Godard, Le Positivisme chrétien, p
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leur méthode, de Bacon. Or Newton a écrit : « Dieu régit tout, non comme âme du monde, « mais comme souverain absolu de ce qui est. « Puissance, Providence, causes finales, consti- « tuent la Divinité. » Descartes a écrit : « S'il y a « encore des hommes qui ne soient pas assez per- « suadés de l'existence de Dieu et de leur âme, je a veux qu'ils sachent que toutes les autres choses « dont ils se croient peut-être plus assurés, comme « d'avoir un corps, sont moins certaines.» Bacon a écrit — ce que je vous disais tout à l'heure : « Un peu de science éloigne de la religion, beau- « coup de science y ramène. »
— Je considère Descartes, dit M. Tacaud, comme le plus grand génie dont puisse s'honorer l'humanité, mais, ni Descartes, ni Newton, ni Bacon n'ont connu les découvertes de la science au xix' siècle, et, permettez-moi de vous l'affirmer en connaissance de cause, ce qui constituait la science au temps de Descartes est, par rapport à notre science actuelle, ce que serait une goutte d'eau comparée à l'Océan.
— Puisque vous n'acceptez pas l'autorité trop ancienne de ces trois hommes de génie, répondit
l'abbé, du moins ne répudierez-vous pas celle de Pasteur, qui a connu le xix^ siècle et a, vous l'avouerez bien, modestement contribué à l'avancement des sciences dans cette époque de lumière.
— J'ai justement ici le numéro de La Quinzaine qui rend compte du Hatc de M. Vallery- Radot, dit M. Tacaud, et je sais à quels passages des discours du maître vous faites allusion; je les ai marqués d'un signet et je vais vous les lire si vous le voulez, quoique les revues catholiques vous en aient probablement rebattu les oreilles. Mon Dieu, en a-t-on assez joué de celte Vie de Pasteurl Quelle proie pour les spiritualistes que le spiritualisme de cet homme de génie !
— Relisons-les, néanmoins, fit l'abbé; il y a là de grandes vérités qu'il est toujours salutaire d'entendre à nouveau.
M. Tacaud alla chercher la brochure et la rapporta bientôt.
— Voici d'abord, dit-il, le discours à l'Académie de médecine :
« En chacun de nous il y a deux hommes : le savant, celui qui a fait table rase, qui par l'obser-
vation, rexpérimentation et le raisonnement veut s'élever à la connaissance de la nature, et puis l'homme sensible, Thorame de tradition, de foi ou de doute, l'homme de sentiment, l'homme qui pleure ses enfants qui ne sont plus, qui ne peut, hélas ! prouver qu'il les reverra, mais qui le croit et l'espère, qui ne veut pas mourir comme meurt un vibrion, qui se dit que la force qui est en lui se transformera. Les deux domaines sont distincts et malheur à celui qui veut les faire empiéter l'un sur l'autre, dans l'état si imparfait des connaissances humaines. »
— Cela est vigoureusement pensé et nettement dit, formula l'abbé; les deux domaines sont distincts ; les découvertes de la science ne sauraient atteindre la foi.
— Pasteur affirme là qu'il ne veut pas mourir tout entier, répondit M. Tacaud; beaucoup de gens pensent ainsi et veulent croire à la vie éternelle; cela n'est pas une démonstration, mais de nombreuses croyances s'expliquent par ce désir. Quant à admettre qu'il y a deux hommes en chacun de nous, cette métaphore exprime fort agréablement la lutte de l'hérédité contre l'éduca-
tion au sens large. Et je vous dirai même que ce dédoublement de la personnalité, Pasteur en donne une preuve irrécusable dans le passage que nous venons de lire; il est bien certain pour moi que ce n'est pas le savant qui établit à priori la distinction entre le domaine de la science et celui de la foi ; et si ce n'est pas le savant, quelle valeur cette affirmation tire-t-elle du fait qu'elle est prononcée par Pasteur?
— Votre raisonnement est bien subtil, mon cher monsieur Tacaud, répondit l'abbé, mais voyons encore ce que dit le grand homme dans son discours au collège d'Arbois.
