A. Espinas, Des sociétés animales, 2me éd. 1878, p
2. E. BouTROUX, De V organisation de V enseignement philosophique dans les Facultés des lettres, 1882. — L'agrégation de philosophie, 1883.
Ce n'est pas tout. En s'aventurant dans les régions austères et prétentieuses de la philosophie officielle, la Sociologie, qui avait grandi en liberté, s'y trouva face à face avec la Morale. Paul Janet et Caro faisaient, en effet, partie du jury chargé de juger la thèse de M. Espinas (1). Cette rencontre de la Sociologie et de la Morale manqua de cordialité.
Ce ne fut pas la faute de M. Espinas. Il avait cherché à démontrer la possibilité d'un modus vivendi entre les deux disciplines. Il s'était efforcé de rassurer les représentants de la Morale spiritualiste sur les disposition^ conciliantes des sociologues (2). Bien plus; lui qui, vingtcinq ans après, dans un accès de phobie religieuse, devait, sans une preuve d'ailleUirs, affirmer qu' « il ne peut y avoir de sociologie chrétienne» (^), — il s'abrita, pour se faire accepter par ses juges, théistes ou chrétiens, sous le patronage du théocrate Joseph de Maistre (*).
1. A. Espinas, Des sociétés animales, 2™^ éd., p. 313, note 1.
2. « Le caractère a priori des prescriptions de la conscience peut se concilier avec l'origine historique que la sociologie assigne aux sentiments dont elles donnent la formule abstraite. Les lois nécessaires de l'existence sociale s'imposant à l'esprit par la transmission héréditaire, par l'éducation, par les influences inévitables du milieu, ne pourraient-elles pas être regardées comme la volonté de Dieu même qui se manifesterait à nous par l'intermédiaire de la nature? Il est beau, par exemple, de croire qu'en se livrant, suivant une impulsion héréditaire aux affections domestiques et patriotiques, on conspire avec la Providence pour la réalisation de l'ordre universel et le développement de la civilisation. » (A. Espinas, Des sociétés animales, 2^ éd., pp. 145-146).
3. A. Espinas, Etre ou ne pas être, ou Du postulat de la sociologie^ «Revue philosophique », mai 1901, t. Il, p. 459.
'4. « Nous avouons ne pas comprendre pourquoi, après que Joseph de Maistre (esprit clairvoyant sans aucun doute, autant que convaincu') a cru nécessaire d'accepter les théories sociologiques pour échapper aux théories du Contrat social, pourquoi, disons-nous, un spiritualiste de nos jours, théiste ou chrétien, se montrerait plus difficile? » (ES- PINAS, Soc. anim., p. 144).
Cependant Paul Janet l*oblig-ea à supprimer llntroduction historique de sa th-èse, « parce qu'il ne voulait pas, » a-t-il raconté lui-même, « en effacer le nom' d' A. Comte » (^).
Cinq ans plus tard, M. Espinas prit sa revanche. ïl attaqua de front les philosophes spiritualistes, — en particulier Janet et Caro — «adversaires de la science empirique des sociétés» (2).
Il contesta à la Morale qu'ils enseignaient, le caractère de science: La science a pour objet non ce qui doit être mais ce qui est; elle est étrangère en elle-même à toute idée d'obligation ou de pr^escription impérative.
Il critiqua ensuite leur méthode : La morale et la politique spiritualistes sont une vaste série de déductions reposant sur la même conception a priori que la construction géométrique des droits de rhomme. M. Caro, quand il écrit: «Il y a un ensemble de droits naturels inhérents à l'homme, parce que l'homme est une personne, c'està-dire une volonté libre», — se rattache ouvertement à la tradition a priori du xviii^ siècle, et pose les mêmes principes, suivant la même méthode. Cette méthode qui tend à substituer, dans tous les débats politiques, les verdicts de la conscience morale aux enquêtes de faits, produit au lieu d'une théorie scientifique, une pratique arbitraire et intolérante. La doctrine politique française n'est rien moins qu'une vérité démontrée. Scientifiquement, la déclaration des droits de l'homme, toute la religion révolutionnaire n'est qu'un immense postulat.
Il dénonça enfin leurs principes : Les « immortels