La scîeyice positive de la morale en Allemagne
de croyances diminue progressivement. Il conclut: «Il faut donc ou que la vie proprement sociale diminue, ou qu'une autre solidarité vienne peu à peu se substituer à celle qui s'en va. Il faut choisir. Le progrès social ne consistej pas en une dissolution continue. Il faut donc bien qu'il y ait quelque autre lien qui maintienne l'unité sociale; or il ne peut pas y en avoir d'autre que celui qui dérive de la division du travail. » Cependant, en fait, dans nos grandes sociétés modernes, la division du travail n'assure pas la solidarité sociale. « Cas pathologique, dit M. Durkheim; ce qui est, n'est pas ce qui devrait être. » Mais ce qui est, intéresse seul le sociologue. Ce qui devrait être, concerne le moraliste...
M. Durkheim est à la fois sociologue et moraliste. Sociologue, il formule les règles de la méthode scientifique qu'il reproche aux philosophes de négliger dans la recherche des fonctions de la morale. Moraliste, il procède comme eux. L'union des deux points de vue dans un même livre produit une impression de confusion. Il était nécessaire de les dissocier.
3^ « Il faut dire d'où la morale tire sa force obligatoire et au nom de qui elle commande», écrit M. Durkheim. Il pense, et M. Lévy-Brùhl aussi, pouvoir donner à la question une réponse sociologique.
Nous ne pouvons pas, d'après M. Durkheim, nous obliger nous-mêmes; tout commandement suppose une contrainte au moins éventuelle, par conséquent une puissance supérieure à nous et capable de nous contraindre. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une dette où nous serions à la fois débiteur et créancier?
Ce n'est pas non plus, remarque M. Lévy-Brùhl, d'une
conviction théorique ou d'un système d'idées que la prescription morale tient son autorité. Les choses qu'il faut faire ou ne pas faire, nos devoirs et nos droits ne dépendent pas de la théorie morale à laquelle la réflexion peut nous conduire (^).
Les religions et, à leur suite, beaucoup de philosophes considèrent la morale comme ne pouvant avoir toute sa réalité qu'en Dieu; Kant postule Dieu, parj^e que, sans cette hypothèse, le devoir est sans point d'attache. La science, dit M, Durkheim, ne saurait s'arrêter à cette conceptiion dont elle n'a même pas à connaître; les causes secondes sont les seules dont elle ait à s'occuper. Il ne voit d'ailleurs dans la divinité que «la société transfigurée et pensée symboliquement ».
Si on écarte Dieu, il ne reste plus d'autre alternative que de laisser la morale inexpliquée ou d'en faire « un système d'états collectifs ». Ou elle ne vient de rien qui soit donné dans le monde de rexpérience, ou elle vient de la société.
C'est l'hypothèse à laquelle s'arrêtent ou du moins que suggèrent MM. Durkheim et Lévy-Brùhl. « Nos obligations, écrit ce dernier, nous sont imposées par la pression sociale. Les règles morales passent d'une génération à l'autre, jalousement conservées par l'esprit de tradition et par l'instinct de conservation sociale. Sentiment du devoir, de la responsabilité, horreur du crime, amour du bien, respect de la justice, tous ces sentiments puisent leur force dans les croyances et dans les représentations collectives qui sont communes à tout le groupe. »
« La société, dit de son côté M. Durkheim, est une