— C'est précisLément l'autre page que j'ai marquée dans La Quinzaine ; je suis vraiment étonné de voir combien il a fallu peu de temps pour que les apôtres de l'Église connussent tous les bons passages des discours de ce pauvre Pasteur. Voici, mon cher abbé, le paragraphe demandé : « Savezvous ce que réclament la plupart des libres penseurs? C'est, pour les uns, la liberté de ne pas penser du tout et d'être asservis par l'ignorance; pour d'autres, la liberté de penser mal; pour d'autres encore, la liberté d'être dominés par les sug»-
;^'cst!ons de l'instinct et do mépriser toute autorité i et toute tradition. » j
Ici M. Tacaud interrompit sa lecture :
— Je me placerais volontiers, dit-il, dans cette ! troisième catégorie des libres penseurs qui méprisent l'autorité et la tradition, mais j'aurais cepen- ' dant de la peine à considérer mes raisonnements i comme des suggestions de l'instinct; je crains que l'orateur n'ait employé là un mot à effet qui ; n'était peut-être pas très juste. i
— Je crois comme vous, dit l'abbé, mais ce i discours était destiné à des enfants et il fallait sur- ■ tout frapper leur imagination par des expressions ; vigoureuses, pour les garder des théories erro- i nées qui aujourd'hui courent les rues.
— Ces expressions sont certainement très vigou- 4 reuses, dit M. Tacaud, et il continua sa lecture : ■ c La libre pensée dans le sens cartésien, la liberté \ dans l'efTort, la liberté dans la recherche, le droit i de conclure sur le vrai accessible à l'évidence et i d'y conformer sa conduite, oh! ayons un culte \ pour cette liberté-là ; c'est elle qui a fait la société \ moderne dans ce qu'elle a de plus élevé et de plus ' fécond; mais la libre pensée qui réclame le droit ■
de conclure sur ce qliii échappe à une connaissance précise, la liberté qui signifie matérialisme ou athéisme, celle-là, répudions-la avec énergie. »
— Bravo, fit l'abbé Jozoa.
— Bravo, répéta en souriant M. Tacaud. Si jamais un libre penseur réclame le droit de conclure sur ce qu'il ne connaît pas, anathème soit-il ! Mais que direz-vous d'un libre penseur qui, raisonnant uniquement sur le vrai accessible à l'évidence, se trouvera par mégarde en contradiction avec le dogme?
— Cela est impossible, je vous l'ai déjà dit, répondit l'abbé.
— Nous discuterons cela une autre fois, car il se fait tard, reprit M. Tacaud; mais puisque nous parlons de Pasteur, laissez-moi vous dire quelle admiration j'ai pour ses immortelles découvertes; vous verrez, mon pauvre ami, que ce seront les conquêtes de ce spiritualiste qui donneront au matérialisme une base inébranlable. Pasteur, par une cruelle ironie, sera le père du matérialisme scientifique et ce sera peut-être son plus grand titre de gloire dans l'avenir. Mais il est né dans
une famille croyante, il a été entouré de gons croyants, toute sa vie, et autant que j'ai pu le savoir d'un de mes amis qui l'a longtemps approché, il n'a jamais voulu s'occuper beaucoup des questions de haute philosophie. Il ne voulait pas mourir, et il appréhendait tout ce qui lui rappelait l'idée de la mort. Vous voyez donc que les quelques paroles précédentes ne méritent pas d'être prises au sérieux comme arguments d'autorité; j'aime mieux l'autorité de ses travaux d'ordre scientifique et je m'y tiens.
— Vous êtes rempli d'orgueil, monsieur Tacaud, dit sentencieusement le prêtre; vous convenez vous-même qu'il n'y a pas eu de plus grand génie que Pasteur, et vous n'acceptez pas les conclusions qu'il a tirées lui-même de ses propres travaux.
— Si c'est être orgueilleux que de refuser de me rendre à ce qui ne satisfait pas ma logique, je suis en effet rempli d'orgueil, répondit M. Tacaud; je vous l'ai déjà dit, je ne saurais me laisser convaincre par un argument d'autorité. Je me répète d'ailleurs, pour me consoler, que les croyances de Pasteur, il l'affirpie lui-même,
n'avaient aucunement ses travaux comme point (lo départ. Pasteur était spiritualiste de naissance et de milieu; ses idées philosophiques n'ont pas évolué avec ses découvertes; elles étaient toutes faites et inébranlables quand il a commencé à travailler; il n'y avait d'ailleurs pas encore eu au monde un savant dans les œuvres duquel Pasteur jeune eût pu puiser cette croyance au déterminisme vital que ses élèves ont tirée de ses découvertes. Il faut être adolescent et avoir l'esprit souple pour pouvoir aiguiller librement sa croyance; quand Pasteur a trouvé les cultures pures, il avait passé l'âge; il a travaillé pour ses successeurs. Vous savez bien vous-mêmes, messieurs les ecclésiastiques, combien il est difficile de déraciner des croyances inculquées à un enfant lorsque cet enfant est devenu homme, et c'est pour cela que vous attachez tant d'importance au catéchisme.
