‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 68 sur 186 · JJe la méthode objective en sociologie · texte numérisé non relu

JJe la méthode objective en sociologie

L'unité de la société ne ressemble à aucune de celles-là. La société n'est pas un être individuel, une réalité substantielle et indivise, comme le composé chimique ou le corps vivant.

Elle n'est pas non plus une chose distincte des associés; elle est eux-mêmes. Il n'y a dans l'association aucun autre être quelconque, physique ou psychique, que les associés. Le tout social est un état de choses et non une chose ; un mode d'être et non un être.

Cependant la société est plus qu'une juxtaposition, un amas ou une somme ; et par là elle diffère du monceau de pierres entassées.

Elle est autre qu'une maison dont l'agencement des parties est fixe et rigide. Entre les membres d'une société il y a normalement concert de tendances, coordination d'action, coopération d'efforts, entr'aide, et en tous cas, influence mutuelle incessante.

La Métaphysique, qui n'est pas une rêverie creuse mais une expression plus haute des choses données dans la réalité, fait ces distinctions.

Elle espère de la Sociologie que celle-ci lui fournira, sur la structure et le fonctionnement des diverses sociétés, sur leur état normal et pathologique, des données nouvelles qui permettront de mieux situer, dans la classification des êtres composés, le tout social et ses variétés.

En attendant, il y a peut-être quelque profit, même pour un sociologue positiviste, à méditer ces lignes de Thomas d'Aquin : « L'unité, formée par ce tout qu'on appelle l'Etat ou la famille, est une unité de coordination et non une unité simple. Chaque élément du tout social a son activité qui n'est pas celle de l'ensemble; mais le tout lui-même a aussi, comme tel, une action q,ui lui est

propre. Par là la société diffère du tout dans lequel on trouve l'unité de composition, ou de liaison, ou de continuité ; ici les parties n'agissent pas séparément de l'ensemble. Aussi n'appartient-il pas à la même science d'étudier le tout social et ses éléments, et les lois qui régissent la vie individuelle, la vie familiale et la vie politique relèvent de trois disciplines différentes f^) ».

L'accueil peu encourageant qu'il reçut de différents côtés en présentant à ses compatriotes sa conception sociologique, n'a rien enlevé à M. Durkheim de son entrain au travail et de sa foi en l'avenir de la Sociologie.

A l'université de Bordeaux d'abord, à celle de Paris

1. « Hoc totum, quod est civilis multitudo, vel domestica faniilia habet solam unitatem ordinis secundum quam non est aliquid simpliciter unum. Et ideo pars ejus totius potest habere operationeni, quae non est operatio totius, sicut miles in exercitu habet operationeni quae non est totius exercitus. Habet nihilominus et ipsum totum aliquam operationem, quae non est propria alicujus partium, sed totius ; puta conflictus totius exercitus et tractus navis est operatio multitudinis trahentium navem. Est autem aliquid totum quod habet unitatem non solum ordine sed compositione aut coUigatione vel etiam continuitate, secundum quam unitatem est aliquid unum simpliciter et ideo nulla est operatio partis quae non sit totius. In continuis enim, idem est motus totius et partis et similiter in compositis vel colligatis, operatio partis principaliter est totius; et ideo oportet quod ad eamdem scientiam pertineat talis consideratio et totius et partis ejus. Non autem ad eamdem scientiam pertinet considerare totum quod habet solam ordinis unitatem et partes ipsius. Et inde est quod moralis philosophia in très partes dividitur; quarum prima considérât operationes unius hominis ; secunda, operationes multitudinis domesticae; tertia, operationes multitudinis civilis » (Thqmae Aqiti- NATIS In decem lïbros Ethicorum expositio, Liber 1, lectio 1). Il est intéressant de rapprocher de ce texte le passage suivant de Roscher: « Es wird zweierlei erfordert, um eine Zusammenfassung von Theilen zu einen realen Ganzen zu machen: die Theile mùssen unter einander in Wechselwirkung stehen, und das Ganze muss als solches nachweisbare Wirkung haben. In diesem Sinne ist das Volk unstreitig eine Realitàt, nicht bloss die Individuen, welche dasselbe ausmachen » (Grundlagen der Natîonalokonomie, § 12).

ensuite, il a continué de professer la sociologie et de former des disciples.

En 1898, il créa V Année sociologique. Parmi les collaborateurs de cette œuvre, quelques-uns sont devenus des partisans convaincus des idées du fondateur.

Le livre de M. Lévy-Briihl, La science des mœurs et la morale, a eu ensuite le don d'émouvoir des penseurs, philosophes et moralistes, qui jusque-là étaient plutôt étrangers à la sociologie.

Les polémiques soulevées parce livre ont surtout pour objet la question du conflit entre la miorale et la sociologie.

Ce conflit est-il réel? Est-il insoluble?

Page 1