‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 80 sur 186 · La morale éclectique · texte numérisé non relu

La morale éclectique

Auguste Comte croyait, dès 1825, à l'avènement prochain de la Sociologie (^). Le «dégoût profond qui se manifeste généralement pour la politique métaphysique depuis l'expérience de la Révolution française» lui semble un premier symptôme favorable. Il en trouve un autre dans les tendances nouvelles qui, depuis Montesquieu, se traduisent en certains écrits de Condorcet, de Kant, de Herder, de de Maistre et dans la naissance en Allemagne de l'Ecole historique du Droit.

Il estime, au surplus, que radoption de la philosophie positive est une nécessité urgente. Car une société ne peut se passer d'ordre. Si l'ordre ne vient du dedans, c'està-dire d'une doctrine morale acceptée, il viendra nécessairement du dehors, c'est-à-dire de la contrainte imposée : les libéraux impénitents seront un jour acoulés au despotisme (^). Or la société est, depuis la Révolution surtout,

1. Bibliographie: E. Caro, Froblemes de morale sociale, 2^ éd., 1887. — V. Cousin, Cours d'histoire de la vhilosophie morale au XVIIl^ siècle, professé à la Faculté des Lettres en 1819 et 1820. Première Partie: Ecole sensualiste, publiée par E. Vacherot, 1841.

— Ph. Damiron, Morale. Paris, 1834. — P. JANET, La morale, 5« éd. Paris, 1898. — Th. JOUFFROY, Cours de droit naturel, 2 vol. 5^ éd. Pai-is, 1876. — Mélanges philosophiques, 3^ éd. Paris, 1860.

— J. Simon, Le devoir, 6= éd. Paris, 1860. — La liberté, 2 vol., 2^ éd. Paris, 1859.

2, A. Comte, Considérations philosophiques sur les sciences et les savants, 1825. — Considérations sur le pouvoir spirituel, 1826. • — Ces deux opuscules ont été publiés en appendice dans le tome IV du Système de politique positive, pp. 137 et 176. Paris, 1854.

) 3. « Le seul moyen de n'être pas gouverné, c'est de se gou-

en pleine «anarchie intellectuelle » (^). Comment rétablir l'indispensable unité morale? Par un retour à la philosophie religieuse? Elle faisait partie d'un état social qui a disparu sans retour. La philosophie positive est seule capable de déterminer un assentiment universel de la part d'intelligences devenues aussi rebelles au pouvoir des abstractions qu'à l'autorité des oracles et qui ne veulent plus céder qu'à la force des faits (2). Le positivisme donc assumera désormais la fonction jadis dévolue à l'Eglise catholique, il créera un nouveau pouvoir spirituel, et celui-ci gouvernera l'opinion en établissant et en maintenant les principes qui doivent présider aux divers rapports sociaux; son attribution principale sera la direction suprême de l'éducation {^).

Ces prévisions de Comte sur l'avenir de la Sociologie furent démenties par l'événement. Car ce qui triompha, après la Révolution de 1830, ce n'est point le positivisme;

verner soi-même. Moins le gouvernement moral a d'énergie dans une société, plus il est indispensable que le gouvernement matériel acquière d'intensité, pour empêcher l'entière décomposition du corps social... Ceux qui prennent la cause de la liberté, dominés par le désir d'éviter la théocratie, suivent une route qui conduirait inévitablement, pour ne pas tomber dans une anarchie complète, au despotisme le plus dégradant, celui de la force dépourvue de toute autorité morale » (Pouvoir spirituel^ p. 189).

, 1. « La société est, sous le rapport moral, dans une véritable et profonde anarchie. Cette anarchie tient à l'absence de tout système prépondérant, capable de réunir tous les esprits en une seule communion d'idées. Or ramener le système intellectuel à l'unité ne peut 3e faire que de deux manières : ou bien en rendant à la phi losophie théologique toute l'influence qu'elle a perdue; ou bien en complétant la philosophie positive de façon à la rendre capable de remplacer définitivement la théologie. C'est à ces termes simples que se réduit aujourd'hui la grande question sociale » (Sciences et savants, p. 159).

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