‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 81 sur 186 · Sciences et savants, p · texte numérisé non relu

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,3. Pouvoir spirituel, p. 193.

c'est le Cousinisme (^), appelé tantôt éclectisme, tantôt spiritualisme, souvent aussi déisme ou encore rationalisme.

Sur une question importante, l'éclectisme était d'accord avec Comte. Celui-ci avait écrit : « La décadence de la

1. Victor Cousin avait enseigné la philosophie en Sorbonne, de 1815 à 1820; puis de 1828 à 1830 (Voir Paul Janet, Victor Cousm et son œuvre, Paris, 1885). Ses sympathies pour les idées libérales lui valurent d'être appelé aux honneurs après la révolution de juillet (Voir Thureau Dangin, Le parti libéral sous la Restauration, 2^ éd., 1888, pp. 220 et suiv.). Un de ses lieutenants a complaisamment énuméré ses titres et fonctions: « membre du Conseil royal de l'Université de 1830 à 1848, sauf deux années après son ministère; chargé de la surveillance, puis de la direction de récole normale, de 1834 à 1840; président du Bureau de l'agrégation de philosophie jusqu'à la même date; professeur à la Sorbonne, assistant aux thèses de doctorat ; membre de l'Académie des sciences morales et politiques, dès 1832, à partir de la création, donnant les sujets de prix et jugeant les concours » (E. Bersot, Victor Cousin et la philosophie de notre te^nps, dans Compte-rendu des séunces et travaux de l'Académie des sciences morales et poli- Houes. Paris. 1880. t. 113, p. 261). Il fit rédiger par le Conseil de l'Université un programme de l'enseignement de la philosophie. Ce programme, promulgué en 1832, dura sans aucun changement important jusqu'en 1852 (Voir ce programme dans La défense de l'Université et de la philosophie, par V: Cousin, 1845, p. 359; et les commentaires de Paul Janet dans Victor Cousin et son œuvre, 1885, pp. 317 et suiv.). Pendant toute cette période « Cousin règne sur les maîtres qui sont sous sa main, à sa merci, dans toutes les phases de leur carrière, comme élèves de l'Ecole normale, candidats à ragrégation, professeurs, aspirants aux distinctions académiques. Les ministres passent, Cousin reste, exerçant ce gouvernement doctrinal, cette dictature spirituelle dont on eût cherché vainement l'analogue sous un autre régime » (Thureau Dangin, Histoire de la monarchie de juillet, Paris, 1889, t. V, p. 470; cfr. L'Eglise et l'Etat sous la monarchie de juillet, 1880, pp. 148 ss.). « M. Cousin — écrivait, en 1839, Pierre Leroux, — est en ce moment le pouvoir éducateur de la France. Il exerce un empire officiel, sans limite et sans contrôle, sur l'enseignement de la philosophie, et par là sur toute l'éducation publique. Quel professeui' n'est pas sous sa tutelle, sous sa loi, sous son gouvernement? Il use et abuse de son autorité. 11 propage à son aise l'éclectisme par la voie du compelle intrare. Sa tyrannie philosophique est exorbitante ». (Pierre Leroux, Réfutation de l'éclectisme, 1839, p. 88).

philosophie théologique et du pouvoir spirituel correspondant a laissé la société sans aucune discipline morale ; rétablissement d'un nouveau gouvernement moral est impérieusement réclamé par l'état présent des. nations civilisées» (1). — Les éclectiques en convenaient: «S'il est un point sur lequel nous sympathisions avec eux, — disait Damiron à l'adresse de Comte et des Saint-Simoniens, — c'est celui de la nécessité d'une réorg^anisation morale ; la société a besoin d'une doctrine nouvelle ou renouvelée, d'une philosophie ou d'une religion, qui, remplaçant dans les consciences une foi qui n'y fait plus rien, et substituant ses principes aux dogmes éteints qui y sommeillent, apporte aux âmes une moralité dont elles ne sauraient se passer longtemps » (-).

Mais tandis que le positivisme devait encore élaborer sa doctrine religieuse et morale, Victor Cousin en tenait une toute prête: c'est la profession de foi du vicaire savoyard \^), appropriée à l'esprit et aux préoccupations de la bourgeoisie de 1830.

«C'est moi, — déclare Cousin dans un débat solennel à la Chambre des Pairs (*), — c'est moi qui ai rédigé le programme des matières qui doivent être enseignées, avec des solutions discrètement indiquées. » Et les solutions dont il faut « pénétrer les intelligences et surtout les âmes », ce sont « ces grandes vérités naturelles qui appartiennent au sens commun, qui composent le patrimoine

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