CHAPITRE V
LE RÉALISME SOCLAL (i).
Les idées et les méthodes, empruntées aux Allemands par M. Durkheim, étaient neuves pour la plupart, ou du moins peu répandues en France.
La Sociologie d'abord n'y jouissait pas d'une grande faveur.
Le Cours de philosopJiie positive de Comte, achevé en 1842, n'eut pas de suite et la Sociologie resta dans l'aban-
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don pendant trente ans. Quand, vers 1872, M. P2spinas songea à traiter des sociétés animales « avec le dessein avoué de dégager de cette étude quelques lois communes à toutes les sociétés, » il n'y avait pas en France, a-t-il raconté plus tard, dix personnes favorables à cet ordre de recherches. Les philosophes de profession savaient, en général, assez vaguement que Comte avait proposé le mot de Sociologie pour désigner la science sociale : ils étaient unanimes à le trouver bizarre et malvenu. Quatre ans après, Paul Janet obligeait M. Espinas à supprimer l'Introduction historique de sa thèse « parce qu'il ne voulait pas en effacer le nom d'A. Comte (/). »
Rien ne restait plus éloigné de la conception sociolqgique, que la science économique française {^). Elle était — à V Académie des sciences morales et politiques comme à la Société d'économie politique; au Journal des économistes comme à ÏÉconomiste français, — individualiste dans son esprit et déductivè dans sa méthode. « Les économistes orthodoxes — écrivait M. Durkheim, tandis que les socialistes de la chaire l'initiaient à la Volkswirtschaft — gardent chez nous cette puissante influence qu-ils ont perdue dans les autres pays de l'Europe. Disciples inconscients de Rousseau, ils supposent seulement que des individus sont en présence qui échangent leurs produits; pour eux la société est un composé où il n'y a rien de plus que dans la somme de ses composants; les