‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 56 sur 186 · Ch. Andler, Sociologie et démocratie · texte numérisé non relu

Ch. Andler, Sociologie et démocratie

5. A. Fouillée, Le mouvement positiviste et la conception sociologique du monde, p. 248,

Allemagne, Schaeffle et MM. Wagner et Schmoller professer en toute sérénité la thèse du réalisme social.

Pourquoi la vérité admise au delà du Rhin devenaitelle en deçà une erreur pourchassée ?

M. Durkheim n'a pas songé à résoudre cette question. Il s'est contenté de reprendre à ses maîtres leur postulat, sans même s'inquiéter des origines de celui-ci. .

Or le fait est qu'une certaine conception du réalisme social était en Allemagne très répandue et déjà ancienne.

MM. Wagner et Schmoller ont eu des précurseurs immédiats dans la personne des fondateurs de l'historisme économique, Roscher et Knies.

Reprenant, en 1854, dans ses Principes cVéconomie politique, une idée déjà émise par lui en 1843 (^), Roscher soutenait que l'économie politique est autre chose qu'une simple juxtaposition d'économies privées, tout aussi bien qu'un peuple est plus qu'une simple agrégation d'individus... En économie publique, tous les phénomènes simultanés réagissent les uns sur les autres. Pour les expliquer il faut admettre l'existence d'une vie organique dont ces faits isolés ne sont que la manifestation... L'économie publique naît simultanément avec le peuple ; elle grandit, fleurit et mûrit avec lui... La vie nationale forme un ensemble dont les divers phénomènes se relient intimement. Pour en comprendre scientifiquement un seul, il faut les connaître tous, surtout la langue, la religion, l'art, la science, le droit, l'Etat et l'économie (-).

1. W. Roscher, Grundriss zu Vorlesungen iiber die Staalswirtschaft nach geschichtlicher Méthode. Gottingen, 1843.

2. « Es wird zweierlei erfordert, um eine Zusammenfassung von Teilen zu einem realen (^anzen zu machen; die Telle mûssen unter

Knies également avait, en 1853, insisté vivement sur ce que les faits économiques sont en relation de dépendance et d'influence avec les autres faits sociaux. Cela provient, d'après lui, de ce que tous sont des manifestations particulières de la vie une de la nation. Une nation est en effet quelque chose d'autre qu'une somme d'individus. L'économie nationale n'est donc pas un système isolé, indépendant, autonome; elle fait partie d'un vaste organisme; elle constitue seulement un des éléments de la vie une de la nation et elle est reliée à tous les autres phénomènes issus de cette même source, au point de changer solidairement avec eux. On ne peut séparer la vie économique de la vie politique, ni de la vie religieuse, ni d'aucune autre; toutes se tiennent étroitement et se conditionnent mutuellement (^).

einander in Wechsehvirkung stehen, und das Ganze muss als solches nachweisbare Wirkung haben. In diesem Sinne ist das Volk unstreitig eine Realitàt, nicht bloss die Individuen, welche dasselbe ausmachen... In jeder Volkswirtschaft wird man bei tieferem Einblicke gar bald merken, dass die vvichtigsten gleichzeitigen Vorgànge einander wechselseitig bedingen... In allen solchen Fallen dreht sich die Erklârung im Kreise herum, wenn wir n'cht das Vorhandensein eines organischen Lebens annehmen, von welchem jene einzelnen Tatsachen eben nur Aeusserungen sind... Die Volkswirtschaft cntsteht zugleich mit dem Volke... Mit dem Volke zugleich wàchst auch die Volkswirtschaft heran und kommt zur Bliite und Reife... Wie jedes Leben, so' ist auch das Volksleben ein Ganzes, dessen verschiedenartige Aeusserungen im Innersten zusammenhangen. Wer daher eine Seite desselben wissenschaftlich verstehen will, der muss aile Seiten kennen. Und zwar sind es vornehmlich folgende sieben Seiten, welche hier in Betracht kommen: Sprache, Religion, Kunst, Wissenschaft, Recht, Staat und Wirtschaft » (W. ROSCHER, Griindlagen der Nationaldkonomie, §§ 12, 13, 14 et 16).

