H. Michel, L'idée de VÉtat. Paris
4. Ch. Andler, Les origines du socialisme d-'État en Allemagne, p. 162. Paris, 1897.
5. L. Stein, Die sociale Frage im Lichte der Philosophie, p. 429. Stuttgart, 1897.
6. Les idées de MùUer, dont nous en avons résumé quelques-unes, sont enfouies dans trois petits volumes qui n'ont jamais été réimprimés {Die Elemente der Staatskunst, 1809). Nous espérons bien qu'il se trouvera prochainement quelqu'un pour rendre à Mùller la place qui lui revient dans l'histoire de la Science sociale, en le rattachant d'une part à MiOiser et à Burke et en déterminant, d'autre part, dans quelles diverses directions s'est exercée son influence.
en P^rance la théorie germanique du réalisme social, est de n'avoir pas soupçonné ces attaches profondes et lointaines de la théorie dans son pays d'origine.
Avant d'être et en même temps qu'il resta un postulat de la science, le concept de la Nation et de sa réalité était, en Allemagne, une idée aimée et un sentiment vivace. L'effort des écrivains, des savants, des politiques, des diplomates, des guerriers allemands, pendant tout un siècle, a été dirigé vers cette fin : faire l'unité — économique, morale et politique — de l'Allemagne^).
La France, par contre, n'a pas cessé de se glorifier d'avoir proclamé la charte cosmopolite des droits de l'homme. Et la philosophie individualiste, en dépit de certains assauts, a toujours réussi à y maintenir sa domination dans l'enseignement universitaire. Sans doute, sur un point, la France était en avance : elle avait réalisé depuis longtemps son unité politique. Mais tandis que les Allemands travaillaient, avec ardeur et persévérance, à devenir un peuple grand et fort, quelle était, en France, la vitalité du sentiment patriotique, et la profondeur de l'idée nationale ? Au lendemain de la guerre de 1870, Renan comparait ainsi les deux pays : « En Prusse, l'état militaire, chez nous déprécié ou considéré comme synonyme d'oisiveté et de vie désœiuvrée, était le principal titre d'honneur, une sorte de carrière savante. Chez nous, le patriotisme se rapportant aux souvenirs militaires était ridiculisé sous le nom de chauvinisme; là-bas, tous sont ce que nous appelons des chauvins, et s'en font gloire (-). »
1. H. LiCHTENBERGER, L'Allemagne moderne et son évolution. Paris, 1907.
. : 2> E. Renan, La réforme intellectuelle et morale, p. 52..
Morale et sociologie. 13
Y a-t-il eu un changement depuis lors ? Pour qui se contente de l'ordinaire méthode d'observation, il y a d'intéressants éléments de réponse dans l'enquête sur la guerre et le militarisme, instituée par la revue L'Humanité nouvelle et à laquelle M. Durkheim a collaboré (i) ; il y a aussi une ample moisson de documents dans le livre de M. Goyau sur Vidée de patrie (-) ; et de récents incidents sont singulièrement suggestifs. Mais enquêtes, essais d'histoire, événements particuliers ne donnent pas d'un fait social une représentation suffisamment objective; et le résultat de recherches conduites d'après cette méthode est sans valeur aux yeux du sociologue, qui a pour règle d'appréhender les faits «par un côté où ils se présentent isolés de leurs manifestations individuelles (^).» Il resterait à saisir «objectivement» les «courants» patriotiques, internationalistes, pacifistes, militaristes et à en mesurer les variations quantitatives. Ce serait pour les rédacteurs de V Année sociologigue le sujet d'un mémoire intéressant, qui ne serait pas dépourvu d'actualité et dont les conclusions pourraient être utiles à 1' « art politique rationnel ». En attendant, si Comte avait encore vécu, il eût reproché à son successeur d'avoir, en n'ayant pas égard au « consensus », manqué d'esprit sociologique (*). La théorie du réalisme social faisait partie d'un système vivant de représentations et de sentiments, qu'on peut appeler la mentalité ou le VolTcsgeist allemand. M. Durkheim l'a dé-
1. ^L'Humanité nouvelle, n^ de mai 1899. — Voir la réponse de M. Durkheim, p. 50.
2. G. Goyau, Lidée de patrie et Vhumanitarisme. Essai d'histoire française, 1866-1901. Paxis, 1903.