Le droit naturel de J.J. Rousseau
En 1822, Auguste Comte faisait le procès à la « politique métaphysique » et revendiquait les droits de la « physique sociale » {^).
Il avait sous les yeux les débris de dix constitutions, improvisées dans un intervalle de trente ans et «toujours proclamées, l'une après T'autre, éternelles et irrévocables ».
La prétention de construire d'un seul jet toute l'économie d'un système social lui sembla une « chimère extravagante ». — D'où provenait-elle?
De l'ignorance d'abord. Ces fabricants de constitutions n'avaient pas so'ngé à déterminer avec précision les limites dans lesquelles sont renfermées par la nature des choses les combinaisons d'ordre social. L'histoire «écrite et étudiée dans un esprit superficiel» les avait habitués à ne voir dans les grands événements que les hommes et jamais les choses qui poussent les hommes avec une force irrésistible (^). Ils se croyaient doués d'une puissance d'ac-
1. Bibliographie: A. Comte, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 1822. — DE Bonald, Théorie du pouvoir, 1796. — Législation primitive, 1802. — J. DE Maistre, Considérations sur la France, 1796. — Étude sur la souveraineté, 1794- 1796. — Essai sur le principe générateur des constitutions politiques et des autres institutions humaines, 1810. — J.-J. Rousseau, Discours sur r origine et les fondements de Vinégalité parmi les hommes, 1753. — Du contrat social, 1762.
2. A. Comte, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société (1822). Réimprimé, en appendice, dans le tome IV du Système de politique positive, pp. 47 à 136. Paris, 1883.
3. « En général, quand l'homme paraît exercer une grande action, ce n'est point par ses propres forces, qui sont extrêmement petites. Ce sont toujours des forces extérieures qui agissent pour lui, d'après dets lois sur lesquelles il ne peut rien. Tout son pouvoir réside dans son intelligence, qui le met en état de connaître ces lois par l'observation, de prévoir leurs effets, et, par suite, de les faire concou-
tion indéfinie sur les phénomènjes. De là cette «prédominance de l'imag-ination sur Tobservation » (^), premier défaut de la politique métaphysique.
Ce qui la distingue ensuite, c'est « le règne de l'absolu ». Ses partisans « envisageant l'organisation sociale d'une manière abstraite », « établissent le type éternel de l'ordre social le plus parfait, sans avoir en vue aucun état de civilisation déterminé» (^). Ils voient, dans un système d'institutions, une sorte de « panacée universelle » applicable, avec une infaillible sécurité, à tous les maux politiques, de quelque nature qu'ils puissent être et quel que soit le degré actuel de civilisation du peuple auquel le remède est destiné. Ils jugent les régimes des différents peuples, aux diverses époques de civilisation, uniquement d'après leur plus ou moins de conformité ou d'opposition avec le type invariable de perfection qu'ils ont établi. Or il n'y a pas et il ne saurait y avoir de régime politique absolument préférable à tous les autres. Les institutions bonnes à une époque peuvent être et sont même le plus souvent mauvaises à une autre, et réciproquement. Ainsi, par exemple, l'esclavage. De même, en sens inverse, la liberté.
L'absolu dans la théorie conduit nécessairement à « l'arbitraire dans la pratique », troisième défaut de la poli-
rir au bat qu'il se propose, pourvu qu'il emploie ces forces d'une manière conforme à leur nature. L'action une fois produite, l'ignorance des lois naturelles conduit le spectateur, et quelquefois l'acteur lui-même, à rapporter au pouvoir de l'homme ce qui n'est dû qu'à sa prévoyance » (Flan, p. 94).
1. Flan, p. 82. — Cfr. Cours de philosophie positive, leçon 48^6, t. IV, p. 293.
2. Flan, p. 84. — Cfr. Cours de philosophie positive, 46me leçon, t, IV, p. 189.
tique métaphysique. « L'espèce humaine se trouve Uvrée, sans aucune protection logique, à l'expérimentation désor^ donnée des diverses écoles politiques dont chacune cherche à faire indéfiniment prévaloir son type immuable de gouvernement » (^).
En même temps que la méthode, Comte critique les principes de la politique métaphysique {^). Et il conclut que les savants doivent élever la politique au rang des sciences d'observation. A cette fin, il faudra 1° abandonner la région des idéalités métaphysiques pour s'établir sur le terrain des réalités observées, par une systématique subordination de l'imagination à l'observation ; 2° renoncer aux conceptions politiques absolues et concevoir l'organisation sociale comme intimement liée avec l'état de la civilisation et déterminée par lui; 3» considérer la