ses Règles de la méthode, il connaissait le sentiment de Comte sur l'irréductibilité de la sociologie à la psychologie. Mais alors — c'est la conséquence de sa révélation — le por-

1. M. Defourny, La sociologie -positiviste, p. 242. Paris-Louvain, 1902. — Cfr. du même auteur : Le rôle de la sociologie dans le positivisme, p. 11. Louvain, 1903.

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