1. « Ein Volk ist etwas Anderes als eine beliebige Sumrae von einzelnen Individuen. Die wirthschaftlichen Zustànde und Entwicklungen der Vôlker diirfen nur als ein mit dem gesammten Lebensorganismus derselben eng verbundenes Glied angesehen werden. Die Volkswirtschaft ist nur die ôkonomische Seite des einheitlichen Volkslebens. Man kann durchaus nicht die wirthschaftlichen Lebens-

Avant Roscher et Knies, Fr, List avait, en 1841, réagi contre la tendance cosmopolite et individualiste, en affirmant l'existence de l'économie nationale. L'école d'Adam Smith, dit-il, ne connaît que l'humanité et l'individu; elle oublie qu'entre les deux il y a la nation avec sa langue et sa littérature, son histoire, ses mœurs, ses coutumes, ses lois et ses institutions, sa prétention à l'existence, à l'indépendance, au progrès, à la perpétuité. Tout cela fait de la nation un tout, uni par la communauté de multiples liens spirituels et d'intérêts matériels... Les intérêts des nations ne sont pas identiques aux intérêts immédiats de leurs membres; la richesse des nations consiste en autre chose que la richesse des individus qui les composent (').

Dans une publication, contemporaine des travaux de Roscher et de Knies que nous venons de mentionner, Bluntschli posait d'autre part à la base de la science politique, le postulat « que l'Etat est un être vivant et par

kreise von den politischen oder den religios-kirchlichen oder irgend anderen trennen, Sie stehen aile in vervvandtschaftlichem Zusammenhange und bedingen einander gegenseitig » (K. Knies, Die politische Oekonomie vom Standpunkte der geschiditlichen Méthode, pp. 109-110; cfr. pp. 244-245). — Sur Knies, voir l'excellent travail de M. Defourny, Etude sur la méthode de l'économie politique. Karl Knies (Rev. d'économie polit., t. XX, 1906).

1. « Zwischen dem Individuum und der Menschheit steht die Nation, mit ihrer besonderen Sprache und Literatur, mit ihrer eigenthiimlichen Abstammung und Geschichte, mit ihren besonderen Sitten und Gewohnheiten, Gesetzen und Institutionen, mit ihren Anspriichen auf Existenz, Selbstàndigkeit, Vervollkomnung, ewige Fortdauer und mit ihrem abgesonderten Territorium; eine Gesellschaft, die, durch tausend Bande des Geistes und der Interessen zu einem fiir sich bestehenden Ganzen vereinigt, das Rechtsgesetz unter sich anerkennt und als Ganzes andern Gesellschaften àhnlicher Art zur Zeit noch in ihrer natiirlichen Freiheit gegenûber steht... Die Summe der produktiven Kràfte der Nation ist nicht gleichbedeutend mit dem Aggregat der produktiven Kràfte aller Individuen » (Fr. List, Das nationale System der politischen OeJconomie, pp. 150 ef 153).

suite organique ». Un examen approfondi des phénomènes politiques nous amène, déclare-t-il, à concevoir l'Etat comme un tout organique, et cette conception de la nature organique de l'Etat facilite beaucoup l'étude pratique des problèmes politiques... L'Etat toutefois n'est pas un organisme au même titre que les plantes et les animaux ; il est d'une espèce plus élevée. L'histoire nous le montre comme un organisme psycho-moral, capable de synthétiser les idées et les sentiments du peuple, de les exprimer en lois, de les traduire en actes. L'histoire nous renseigne sur les propriétés morales et sur le caractère des Etats. Elle leur attribue une personnalité qui a et manifeste sa volonté propre... Chaque peuple apparaît dans révolution historique comme un tout naturel qui n'est ni une simple collection d'individus ni une simple réunion de familles. Le peuple a une vie collective plus élevée ; il forme une communauté qui a un caractère distinct de celui de l'individu et de celui de la famille. La similitude des mœurs, de la langue, des idées, des sentiments et de la race sont les signes extérieurs auxquels se reconnaît un peuple; il y a un caractère national aussi bien qu'un esprit collectif; l'un et l'autre se traduisent dans la vie et dans l'activité du peuple... Les nations sont des êtres organiques (^).

