Espinas, Etre ou ne pas être
2. L. CosSA, Jntroduzione allô studio delV Economia pqlitica. MiJano, 1892. — J. K., Ingram, Histoire de V économie 'politique. Paris, 1893. — J. Rambaud, Histoire des doctrines politiques. Paris,
grandes lois économiques seraient les mêmes, quand il n'y aurait jamais eu au monde ni nations, ni Etats (^). » — L'économie politique ne s'enseignait d'ailleurs que dans quelques écoles spéciales : au Collège de France, au Conservatoire des arts et métiers, à l'Ecole des ponts et chaussées ; elle ne faisait pas encore partie des programmes des Facultés de droit.
Il en était du Droit comme de récono'mie politique. On avait fait les écoles de Droit, écrit M. Liard, pour enseigner rinterprétation des lois; elles l'enseignaient, avec une précision et une rigueur souvent admirables, mais enfermées dans leur méthode comme dans des rites, et en défiance contre les nouveautés et les hardiesses de la critique et de l'histoire. « Leur méthode est déductive. Les articles du Code sont autant de théorèmes dont il s'agit de montrer la liaison et de tirer les conséquences. Le juriste pur est un géomètre; l'éducation juridique est purement dialectique. » Cependant des questions nouvelles se posent: Quel est le mode de vie de la loi écrite? Quels sont ses rapports avec les conditions changeantes des sociétés? Quelle influence exercent sur elle l'histoire et les milieux? La géométrie juridique est impuissante devant ces problèmes; longtemps les Facultés ne voulurent pas les connaître {^). — La différence, à ce point de vue, entre l'Allemagne et la Fr.ance avait aussi frappé M'. Durkheim. « Dans nos Facultés de droit où se forment la plupart de nos hommes politiques, ils apprennent — disaitil à son retour d'Allemagne — à interpréter des textes de
1. La science positive de la morale en Allemagn', pp. 34 et 37.
2. L. Liard, L'enseignement supérieur en Fr.ance, t. II, p. 397. Paris. 1894.
lois, à faire des prodiges de finesse dialectique pour deviner quelle a été, il y a cent ans, l'intention du législateur, mais ils n'ont aucune idée de ce que c'est que le droit, les mœurs, les coutumes, les religions, quel est le rôle et le rapport des diverses fonctions de l'organisme social {}). »
Quant à la Morale, elle était, malgré les critiques de Taine [-), restée dans la tradition cousinienne. L'Académie des sciences morales et politiques mettait au concours, à quatre reprises, la question de l'universalité des principes de la morale. « Au fond, disait un des rapporteurs du concours, il s'agit de défendre la conscience morale de l'humanité contre l'atteinte du scepticisme, par le spectaclq fortifiant de son aspiration vers l'unité. En face d'une philosophie qui réduit les idées morales à des faits empiriques, niant par là même qu'il y ait aucune vérité fixe, même dans l'ordre du devoir, rien d'absolu, même le bien, il importe de raffermir la foi naturelle que l'homme a dans sa raison, sa confiance innée dans la relation de son intelligence avec la vérité, le sentiment instinctif qu'il a de l'unité de l'esprit, de l'unité des lois et des destinées de l'humanité (^). » Dans l'enseignement, J. Simon, P. Janet, E. Caro étaient les continuateurs de Th. Jouffroyi;^). Ils avaient pour eux le prestige de l'éloquence