— Le catéchisme, dit l'abbé, est une chose salutaire; il empêche la mauvaise* semence de s'implanter chez celui qui a été nourri de ses excellents principes.
— Nous sommes donc d'accord, répliqua
Fabrice. Pasteur était prémuni par son éducation religieuse contre les conclusions matérialistes qu'il eût pu tirer de ses travaux. Il était croyant avant d'être Pasteur et il l'est resté, quoique Pasteur. Cela n'empêche pas que son œuvre gigantesque ait ouvert à ses successeurs des horizons qu'il n'a pas voulu voir.
— Vous m'avez prévenu avec raison que vous étiez tenace, mon cher monsieur Tacaud, répondit l'abbé. Je vois que vous appartenez tout entier à l'erreur, et cela, à un point que je ne croyais pas humainement possible; mais vous vous trompez avec une bonne foi si évidente que Dieu aura pitié de vous. Puissé-je être celui qui vous ouvrira à la lumière !
— J'en doute, mon cher abbé, dit Fabrice; mais je ne vous en serai pas moins reconnaissant de vos efforts. Et puis, je vous l'avoue, je ne serai pas fâché non plus de voir comment, à l'aurore du XX* siècle, un homme intelligent peut s'accommoder en toute sincérité de la doctrine chrétienne. Nous sommes l'un pour l'autre un sujet d'étonnement, nous aurons donc grand profit et grand plaisir à causer ensemble; mais je
suis désolé de vous avoir tenu si tard éveillé; allons nous coucher.
— Allons nous coucher, acquiesça l'abbé Jozon, et puisse la lumière vous éclairer !
— Amen, dit Fabrica.
Ploumanac'h est un pauvre village de pêcheurs; le port, naturellement fermé par d'immenses rochers de granit, ne communique avec la haute mer que par un étroit passage et offre aux petits bateaux un abri sûr contre les plus violentes tempêtes. Sur la côte si rude de la Manche, peu d'endroits étaient, il y a quelques années, plus misérables que Ploumanac'h ; de pauvres chaumières basses disparaissaient au milieu des rochers gris, et les hommes vivaient là pêle-mêle avec des cochons qu'ils engraissaient des fruits de la mer.
Depuis que les plages maritimes sont envahies, l'été, par la foule des grandes villes, Ploumanac'h
a subi le sort commun : on y a construit des villas, les unes simples, les autres prétentieuses, mais les chaumières des indigènes sont restées aussi pauvres et aussi sales, et le purin coule encore, dans les étroites ruelles, entre les habitations des hommes et les tas de fumier de porc.
De toute la côte si pittoresque de la Bretagne, aucun site n'est plus bizarre. Des milliers de rochers gigantesques aux formes arrondies s'accumulent en des amas extravagants, dans lesquels l'imagination des touristes a naturellement trouvé des figures et des ressemblances. Ici, un éléphant monstrueux porte une baleine sur le dos de laquelle repose, par un miracle d'équilibre, une tortue à la carapace rebondie. Là, une énorme limace semble brouter des champignons dont les chapeaux abriteraient de nombreux cavaliers. Plus loin, une fente régulière, entre deux piles verticales de rochers ronds, représente la brèche de Roland... A chaque pas une surprise attend le voyageur; c'est une confusion, un chaos indescriptible de masses grises et rouges, dont l'ensemble grandiose tourmente l'esprit. On admire d'abord, mais bientôt on souffre, on étouffe au milieu de
cette formation d'une incohérence troublante; on désire un paysage calme, aux lignes pures et larges...
M. Tacaud promenait son ami parmi ces merveilles naturelles ; l'abbé Jozon exprimait à chaque instant son admiration et sa surprise, mais commençait cependant à éprouver une lassitude dont il ne se rendait pas bien compte : ce fut avec un réel soulagement qu'il arriva au bord d'une petite crique d'où la vue embrassait une plage de sable fin et une assez grande étendue de mer dormante.
— Voici, dit M. Tacaud, la plage où débarqua notre apôtre Guirec, lorsqu'il vint d'Irlande, dans une auge de pierre, pour évangéliser les rudes habitants d'Arvor. Vous voyez d'ailleurs, sur ce rocher, une petite construction extraordinaire dont la date est inconnue et qui contient la statue du patron de la région.
