‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 33 sur 186 · Voir plus haut, page · texte numérisé non relu

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autorité morale qui, en se communiquant à certains préceptes de conduite qui lui tiennent particulièrement au cœur, leur confère un caractère obligatoire. La société a en elle tout ce qui est nécessaire pour communiquer à certaines règles de conduite le caractère impératif, distinctif de l'obligation morale. Elle nous commande parce qu'elle est extérieure et supérieure à nous; la distance morale qui est entre elle et nous, fait d'elle une autorité devant laquelle notre volonté s'incline. »

Rendre compte de l'obligation morale, l'essayer du moins, est la seule tâche du sociologue qui, faisant de la science pure, cherche uniquement la cause de ce qui est et se désintéresse de ce qui doit être. Mais ici encore le moraliste qui voisine en M. Durkheira avec le sociologue, s'émeut et demande : « Comment amener l'individu à se soumettre de plein gré à la contrainte sociale ? »

Il ne se fait pas d'illusion. L'individu est en général « d'une très médiocre moralité ». L'enfant qui entre dans la vie est un être «égoïste et asocial». Nous ne sommes pas naturellement enclins à nous gêner et à nous contraindre, à nous dévouer, à respecter une discipline morale.

L'altruisme est cependant la base fondamentale de notre vie sociale : les hommes ne peuvent vivre ensemble sans se faire des sacrifices mutuels.

Puis la société a ses besoins qui ne sont pas les nôtres ; les fins collectives, par définition, sont en dehors du cercle de nos intérêts privés; par suite, les actes qui nous sont commandés pour les atteindre ne sont pas selon la pente de notre nature individuelle; ils lui font plutôt violence.

Pourquoi alors, se demandent les hommes, ces règles de morale, ces préceptes du droit qui nous astreignent à

toutes sortes de sacrifices, ces dogmes qui nous gênent? Pourquoi surtout la souffrance?

« Pour le fidèle fermement attaché à sa foi, le problème n'existe pas. Le chrétien rapporte ce qu'il est et ce qu'il fait à son Dieu; il arrive même à aimer et à rechercher la douleur pour se rapprocher davantage de son divin modèle. »

Mais si la morale n'a pour origine et pour fin que la société, alors pourquoi s'y soumettre?

La question revient plusieurs fois sous la plume de M. Durkheim et manifestement elle le préoccupe.

Il faut se résigner, dit-il d'abord: «Si on pense que les idées morales sont justiciables de la dialectique, c'en est fait d'elles ; rien ne sera facile comme de prouver qu'elles sont absurdes. Nos croyances morales sont le produit d'une longue évolution. Trop souvent nous n'apercevons pas les causes qui les expliquent. Cependant nous devons nous y soumettre avec respect, parce que nous savons que l'humanité, après tant de peine et de travail, n'a rien trouvé de mieux (^). »

Puis il fait appel à l'intérêt : « Pourquoi faire de la société un bien d'un si haut prix? En partie parce qu'elle est utile à nos intérêts, mais surtout parce qu'elle est le seul milieu où se puissent satisfaire nos penchants sociaux (-). »

Finalement il cherche, en exaltant toujours de plus en plus la société, à faire naître pour elle un sentiment analogue à celui que le croyant éprouve pour son Dieu. L'individu doit « prendre conscience de l'état de dépendance où il se trouve à l'égard de la société; s'habituer à s'estimer à sa juste valeur, c'est-à-dire ne se regarder que

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