1. « Eine grûndliche Prùfung der staatlichen Erscheinungen lasst uns in demselben ein organisches Wesen erkennen, und in der That ist mit dieser Einsicht in die organische Natur des Staates sehr viel gewonnen auch fiir die praktische Behandlung der staathchen Fragen... Indem die Geschichte uns Aufscliluss gibt ùber die organische Natur des Staates, làsst sie uns zugleich erkennen, dass der Staat nicht mit den niederen Organismen der Pflanzen und der Thiere auf einer Stufe steht, sondern von hôherer Art sei. Sie stellt ihn als einen sittlich-geistigen Organismus dar, als einen grossen Kôrper, der fàhig ist die Gefùhle und Gedanken der

Longtemps auparavant, Savigny avait, comme Roscher et Knies le firent à propos des phénomènes économiques, affirmé, à propos du droit, l'interdépendance des faits sociaux et soutenu que la législation civile d'un peuple est l'expression de sa vie propre. Ce fut en 1814, quand Thibaut proposa de doter l'Allemagne d'un Code civil général. Savigny combattit ce projet. C'est, dit-il, négliger toutes les particularités historiques et se figurer que de pures abstractions peuvent avoir une valeur égale pour tous les peuples et pour tous les temps. Aussi haut que nous remontions dans le passé, nous trouvons chaque peuple en possession d'un droit civil ayant un caractère déterminé, propre au peuple, tout comme sa langue, ses mœurs, sa constitution. Aucun de ces phénomènes n'a une existence séparée. Tous sont des manifestations, des activités, intimement liées les unes aux autres, du peuple un qui en est le sujet. Le; lien organique du droit avec l'être et le caractère du peuple se perpétue à travers les âges et par là encore le droit est comparable à la langue. Le droit croît avec le peuple, se développe avec lui et

Volker in sich aufzunehmen und als Gesetz auszusprechen, als That zu verwirklichen. Sie berichtet uns von moralischen Eigenschaften^ von dem Charakter der einzelnen Staaten. Sie schreibt dem Staate eine Personlichkeit zu, die ihren eignen Willen hat und kundgibt... Die Volker stellen sich in der Geschichte zunàchst als natiirliche Ganze dar, die weder blosse Gesellschaften von Individuen noch blosse Vereine von Familien sind. Das Volk hat ein hoheres Gattungsleben, eine Gemeinschaft, welche nicht das Gepràge des Individuums noch der Familie tràg-t... Gemeinschaft der Sitte, der Sprache, der Anschauungsweise, der Gefùhle und selbst der kôrperlichen Rasse sind âussere Kennzeichen des Volkes : und es gibt einen bestimmten VolkscharaJcter sowohl als einen bestimmten Volksgeist, welche beide sich in der Lebensform und der ganzen Thàtigkeit des Volkes aussprechen. Auch die Volker sind organische Wesen » (Bluntschli, Allgemeines Staatsrecht geschichtUch begrundct, pp. 22, 24, 37, 38. Miinchen, 1852).

meurt enfin quand la nation disparaît. Le siège propre du droit est la conscience commune du peuple. Tout droit est élaboré d'abord par les mœurs et les croyances populaires, plus tard par la jurisprudence, mais partout donc par des forces intérieures, silencieuses, non par la volonté arbitraire d'un législateur (i).

L'année suivante, dans l'article-programme de sa revue, Savigny opposa la conception de l'école historique à celle de l'école non historique. La première considère que la matière du droit est donnée par le passé tout entier de la nation; le droit n'est pas une création artificielle, il n'est pas indifférent qu'il soit tel ou autre, mais il résulte de l'être intime du peuple et de son histoire. Pour l'école non historique, le droit est librement élaboré par les personnes revêtues du pouvoir législatif, qui s'inspire uni-