— Ce Guirec est-il un saint authentique? demanda l'abbé; je ne me souviens pas d'avoir jamais entendu prononcer son nom.
— Guirec est un saint local, répondit M. Tacaud, et les gens du pays ont pour lui une vénération d'autant plus grande ; ils ne pourraient pas avoir
autant de confiance dans un saint plus répandu. qui aurait à écouter les vœux d'un trop j^rund nombre de fidèles. Celui-ci leur appartient en propre et ils n'auraient garde de manquer à lui être dévots. Je me suis laissé dire qu'il y a quelques années, le curé de la paroisse, trouvant dangereuse cette dévotion à un saint non reconnu, fit subrepticement enlever la vénérable statue de bois et la remplaça par une vierge de chez Bouasse- Lebel. Les indigènes ne furent pas contents, et il fallut rétciblir le vieux saint bien connu, sous peine de voir manquer de respect à l'Immaculée Conception. Vous verrez en vous approchant de la statue que le culte de ce bon Guirec ne s'est pas refroidi.
Les deux amis se levèrent et firent quelques pas dans le sable de la grève.
— Voyez, mon cher abbé, dit Fabrice, l'état pitoyable de ce pauvre saint; l'ensemble de la statue est parfaitement conservé et proprement tenu, mais à la place du nez, il n'y a plus qu'un trou noir dans lequel vous remarquez plusieurs épingles.
— En effet, dit l'abbé surpris.
LES SUPERSTITIONS ET LA GÉOLOGIE 4î
— Ne croyez pas, je vous prie, reprit M. Tacaud, fu'il y ait dans cette mutilation de la statue la iioindre marque d'irréligion ; c'est précisément la ie culte bizarre que notre population ignorante ?end à l'excellent Guirec. Les jeunes filles qui veulent se marier viennent faire une petite prière au saint et, quand leur prière est finie, elles tirent une épingle de leur corsage et la lui enfoncent ians le nez pour qu'il n'oublie pas la commission, ie tout avec le plus grand respect.
L'abbé Jozon se mit à rire de bon cœur.
— Voilà, en effet, dit-il, une singulière façon l'honorer les saints.
— La plupart de nos villages maritimes, reprit M. Tacaud, ont leur saint local; ce saint est généralement venu d'Irlande, dans une auge de pierre qui lui a servi de bateau pour traverser la Manche, car il n'y a pas de miracle plus grand, pour une population de pêcheurs, que de voir flotter uu morceau de granit. Quant à l'origine irlandaise des premiers apôtres qui ont évangélisé l'Armorique, elle est assez vraisemblable.
— L'Irlande a été, dit l'abbé, un pays privilégié malgré sa situation lointaine et isolée; non seu-
lement elle fut instruite de bonne heure, mais elle fournit d'ardents apôtres qui fondèrent de nombreux monastères dans l'Europe continentale. Je ne m'attendais pas, ajouta-t-il en soupirant, à trouver dans la catholique Bretagne des superstitions aussi grossières et des rites qui rappellent de si près le fétichisme païen.
— Je crains bien, mon cher ami, répondit Fabrice, que vous ne perdiez à ce sujet beaucoup d'illusions. Si vous enleviez à la croyance bretonne ce qu'elle contient de superstitions non orthodoxes, il n'en resterait pas grand' chose. Et, pour ma part, je ne trouve pas tant de différence entre la pratique de l'épingle fichée dans le nez du bon Guirec et celle des lettres chargées à l'adresse de saint Antoine de Padoue.
— Antoine de Padoue, répliqua assez sèche- -Client l'abbé, est un saint reconnu par l'Eglise; il
a fait de nombreux miracles authentiques et son culte n'a rien que de très légitime.
— Il est probable que les habitants de Ploumanac'h ne seraient pas en peine pour vous citer également nombre de miracles dus à l'intercession de saint Guirec. Nous ne manquons pas non
plus, dans ce pays, de pierres et de fontaines miraculeuses dont la réputation est certainement très ancienne, et dont les v^ertus curatives sont bien plus connues des indigènes que la multiplication des pains ou la résurrection de Lazare. Quand le christianisme a été apporté en Armorique, il a dû s'y heurter à des peuples très ignorants et fortement attachés à leurs cultes locaux; il aurait peutêtre échoué en essayant de détruire ces croyances traditionnelles ; il a préféré s'y substituer insensiblement : on a placé les fontaines miraculeuses sous l'invocation des saints les plus notoires, et, peu à peu, sans que les habitants eussent rien changé à leurs rites superstitieux, le nom du saint a fait oublier celui de la fontaine ; les miracles ont continué comme par le passé, mais légitimés par la présence d'une statue de Pierre, de Paul ou de Nicodème. Et voilà comment la Bretagne est catholique.
