G. GOYAU, L'Allefnagne religieuse, tome I. Paris
res, a succombé parce qu'il a oublié son caractère, sa finalité, son histoire, parce qu'il s'est oublié lui-même; il ne peut renaître que si, reconnaissant de nouveau son caractère et sa finalité, il retourne à son histoire et reprend conscience d'être une nation (^) ».
Tandis que ces voix ardentes relevaient l'abattement des patriotes, ranimaient la fierté germanique et rendaient au peuple la foi en lui-même et dans sa mission, Adam Mùller transportait, de l'ordre du sentiment dans le domaine delà science, cette idée de la Nation qui revivait dans l'esprit allemand, et, de ce qui était un objet de regret ou d'espérance, il fit un objet d'étude. Lui aussi il retourna au moyen âge, non pour lui demander des thèmes esthétiques, des amusements d'imagination, des consolations dans le ïnalheur, mais pour y trouver des leçons d'architecture politique, des maximes de vie sociale, des normes pour un ordre économique. C'est ainsi qu'à la théorie romaine du droit de propriété absolu il oppose la théorie médiévale de la propriété-fonction sociale; au système politique individualiste, l'organisation corporative d'autrefois. Avec cela, ardent patriote, il fulmine contre Fichte et contre les cosmopolites qui rêvent de la paix universelle et de l'abolition des frontières. Il a même comme une vue prophétique de la future unité allemande.
Roscher lui a rendu un hommage précieux: «Adam Millier a le mérite d'avoir le mieux mis en relief l'idée de l'État et de l'économie publique, comme un ensemble qui domine l'individu et même les générations (^) ». C'est jus-
1. J. GOERRES, roUtische Schriften, I, pp. 117-132; cité par Goyau, t. I, p. 249.