‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 42 sur 186 · Bayet, La morale scientifique, p · texte numérisé non relu

Bayet, La morale scientifique, p

2. A. Comte, Cours de philosophie positive, 48e leçon; tome IV, pp. 306 et suiv.

3. « Il y a, écrivait Comte en 1842, des lois aussi déterminées pour le développement de l'espèce humaine que pour la chute d'une pierre. » Lettres d'Auguste Comte à M. Valat, p. 138. Paris, 1870.

éléments sociaux, cessant d'être envisagé d'une manière absolue et indépendante, doit être toujours conçu comme relatif à tous les autres» (p. 325). Le sociologue dans ses recherches scientifiques, le moraliste dans ses jugements de valeur, l'homme d'Etat dans ses projets de réforme sociale, tous doivent tenir compte du consensus. « Puisque les phénomènes sociaux sont ainsi profondément connexes, leur étude ne saurait être séparée ; d'où résulte pour le savant l'obligation de considérer toujours simultanément les divers aspects sociaux» (p. 352). Le moraliste de son côté «considérera toujours l'état social comme ayant été aussi parfait à chaque époque que le comportait l'âge correspondant de l'humanité, combiné avec l'ensemble de la situation » (pp. 387 et 389). Enfin le réformateur se persuadera de « la vanité de la recherche du meilleur gouvernement, abstraction faite de tout état social déterminé » (p. 309) ; il comprendra qu'il y a « solidarité entre le système des pouvoirs et des institutions politiques et l'état général de la civilisation correspondante » (p. 335). A quoi doit servir la physique sociale? A fonder un art rationnel. « La physique sociale ne nous réduit pas à la simple observation passive des événements humains, sans aucune puissante intervention continue» (p. 405). « Les phénomènes sociaux sont modifiables. Toutefois les modifications demeurent toujours radicalement subordonnées aux lois fondamentales, soit statiques soit dynamiques, qui règlent rharmonie constante des divers éléments sociaux et la filiation continue de leurs variations successives » (p. 394) (^). Mais grâce aux progrès de la

1. Comte ne précise pas davantage quand il répond à la question : « Efqi quoi donc peuvent consister les modifications dont J'organisme et la vie politiques sont susceptibles? » (p. 395). «Sous

Sociologie, «l'art politique prendra un caractère judicieusement systématique, en cessant d'être dirigé d'après des principes arbitraires tempérés par des . notions empiriques » (p. 405).

En résumé, d'après Comte, « sans admirer ni maudire les faits politiques, et en y voyant de simples sujets d'observation, la physique sociale considère chaque phénomène sous le double point de vue de son harmonie avec les phénomènes co-existants et de son enchaînement avec l'état antérieur et l'état postérieur du développement humain ; elle s'efforce de découvrir les relations qui lient entre eux tous les faits sociaux; chacun lui paraît expliqué quand il a pu être rattaché soit à l'ensemble de la situation correspondante, soit à l'ensemble du mouvement précédent, en écartant toujours toute vaine et inaccessible recherche de la nature intime des phénomènes. Conduisant, avec la précision que comporte la complication des phénomènes, à la prévision des événements, la science politique fournit à l'art politique non seulement la détermination des tendances spontanées qu'il doit seconder, mais aussi l'indication des moyens qu'il peut y appliquer, de manière à éviter toute action nulle, éphémère ou dangereuse» (p. 408). —

le rapport dynamique, répond-il, l'évolution de l'humanité devra être conçue comme seulement modifiable, à certains degrés déterminés, quant à sa simple vitesse, mais sans aucun renversement dans l'ordre fondamental du développement continu et sans qu'aucun intermédiaire un peu important puisse être entièrement franchi » (p. 396). « C'est évidemment, ajoute-t-il, au développement direct de la science sociale à déterminer, en chaque cas, l'influence propre et la portée actuelle de ce principe général, qui ne saurait aucunement dispenser d'une appréciation immédiate et particulière de la situation correspondante » (p. 404). Cfr. A. Comte, Système de politique positive, t. II, p. 427. Paris, 1852.

Le livre de M. Lévy-Briihl (^) — interprète autorisé de Al. Durkheim — est-il autre chose qu'une amplification de ces quelques idées de Comte ?

L'influence de M. Espinas a été moindre que celle de Comte. M. Durkheim ne lui a repris qu'une vue particulière ; à savoir que la réalité sociale est d'ordre psychique et que l'objet de la sociologie est de rechercher comrhent se forment et se combinent les représentations collectives.

Quand M. Durkheim énonce comme une v^érité acquise que « la vie sociale est tout entière faite de représentations », on se demande de quelles observations personnelles ce propos est l'expression. Ce n'est en réalité que la conclusion, empruntée telle quelle par M. Durkheim, de l'étude de M. Espinas sur les sociétés animales.

« Une société est, d'après M. Espinas, une conscience vivante ou un organisme d'idées. Partout où naît une société, il y a un commerce de représentations... Les pensées des hommes sont capables d'accord, de manière à former un consensus nouveau, un organisme d'idées et de volitions qui est la conscience sociale (^).»

Jusqu'ici, et réserve faite de sa dérivation plus éloignée, la sociologie de M. Durkheim est bien de source française.

Mais ce que M. Durkheim ne tient ni d'Auguste Comte

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