— Votre athéisme malicieux, dit l'abbé, se plaît à présenter sous un aspect ridicule la conquête de ce pays barbare par les apôtres de la foi; l'Eglise a enregistré des miracles authentiques qui n'ont rien de commun avec les vertus
superstitieuses attribuées aux fontaines par les anciens.
— En quittant Ploumanac'h à la fin de la journée, répondit M. Tacaud, nous ferons faire un crochet à la voiture et je vous montrerai une chapelle bien intéressante à ce point de vue de la transformation des cultes païens. Il y a, dans un champ, une pierre levée, un menhir, comme disent ceux qui croient que les constructeurs de monuments mégalithiques parlaient breton. Nous ignorons la date de ces monuments, dits druidiques, mais il est probable qu'ils sont extrêmement vieux. Le menhir en question a la réputation de donner la force à ceux qui s'y frottent le dos et qui vont ensuite faire leurs ablutions à la fontaine voisine.
» De quand date cette superstition? A quelle époque le nom du célèbre juif Samson s'est-il accolé à une pierre donnant la force? Je l'ignore. Toujours est-il que le menhir s'appelle la pierre de Samson. Et à quelques mètres de la pierre s'élève aujourd'hui une chapelle, construite à la fin du xvi^ siècle. Cette chapelle contient une statue de bois qui représente, plus ou moins, un
évoque et qui porte l'inscription Saint Samsun. De sorte que la pierre levée, patronnée par un saint, a continué à donner la force à ceux qui viennent s'y frotter.
— Il est regrettable, dit l'abbé, que l'attachement des Bretons aux légendes locales ait forcé le clergé d'employer de tels subterfuges ; mais si cela est gênant pour un érudit comme vous, cela n'a pas d'importance pour ces pauvres paysans; on adore Dieu avec autant de ferveur dans une chapelle qui porte un nom de saint apocryphe ; l'essentiel est que toute possibilité d'intervention miraculeuse soit rapportée, directement ou indirectement, à celui qui seul peut faire des miracles.
— Je n'oserais pas affirmer, reprit Fabrice, que, dans l'idée des paysans du cru, saint Samson ou saint Guirec tirent leur puissance de Dieu le Père; ils considèrent probablement ces vénérables saints comme ayant, par eux-mêmes, la vertu da donner la force et de hâter les mariages. Mais la forme est respectée et tout cela a l'air très catholique. Si vous saviez le breton, mon pauvre ami, et si vous pouviez interroger, sur la foi, les excellents chrétiens de notre pays sauvage, vous
trouveriez la superstition largement mêlée au dogme. On croit de moins en moins aux korrigans et aux lavandières de nuit, à la brouette de la mort et au présage sinistre du coq chantant à la lune, mais les esprits forts qui nient l'existence de toutes les apparitions terrifiantes sont précisément les mêmes qui ne vont pas à la messe et qui blaguent les momeries du curé. Prenez une femme dévote du pays, et pour tout l'or du monde vous ne la ferez pas passer le soir auprès du Stank-arc'hlanv oîi les lavandières mystérieuses font résonner à la brune leurs impalpables battoirs. Je sais bien que dans toutes les superstitions actuelles il existe un vague souvenir des choses de la doctrine chrétienne; c'est généralement auprès des croix de pierre, dressées au bord du chemin, que s'évanouissent les chiens noirs aux allures louches; les korrigans et les feux follets ne sont plus des esprits élémentaires de la terre, mais des âmes du purgatoire qui viennent réclamer des prières ; l'eau de la fontaine de Saint-Dévy guérit toujours de la colique, mais c'est par la vertu du vénérable fils de sainte Nonne. Nous sommes en plein paganisme, mon cher abbé, malgré les signes
de croix et les patenôtres. Et si vous vous avisiez xle vouloir détruire toutes les légendes respectées dans nos campagnes, vous détruiriez, du même coup, la foi chrétienne qui y est intimement unie et qui, au fond, est du même ordre.
