‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 48 sur 186 · Bau und Leben, t. I, p · texte numérisé non relu

Bau und Leben, t. I, p

faire preqdre conscience de leurs étroits rapports. Il rassemblera ensuite à mesure les conclusions communes à ces sciences particulières (^).

M. Durkheim adopta cette façon de comprendre la Sociologie. Pour lui comme pour Schaeffle le mot de sociologie désigne seulement le complexus des sciences existantes, mais animées d'un même esprit, conscientes de leur solidarité et se communiquant les résultats communs de leurs investigations respectives (2).

Restait à déterminer la méthode que devraient adopter désormais les sciences sociales pour se développer dans le sens sociologique.

Le grand ouvrage de Schaeffle, en dehors du chapitre final consacré à la méthode, contient plus d'une considération intéressante, sinon originale, sur la difficulté que présentent l'observation et l'explication des faits sociaux et spécialement la recherche des antécédents psychiques et

1. « Die sociale Erscheinungswelt ist von Comte und Spencer zum Gegenstand einer universellen Natur- und Geschichtsphilosophie gemacht worden. Wir gehen nicht die Wege dieser Schriftsteller. Wir wollen uns nicht vom dem Boden, welchen die Fachwissenschaften schon gelegt haben, entfernen. Verschiedene Wissenschaften haben sich der eigenthiiimlichen Erscheinungen der Socialwelt bemàchtigt. Dennoch zwei grasse Lûcken klaffen in dem dermaligen Stande der Socialwissenschaften. 1» Es mangelt an Einheit bei weit getriebener Vereinzelung und Zerstûckelung der Forschungsgeigenstànde durch Specialdiscijplinen, welche von einander nicht Notiz nehmen. Man 'hat Volkswirtschaft, Technik, Staat, Kunst, Wissenschaft. Kirche u. s. w. je fiir sich allein betrachtet, als ob sie einander Nichts angingen, als ob sie nicht Glieder und Lebensthatigkeiten einer und derselben Gemeinschaft wàren. 2° Zweitens gebricht es an elementarer Zusammenfassung der einfachen aber allgemeinen Grunderscheinungen, welche dem Bau und dem Leben der verschiedenen grossen Socialorgane gemeinsam sind » (jSCHiEFFLE, Bau und Lebe7i, t. I. p. 52).

2. Voir On the relation of sociology to the social sciences and to philosophy, et plus haut, pages 89 et suiv.

la détermination des causes. Les notations du savant isolé seront toujours, dit-il, fragmentaires, incomplètes, faites d'un point de vue étroit ; sa personnalité, avec son caractère et ses préjugés, influera sur son interprétation ; et les motifs de la conscience collective souvent lui échapperont. La statistique heureusement est là qui lui fournit des données à la fois objectives et contrôlables. Il utilisera aussi les renseignements acquis de l'histoire et de l'ethnographie comparée ; à l'occasion il aura recours prudemment aux analogies biologiques ; enfin il choisira judicieusement, pour dégager les causes des phénomènes, l'une des quatre méthodes connues : celle des concordances, celle des différences, celle des résidus ou celle des variations concomitantes {^).

Toutefois les règles, énoncées par M. Durkheim en conformité avec ces indications de Schaeffle, ne sont pas ce qu'il y a ni ce qu'il considère lui-même comme le plus caractéristique dans sa méthode. Quand il veut exprimer l'essentiel de celle-ci, il dit qu'elle est «sociologique» (2). Cela implique, comme nous l'avons vu, deux choses : l'exclusion du facteur individuel et la négation de tout finalisme dans l'évolution collective. M. Durkheim conçoit la société comme se développant sous une poussée interne, par un massif mouvement d'ensemble qui entraîne les individus, loin qu'ils le provoquent ou le dirigent, et qui n'est conscient ni de son origine ni de son terme. — Or, en condamnant l'interprétation psychologique et téléologi-

1. SCH^ÇFLE, Bau und Leben, t. I, pp. 59 et 124; t. IV, p. 480. — Schaeffle ajoute que la constitution de la sociologie doit devenir une entreprise collective (t. IV, p. 492). M. Durkheim a fait mieux que d'exprimer le même sentiment. Il a donné suite au vœu de Schaeffle, en fondant V Année sociologique.

2. Règles de la méthode, p. 176. — La sociologie en France, p. 649.

que des phénomènes sociaux, M. Durkheini se sépare de Schaeffle; mais c'est pour suivre M. Wundt.

En effet, tout en concédant, d'un certain point de vue, que le citoyen ordinaire est, dans sa mentalité, un produit de la société qui l'éduque (^), Schaeffle reconnaît avec Lotze l'intervention active des individus dans la formation des représentations collectives {^) ; il relève spécialement que les esprits dirigeants modifient le capital moral d'une société, c'est-à-dire les préceptes en vigueur et les mœurs régnantes (^), et il attribue l'origine des règles de conduite, admises dans un groupe, à des pratiques individuelles qui se sont petit à petit répandues par imitation (^).

Sur ce dernier point, M. Wundt est d'un avis contraire. Il se refuse à voir, dans les mœurs ou coutumes collectives, des habitudes individuelles, imitées, répétées, généralisées. L'individu n'est pas, d'après lui, le moteur de l'évolution sociale. La langue, les mythes, les mœurs, le droit ne peuvent être créés par l'individu. Les coutumes sont des pratiques communes résultant de représentations communes ; des besoins collectifs urgents ou des pratiques cultuelles (^) en sont l'origine; bref, elles sont l'œuvre de la com-

1. «Das civile Individuum ist in seiner geistigen Eigenartigkeit viel mehr das Produkt als der Urheber der Gesellschaft » {Bau und Leben, 1, p. 12; cfr. p. 421).

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