1. « Im bùrgerlichen Redite verlangte man neue Gesetzbùcher... die sich sollten aller historischen Eigenthiimlichkeiten enthalten und in reiner Abstraction fur aile Vôlker und aile Zeiten gleiche Brauchbarkeit haben... Wie hat sich das Recht wirklich entwickelt? Wo wir zuerst urkundliche Geschichte finden, hat das bûrgerliche Recht schon einen bestimmten Character, dem Volk eigenthiimlich, so wie seine Sprache, Sitte, Verfassung. Ja dièse Erscheinungen haben kein abgesondertes Dasein, es sind nur einzelne Kràfte und Thâtigkeiten des einen Volkes, in dier Natur untrennbar verbunden... Dieser organische Zusammenhang des Rechts mit dem Wesen und Character des Volkes bewàhrt sich im Fortgang der Zeiten^ und auch hierin ist es der Sprache zu vergleichen. Das Recht wâchst mit dem Volke fort, bildet sich aus mit diesem und stirbt endlich ab, so wie das Volk seine Eigenthiimlichkeit verliert. Der eigentliche Sitz des Rechts its das gemeinsame Bewusstsein des Volkes... Ailes Recht wird erzeugt erst durch Sitte und Volksglaube, dann durch Jurisprudenz, iiberall also durch innere, stillwirkende Krâfte, nicht durch die Willkiihr eines Gesetzgebers » (F. C. vON Savigny, Vom Beruf unserer Zeit fur Gesetzgebung und Bechtsivissenschaft, pp. 5-14).

quement de leurs convictions raisonnées du moment présent (1).

Ce que Savigny disait spécialement du droit, Guillaume von Humboldt à son tour l'affirme de la langue, dans la remarquable introduction de son grand travail sur la langue Kawi 1836). La langue, remarque-t-il, tient par les fibres les plus ténues de ses racines à la mentalité nationale. Chaque peuple peut et doit être considéré comme une individualité humaine qui poursuit son développement intellectuel propre. La langue est une de ces créations qui sont l'œuvre simultanée de tous. Dans la formation des langues, les nations sont, comme telles, proprement et immédiatement créatrices. Les langues sont l'expression die l'esprit des peuples. La diversité de structure des langues s'explique par et résulte de la mentalité différente des nations^-).

1. « Die geschichtliche Schule nimmt an, der Stoff des Rechts sei durch die gesammte Vergang-enheit der Nation gegeben, doch nicht durch Willkiihr, so dass er zufàllig dieser oder ein anderer sein kônnte, sondern aus dem innersten Wesen der Nation selbst und ihrer Geschichte hervorgegangen... Die ungeschichtliche Schule dagegen nimmt an, das Recht werde in jedem Augenblick durch die mit der gesetzgebenden Gewalt versehenen Personen mit Willkiihr hervorgebracht, ganz unabhàngig von dem Rechte der vorhergehenden Zeit, und nur nach bester Ueberzeugung, wie sie der gegenwàrtige Augenblick gerade mit sich bringe » (Savigny, IJeber den Zweck dieser Zeitschrift ; dans Zeitschrift fur geschichtliche Rechtswissenschaft, t. I. Berlin, 1815, p. 6).

2. « Die Sprache schlâgt aile feinste Fibern ihrer Wurzeln in die nationelle Geisteskraft. Jede Nation kann und muss als eine menschliche Individualitàt, die eine innere eigenthûmliche Geistesbahn verfollgt, betrachtet werden. Das Dasein der Sprachen beweist dass es geistige Schôpfungen giebt, welche ganz und gar nicht von einem Individuum aus auf die ùbrigen iibergehen, sondern nur aus der gleichzeitigen Selbstthàtigkeit Aller hervorbrechen kônnen. In den Sprachen sind, da dieselben immer eine nationelle Form haben, Nationen, als solche, eigentlich und unmittelbar schôpferisch. Die

De différents côtés on proclamait ainsi qu'une nation est une grande individualité, qu'il y a une âme collective, une conscience sociale. Cela étant, faut-il s'étonner de voir Lazarus et Steinthal créer en 1860 la Zeitschrift fur Vôlker psychologie ^ Ils s'adressaient à ceux qui étudient le langage, la religion, l'art, la littérature, la science, la morale, le droit, l'organisation sociale, domestique et politique, bref un aspect quelconque de la vie collective, et qui cherchent à donner de ces phénomènes une explication d'ordre psychique. Historiens, ethnologues, philosophes, juristes, remontent depuis assez longtemps au Yolksgeist comme à la source profonde des phénomènes sociaux. Pourquoi le Yolksgeist ne deviendrait-il pas enfin l'objet d'une étude scientifique? La psychologie qui se contente d'analyser l'individu isolé est, comme Herbart l'a montré, forcément incomplète. Il ne peut même suffire de noter que l'individu subit l'influence de l'ambiance. Il faut — considérant la société comme une réalité distincte, comme le sujet véritable et immédiat de phénomènes particuliers et qui n'ont leur répercussion chez l'individu qu'en tant que membre de la communauté — étudier l'esprit de la collectivité, qui est autre chose que la masse des esprits individuels (^). De toutes les collectivités, la plus importante