— Je n'attendais pas moins de votre scepticisme, dit l'abbé Jozon avec humeur; j'admets, puisque vous me les racontez et que vous connaissez bien le pays, toutes ces malheureuses tolérances qui enlèvent à la foi catholique sa pureté primitive et l'associent à un fétichisme grossier, mais je vous trouve bien osé de comparer à ces tristes superstitions la religion de lumière et de vérité.
— Fétichisme quand il s'agit de la pierre de Samson ou de la fontaine qui guérit la colique, religion de lumière et de vérité quand il s'agit du tibia de saint Victor ou de la grotte de Lourdes, murmura M. Tacaud; je ne vois pas bien la différence. Je voulais seulement vous dire, continuat-il sur un ton plus élevé, que la croyance au surnaturel, aux miracles et autres choses analogues existait chez les païens et probablement surtout chez les anciens Bretons, et que c'est par
T'Çt LE CONFLIT
co côté que la religion chrétienne a dû leur plaire; on a changé les noms des influences qui produisent les merveilles, mais, au fond, on n'a changé que les noms, et l'état d'âme d'un paysan d'aujourd'hui ne me paraît pas devoir différer bien fort de celui de ses ancêtres d'il y a vingt siècles.
— De sorte que, dit l'abbé ironiquement, le Dieu des chrétiens n'est pour vous qu'un faiseur de miracles!
— C'est, répondit tranquillement M. Tacaud, le seul moyen que vous lui ayez laissé de manifester son existence, et j'espère que vous en conviendrez vous-même à la réflexion; c'est, dans tous les cas, le seul côté par lequel il ait pu être accessible aux paysans ignorants de ces régions : quand un pêcheur, en danger au milieu d'une tempête, fait un vœu à saint Yves ou à sainte Anne, que lui demande-t-il, sinon un miracle, l'apaisement des flots au mépris des lois naturelles?
— Le marin qui s'adresse à Dieu dans le péril fait un acte de foi, dit l'abbé, et il y a de nombreux exemples de miracles ayant suivi des actes de foi : « Voyez, votre foi vous a sauvé », a dit
LES SUPERSTITIONS ET LA GEOLOGIE 5l
Notre-Seigneur à un aveugle. Mais laissons de côté pour le moment cette question des miracles. Vous comptez donc pour rien l'enseignement de la religion et la solution lumineuse qu'elle donne à tous les problèmes de la nature? Qui, si ce n'est Dieu ou un livre inspiré par sa sagesse, a pu apprendre à l'homme d'où il vient et où il va, quelle est l'origine des mondes et de la lumière et de tout ce qui est beau et grand? Et vous osez comparer un chrétien d'aujourd'hui, instruit, même dans vos campagnes ignorantes, de toutes ces vérités éternelles, à un misérable païen plongé dans l'obscurité et asservi au culte des fontaines ou des pierres levées !
— Vous croyez à l'inspiration de la Bible, répondit M. Tacaud, sur la foi d'un témoignage humain qui ne me parait pas acceptable, mais vous ne considérez pas comme vrais les miracles accomplis par les Dieux d'Homère, les poétiques métamorphoses des mortels coupables en plantes ou en animaux. Je vous avoue que je n'y crois pas non plus, mais je ne vois aucune différence, au point de vue de l'authenticité, entre l'Iliade et la Bible. Si vous acceptez comme un miracle
l'histoire de la source jaillissant du mont Horeb 1
au commandement de Moïse, pourquoi refuseriez- j
vous la même qualité à tous les prodiges dont ; le monde grec nous a transrais le récit?
— J'accepte le témoignage humain, dit l'abbé, ■ quand il m'enseigne des choses vraisemblables, ; des choses qui ne heurtent pas ma raison et ma i foi; jo crois aux miracles de Dieu, je ne saurais ] attribuer la moindre importance aux tours de ' passe-passe qu'accomplissaient avec plus ou moins ] d'habileté les prêtres d'Apollon ou de Jupiter.
— Ainsi, répliqua en riant M. Tacaud, votre ; foi résulte d'un témoignage humain choisi entre beaucoup d'autres témoignages humains, et c'est | au nom de votre foi que votre raison condamne | toutes les légendes autres que celles dont vous avez, à priori, accepté l'authenticité?
