‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 43 sur 186 · La morale et la science des mœurs · texte numérisé non relu

La morale et la science des mœurs

2. Les sociétés animales, p. 529. — Les études sociologiques en France, Rev. philos, t. XIV, p. 346. — « Les sociétés, clira-t'-il encore, sont des groupements où les individus composants sont unis par des liens psychologiques, c'est-à-dire par des représentations et des impulsions réciproques » {Etre ou ne pas être, Rev. phil. t. LI, p. 466).

ni de M. Espinas, c'est sa conception de l'objet — de l'organisation — de la méthode de la science sociale. Sur ces trois points il professe peraonnellement des idées qui lui ont valu en France une réputation d'originalité scientifique et la qualité de chef d'école.

Les sociétés, objet de la Sociologie, doivent d'abord — c'est son grand principe — être considérées comme des réalités sui generis et non comme de simples sommes d'individus.

En second lieu, pour étudier les phénomènes dont la réalité sociale est le substratum, il n'est ni nécessaire ni possible de créer une science nouvelle. Il suffit mais il est indispensable que les disciplines particulières existantes s'inspirent d'une même méthode.

Cette méthode, enfin, doit être sociologique et mécaniste — et non psychologique et finaliste.

Toutes ces vues que nous résumons ici après les avoir exposées plus haut, passent en France pour être propres à M. Durkheim.

Or elles sont d'origine allemande.

M. Wagner et M. Schmoller ont, avec Schaeffle, fourni à M. Durkheim son postulat fondamental du réalisme social.

Sa façon de comprendre la sociologie comme une méthode dont les sciences particulières doivent s'inspirer — quitte à faire plus tard la synthèse des conclusions partielles — est de Schaeffle.

Enfin c'est sous l'influenoe de M. Wundt qu'il a donné la préférence à l' explication sociologique et mécaniste sur l'explication psychologique et finaliste.

D'où vient cette invasion ou plutôt cette importation

allemande? Elle est peut-être un résultat de la guerre de 1870.

Au lendemain de la paix de Francfort, les Français se tournèrent vers l'Allemagne pour lui demander les causes de sa supériorité. « Elle est dans l'ordre intellectuel, répandit une voix écoutée. La victoire de l'Allemagne a été la victoire de la science. Après léna, l'Université de Berlin fut le centre de la régénération de l'Allemagne. Si nous voulons nous relever de nos désastres, imitons la conduite de la Prusse. L'intelligence française s'est affaiblie ; il faut la fortifier. Notre système d'instruction, surtout dans l'enseignement supérieur, »a besoin de réformes radicales (^). »

Et de jeunes Français s'en allèrent au pays du vainqueur étudier l'organisât ion des Universités et suivre les cours. Il est intéressant de lire dans les revues de l'époque le compte-rendu de leurs impressions et de leurs découvertes. Quand son tour fut venu, vers 1886, M. Durkheim suivit le courant. Un de ses tout premiers écrits est le récit de son séjour en Allemagne (^). Ce séjour fut décisif pour son avenir scientifique.

A l'école des socialistes de la chaire, de M. Wagner surtout et de M. Schmoller, il étudia, d'un point de vue inconnu en France, l'économie politique, la Volkswirtsschaftslehre.

La science économique, enseignaient ces maîtres, n'a pas seulement pour objet de décrire comment des individus abstraits, mus par le besoin et sollicités par l'intérêt, produisent, échangent, et consomment la richesse. Il n'y a

1. E. Renan, La réforme intellectuelle et morale. Préface, p. X, pp. 55, 61, 64.

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