Sprache ist gleichsam die àusserliche Erscheiiiung des Geistes der Vôlker... Wir mùssen als das reale Erklàrungsprinzip und als den wahren Bestimmungsgrund der Sprachverschiedenheit die geistige Kraft der Nationen ansehen. Der Bau der Sprachen ist im Menschengeschlechte darum und insofern verschieden weil und ais es die Geisteseigenthiimlichkeit der Nationen selbst ist. » W. VON HUM- BOLDT, JJeber die Kawi-Sprache auf der. Insel Java. Erster Band. Einleitung, pp. XVIII, XLVI-XLVIII, LIII-LIV. Berlin, 1836.

1. « Innerhalb des Menschen-Vereines treten ganz eigenthùmliche psychologische Verhâltnisse, Ereignisse und Schôpfungen, hervor. wielche gar nicht von den Einzelnen als solchem ausgehen. Es sind Schicksale denen der Mensch nicht unmittelbar unterliegt, sondern

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est le peuple (Volk); de là l'idée de la Vôllcer psychologie.

On leur objecta : la conscience collective ne se compose que de consciences individuelles ; la science ne peut avoir pour objet que ces dernières, et puisque la psychologie se donne la tâche de les étudier, il reste qu'il n'y a point d'objet propre à IsiVôlker psychologie. Le Volksgeist est un simple concept, un nom vide de réalité, une manière de parler. — Non, répond Lazarus ; le Volksgeist est aussi réel que la Natio7ialdko7iomie, aussi réel que la forêt. L'arbre isolé constitue un objet d'étude pour la physiologie des plantes; la forêt est l'objet de l'art forestier. De même l'esprit collectif, quoiqu'il ne se compose que d'esprits individuels, doit devenir l'objet d'une science distincte de la psychologie. Car il est manifeste que la collectivité ne constitue pas une simple somme d'individus additionnés, mais une unité fermée dont nous avons à rechercher le caractère et la nature et dont la structure et le développement sont soumis à des lois spéciales {^).

En même temps Lazarus dénonçait l'erreur de procédé de la psychologie ordinaire. Dans l'étude de la vie psychi-

nur mittelbar, weil er zu einem Ganzen gehort, welches dieselben erfâhrt. Kurz es handelt sich um den Geist einer Gesammtheit, der noch verschieden ist von allen zu derselben gehôrenden einzelnen Geistern, und der sie aile beherrsch,t... Die blosse Summe aller (ijidividuellen Geister in einem Volke kann den Begriff ihrer Einheit nicht ausmachen, denn dieser ist etwas Anderes und bei weiteni mehr als jene » (M. Lazarus und H. Steinthal, Einleitende Gcdanken uher VôlJcerpsychologie, pp. 5 et 28).

1. «Es ist offenbar dass die Gesammtheit nicht eine bloss addirte Summe von Einzelnen, sondern eine geschlossene Einheit ausmacht, deren Art und Natur wir eben zu erforschen haben; eine Einheit, in deren Gestaltung und Entfaltung Processe und Gesetze zur wSprache kommen, welche den Einzelnen als solchen gar nicht betreffen, sondern nur in wie fern er etwas Anderes ist, als ein Einzelner, namlich Theil und Glied eines Ganzen » (M. Lazarus, Ueber das Verhàltniss des Einzelnen zur Gesammtheit, p. 399).

que, dit-il, on part habituellement de l'homme individuel. C'est un tort. Les caractères et le développement de la vie psychique ne peuvent être attribués à l'individu comme tel. C'est seulement au sein de la société, dans la participation à la vie collective, que la mentalité des individus se forme. Logiquement, chronologiquement et psychologiquement la société est antérieure à l'individu (^).