— Il n'est pas besoin d'ajouter foi au témoi- -i gnage humain, dit avec emphase l'abbé Jozon, , pour trouver dans la Bible les marques indénia- [ blés de l'inspiration. Tout esprit non prévenu , reconnaîtra sans peine dans ce vénérable docu- ; ment les caractères de l'inspiration divine. 1
A ce moment, les deux amis longeaient la i
côte, au bord de la mer calme, devant une île granitique d'une trentaine de mètres d'altitude; au sommet de cette île, sur une plate-forme de rochers, repose une pierre de forme arrondie, un bloc de plus de mille mètres cubes placé là comme une bille gigantesque, venue on ne sait d'où et tenant en équilibre, on ne sait comment.
— Voici peut-être, dit M. Tacaud,le plus curieux de tous les cailloux de la région; on l'appelle min-crouget ou la pierre pendue; il est certain que les gens du pa3^s ne se sont jamais rendu compte de la manière dont ce gigantesque morceau de granit a pu être placé si haut, au sommet de cette agglomération de rochers.
» Dans mon enfance, je m'imaginais volontiers que la mer, dont la puissance me paraissait infinie, avait, un jour de fureur, lancé là ce colosse de pierre, et qu'elle pourrait, un jour aussi, le faire redescendre à son niveau primitif.
— Cettepierrependue,dit malicieusement l'abbé, est venue fort à propos vous tirer d'embarras au sujet de l'inspiration indéniable de la sainte Bible, mais comme toute cette formation de rochers ronds superposés me paraît en effet très curieuse,
je vous fais grâce pour le moment et vous prie de '^, m'apprendre la manière dont les géologues expliquent ces accumulations pittoresques. Je pense d'ailleurs que l'explication doit être la même pour tous ces amas de cailloux, et que la pierre pendue a surtout comme caractère particulier de s'être I offerte à nos yeux à un moment où la conversa- | tion devenait difficile. \
M. Tacaud sourit dans sa barbe. \
— Dieu, dans sa bonté infinie, dit-il sur un ' ton enjoué, a eu pitié du désir de comprendre que l'homme éprouve naturellement, et il a laissé à sa portée, dans beaucoup de pays, des docu- ] ments qui lui permettent de se rendre compte des i transformations du sol. Fouillez consciencieusement la terre et vous y lirez l'histoire du monde aussi nettement au moins que dans la sainte • Bible. Approchons-nous de cette falaise peu i élevée où vient battre la mer haute aux iours de ■ pleine lune, et nous allons y trouver ce qu'il nous ^ faut. '
Ils descendirent sur la grève. Ce que Fabrice avait appelé falaise ne méritait guère ce nom ; \ c'était seulement une dénivellation brusque de I
quelques mètres, plongeant au bas dans le sable de la grève et couronnée au sommet par les plantes rabougries de la lande.
Cette falaise minuscule semblait formée de granit à gros grains comme les rochers ronds du 'voisinage, mais il suffisait de la frotter légèrement du bout de la canne pour la voir s'effriter et se transformer en sable .
— Voici du granit qui ne fournirait pas de bien belles pierres de taille, dit M. Tacaud, et cependant il a toutes les apparences du granit; vous y voyez, à leur place naturelle, les cristaux de quartz et de feldspath; mais ce feldspath n'est plus que de l'argile, malgré sa forme cristalline, et le moindre effort le réduit en poussière.
— Et d'où vient, dit l'abbé, cette transformation, cette putréfaction du granit?
— Voici les coupables, dit Fabrice en désignant du bout de sa canne les ajoncs et les bruyères maigres qui végétaient péniblement au sommet de la falaise. Ces plantes rustiques n'ont pas besoin d'un sol bien riche et poussent volontiers sur une maigre couche de terre végétale résultant de la décomposition des mousses et des lichens;
elles meurent où elles sont nées et pourrissent à leur tour, augmentant de leurs débris l'humus qui servira de nourriture à leurs enfants. Toute cette putréfaction végétale engendre des acides capables d'attaquer le granit; l'eau de pluie se charge de ces principes corrosifs et pénètre lentement dans la pierre sous-jacente qu'elle réduit au piteux état où vous la voyez ici.
— Cela doit se produire bien lentement, dit l'abbé.
