Défense, pp. 69, 140 et
4. Cousin reprenait là une thèse de J.-J. Rousseau : « Il y a une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les artices. » (Contrat social, 1. IV, chap. 8).
que l'Etat confère à certaines conditions et qu'il a le droit et le devoir de diriger ; abdiquer cette direction suprême, c'est; abandonner au hasard les destinées morales de l'avenir (1). «Nous voulons d'ailleurs», répétait Cousin, mais sans réussir à se faire prendre au sérieux par tous (2), « nous voulons que la philosophie de nos écoles soit profondément morale et religieuse. »
1. Il est curieux de lire les réflexions que les discours de Cousin inspiraient à Auguste Comte: « Le parti métaphysique, écrit-il le l^r mai 1844 à Stuart Mill, refuse cette liberté qu'il demandait avec instance il y a vingt ans, parce qu'il craint naïvement d'être écrasé dans cette lutte prolongée où il sent confusément son impuissance lo^ gique, par suite de sa tendance à adhérer aux prémisses religieuses en repoussant les conclusions; aujourd'hui triomphant, il craint de perdre ainsi cet ascendant et voudrait bien enchaîner la grande révolution à constituer l'omnipotence spéculative et sociale de l'étrange classe représentée par MM. Cousin, de Broglie. Villemain, Guizot,. etc. » Comte souhaitait que « la vraie liberté d'enseignement, quoique radicalement anarchique en elle-même, vînt hâter l'élimination de l'école métaphysique devenue le plus dangereux adversaire de la réorganisation spirituelle. » {Lettres inédites de John Stuart Mill à Auguste Comte, p. 316. Paris, 1899).
2. On n'ajoutait généralement pas foi à la sincérité de Cousin (Voir Thureau Dangin, L'Eglise et l'Etat sous la monarchie de juillet, pp. 222 et 225 ; et Histoire de la monarchie de juillet, t. V, p. 479). Louis Veuillot, qui avait déjà écrit que « Cousin ne croyait au christianisme que dans le post-scriptum hypocrite de ses préfaces » ^Univers, 14 mai 1843), suivit les débats dans la tribune de la presse. Il appréciait en ces termes l'éloquence de Cousin: « Chez le docteur de l'éclectisme, le rhéteur s'est montré beaucoup plus que l'homme politique, l'universitaire plus que le rhéteur, le courtisan plus que l'universitaire, le comédien plus que tout. » (E. VeuillOT, Louis Veuillot, t. I^ p. 502). Dans les Libres-penseurs de L. Veuillot, il y a aussi quelques portraits curieux de philosophes et cette définition de l'éclectisme : « Un assemblage forcé de doctrines contraires, qui se nient réciproquement, et qui font table rase de toutes les croyances dans l'esprit de quiconque n'est pas forcé de maintenir entre elles une sorte d'accord absurde et impossible, pour tenir boutique de philosophe. » (L. Veuillot, Les libres-penseurs, 1848. Livre ler^ I et VI; livre IV"^^, II et IX). iPierre Leroux de son côté, reprochait vivement à Cousin son insincérité et son hypocrisiei : « Quelle absurdité d'estimer la philosophie comme la règle de nos pensées et de notre moralité et néanmoins de tenir Jésus, Paul et les Pères du christia-
L'Etat, répondit Montalembert (^), peut avoir le droit d'offrir une éducation nationale, mais il n'a certes pas le droit de l'imposer. Si l'Université est l'Etat enseignant, — comme cet Etat n'a plus de religion, conformément à la Charte, — il s'ensuit qu'elle ne peut enseigner avec autorité aucune religion. Là où il n*y a pas une religion de l'Etat, une foi nationale, le monopole est une odieuse inconséquence. Ce qu'on veut en réalité, c'est qu'un mandarinat de gens qui ne reconnaissent aucune foi surnaturelle, vienne usurper, au nom de l'Etat, l'autorité morale la plus délicate et la plus sacrée, prétendre à la haute police des âmes et des intelligences... La solution, conclut Montalembert, c'est la liberté : « Gardez votre Université ; gouvernez-la comme vous l'entendez; mais laissez à ceux qui repoussent son esprit, le droit de chercher ailleurs le pain de l'intelligence. »
Les catholiques n'obtinrent que plus tard une certaine liberté d'enseignement {^); mais, dès 1843, leur insurrection contre le monopole de l'Université démontra que
nisme pour indignes de figurer au rang des philosophes! » (Réfutation de V éclectisme^ 1839. Préface, p. X) « Cousin dit: La philosophie est pour les gens comme il fauK; la religion pour les masses. — Si la philosophie est bonne, pourquoi le peuple ne la posséderait-il pas? Si la religion est vraie, pourquoi refusez-vous de la prendre? » (p. 251). « Deux doctrines — la doctrine ésotérique pour les classes supérieures, et le Christianisme pour le peuple — c'est là de l'hypocrisie. Jésus n'a pas eu de doctrine ésotérique... Voilà une belle nation que celle que vous voulez faire, où d'un côté les aristocrates ne croiront pas au Christianisme et seront philosophes, tandis que le peuple sera croyant. L'hypocrisie que vous enseignez est la destruction même de toute religion. » (p. 269-271).
1. Discours du 26 avril 1844 sur la liberté d'enseignement, à la Chambre des Pairs (^Œuvres de Montalembert, t. I, p. 415).
2. Loi du 15 mars 1850 (Voir De la Gorce, Histoire de la seconde
réclectisme était incapable de réaliser l'unité intellectuelle de la France et qu'il ne réussissait pas davantage à être pour les âmes une efficace discipline morale.
Lacordaire le premier comprit que telle était la signification de la lutte qu'il avait suivie avec sympathie (^) mais sans y être personnellement engagé. — Il avait enfin pu donnei- satisfaction au désir, exprimé dix ans auparavant par les étudiants catholiques. Au lieu de partir « des profondeurs de la métaphysique », il se plaça avec ses auditeurs de Notre-Dame devant un phénomène vivant et palpable et analysa les effets de la doctrine chrétienne sur Tesprit, sur l'âme et sur la société. Il leur fit voir la religion transformant l'homme par l'efficacité de son dogme, de son culte, de ses sacrements et l'élevant par la pratique de l'humilité, de la chasteté et de la charité jusqu'à la sainteté. Il montra le catholicisme fournissant à la civilisation des éléments nouveaux et ralliant les esprits dans la paix profonde d'une commune pensée. Puis il parla de Jésus, le fondateur de cette vraie république des esprits: « Aucun autre sur la terre n'a obtenu cette suprême dictature de l'entendement; l'amour garde sa tombe; son sépulcre est aimé ; sa cendre, après dix-huit siècles, n'est pas refroidie ; chaque jour il renaît dans la pensée d'une multitude innombrable d'hommes; chaque mot qu'il a dit vibre encore et produit des vertus fructifiant dans l'amour » (2). — Quelle est d'autre part, demanda-t-il, la vertu morale et l'action sociale du rationalisme ? Vous a-t-il jamais servi contre vos passions? Sa philosophie a-t-elle
république française, t. II, livre 15"^^). Loi du 12 juillet 1875. (G. Ha- NOTAUX, Histoire de la France contemporaine, t. III, chap. II et IV). — Cfr. J. Simon, Dieu, patrie, liberté. Paris, 1894-