L'existence d'une conscience sociale n'est d'ailleurs pas douteuse. Dans une collectivité organisée, la conscience que chaque individu, membre actif du groupe, a de son rôle et de son importance, est déterminée par le sentiment que le groupe! a de lui-même et de son but. Dans toute communauté — commune ou jury, fête populaire ou émeute, parlement ou bataillon — il y a une conscience collective plus ou moins énergique dont les consciences individuelles participent et dont elles sont représentatives. La conscience que le tout a de lui-même n'est pas la somme des consciences individuelles, mais leur puissance {Potenz). Elle résulte de la fusion des consciences individuelles {^).

1. « Nicht aus den Einzelnen als solchen besteht die Gesellschaft, sondern in der Gesellschaft und aus ihr bestehen die Einzelnen... Wir miissen behaupten dass : Log^isch, zeitlich und psychologisch die Gesammtheit den Einzelnen vorangeht. In der Gesammtheit ejitwickelt und findet sich der Einzelne » (^Ibid., pp. 418-419. Cfr. Lazarus, Einige synthetische Gedanken zur VôlJcer psychologie, p. 17).

2. «Jeder, der an irgend einer Gesammtheit thâtigen Anth'eil nimmt, hat eine energische und concrète Vorstellung von dem Inhalt und Zweck der Gemeinschaft, und sein eigenes Selbstbewusstsein, ilndem es seine Theilnahme an derselben enthàlt, schliesst das Bewlisstsein der Gesammtheit in sich ein. Das Selbstbewusstsein des G^nzen setzt sich also, nicht als Summe der Einzelnen zusammen, sondern als ihre Potenz. Dies nun ist jener Geist, der sich in der Masse entbindet, ohne am Einzelnen vorhanden oder erkennbar zu sein, jene Erhohung und Erhebung, wo immer Viele zusammenwirken.

Dans une nouvelle élude, Lazarus explique comment se forme et en quoi consiste l'esprit collectif. L'association, d'après lui, n'est pas un phénomène infécond. Partout où plusieurs hommes vivent ensemble, leur activité mentale forme nécessairement un système de représentations collectives, qui s'impose désormais à chacun (^). Nées de l'activité des individus, les représentations collectives acquièrent dans la suite une existence en dehors et audessus des individus qui sont obligés d'en tenir compte. — Pour nous persuader de la réalité objective de l'esprit collectif, il suffit de penser à la langue fixée dans le dictionnaire et dans la grammaire, au droit codifié, à l'ensemble des idées admises dans une société sur la nature, sur l'homme, sur les besoins moraux, religieux, esthétiques, sur la technique industrielle, etc. — Ce que l'esprit collectif présente, il est vrai, de remarquable, c'est qu'il a souvent un double mode d'existence. Il se retrouve d'abord dans les consciences individuelles, à l'état de pensées, de sentiments, de tendances; puis, d'autre part il s'incorpore dans des supports matériels : livres, constructions et monuments, œuvres d'art, outils, moyens de transport et d'échange, matériel de guerre, jouets, etc. (^j. —

man mag an die Gemeinde, oder die Jury, an das Volksfest oder den Aufstand, an das Parlament oder das Bataillon denken» (Lazarus, Ueber das Verhâltniss des Einzelnen zur Gesammtheit, p. 426).

1. «Wo immer mehrere Menschen zusammenleben, ist dies das nothwendige Ergebniss ihres Zusammenlebens, dass aus der subjectiven geistigen Thâtigkeit derselben sich ein objectiver, geistiger Gehalt entwickelt, welcher dann zum Inhalt, zur Norm und zum Organ ihrer ferneren subjectiven Thâtigkeit wird ...Aus der Thâtigkeit aller Einzelnen urspriinglich geboren, erhebt sich der geistige Inhalt, als fertige That, sofort iiber die Einzelnen, welche ihm nun unterworfen sind, sich ihm fiigen mûssen » (Lazarus, Einige synthetische Gedanken zur Vôlkerpsychologie, p. 41).

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