— Très lentement en effet, répondit M. Tacaud, mais d'une manière continue, et les résultats de ces actions lentes peuvent devenir formidables à la longue. Voyez maintenant, encastrée dans la falaise, cette lentille saillante de granit dur. C'est un bloc qui, par suite de conditions spéciales, s'est trouvé à l'abri de la pénétration par les acides humiques, de même que, dans la pelote de sucre dont vous sucrez votre café, il se forme quelquefois de petits îlots protégés contre le liquide ambiant et qui ne se dissolvent que plus \ard. En grattant assez longtemps autour de cette grosse lentille, vous la détacheriez complètement de sa gangue de granit délité et vous feriez un
rocher analogue à ceux dont vous voyez autour de vous les accumulations colossales. Le ruissellement se chargera d'ailleurs de l'opération et emportera toute la partie friable de la falaise pour la déposer ailleurs sous forme d'argile et de sable ; le sable que nous foulons n'a pas d'autre origine. Quant à la lentille privilégiée, quel est le sort qui l'attend? Voici sa camarade, à quelques mètres de nous, dans le sable de la grève; le sommet de ce bloc isolé est à l'abri des plus hautes marées, aussi est-il envahi parla végétation; les lichens d'abord, puis les mousses et enfin les bruyères s'y sont implantés et, dans quelques siècles, il sera à son tour emporté par la destruction à laquelle il avait provisoirement échappé.
— Tout cela est fort net, dit l'abbé Jozon, et je commence à entrevoir la formation de ces accumulations de rochers arrondis.
— Ce procédé de décomposition en houles^ ainsi que l'appellent les géologues, s'est appliqué au début à un immense plateau de granit, dont nous Ignorons la hauteur, mais qui était certainement plus haut que les plus élevés des rochers suspendus autour de nous. A mesure que les acides
végétaux décomposaient la pierre et que le ruissellement entraînait les produits de la décomposition, les blocs restés solides descendaient sous l'influence des forces naturelles, et chacun d'eux s'est arrêté où-il a pu, en équilibre, là où nous le voyons aujourd'hui.
— Je suis bien heureux d'avoir vu de près cette formation si curieuse et si différente de celles des pays calcaires où j'habite, dit l'abbé.
— La Bretagne est un très vieux pays, reprit M. Tacaud. 11 est à peu près certain que ce point où nous sommes n'a pas bougé depuis l'époque primaire, et a subi seulement les phénomènes de destruction lente dont je viens de vous montrer un exemple; nous n'avons aucune raison de croire que cette destruction ait été autrefois plus rapide qu'elle ne l'est aujourd'hui, et vous voyez combien de milliers de siècles il a fallu pour mettre à nu les rochers accumulés à Ploumana'ch!
» Nous voilà bien loin, ajouta M. Tacaud, avec une satisfaction visible, des six mille ans de la cosmogonie hébraïque; vous voyez que la pierre pendue ne nous a pas éloignés autant qu'elle le paraissait de la question de l'inspiration de l'An-
cien Testament, et je ne suis pas fâché de vous avoir fait lire, dans le livre de la Nature, un passage qui contredit formellement ce document infaillible.
— Point n'était besoin, mon cher monsieur Tacaud, dit Tabbé, de faire un si long détour pour arriver à cette conclusion. La prétendue contradiction dont vous vous servez contre l'Ecriture a été depuis longtemps réduite à néant; la preuve en est que le professeur de géologie de l'Institut catholique enseigne couramment la théorie de Laplace et l'origine ignée de la terre; il apprend aussi à ses élèves les durées probables des périodes géologiques, et l'Eglise trouve cela parfaitement correct.
— L'Eglise est certainement très habile en se refusant à nier Tévidence, répondit M. Tacaud; elle a nié tant qu'elle a pu les conquêtes de la géologie, ainsi que vous le verrez dans des ouvrages agréés par elle et qui ne sont pas tellement anciens, mais, quand il est devenu impossible de ne pas admettre les données de la science, on a imaginé je ne sais quelle interprétation, — que les six jours de la Genèse représentent
eO LE CONFLIT
non pas des jours, mais des périodes géologiques! Encore s'est-il trouvé malheureusement que l'ordre des six jours ne cadrait aucunement avec ce que la science nous apprend catégoriquement!
— Cette explication provisoire a pu être donnée en effet, répondit l'abbé. Pour nous qui avons la certitude de l'inspiration divine de la Bible, une apparente contradiction entre la science et l'Ecriture nous fait immédiatement conclure à une erreur d'interprétation ; nous pensons d'abord, et cela est naturel, que les savants, livrés à leurs seules lumières, se sont trompés, comme cela leur arrive souvent; puis, si leurs assertions se vérifient, nous nous disons que nous avons mal compris les textes saints : ce n'est pas la Bible qui est en faute, mais seulement un de ses maladroits commentateurs. C'est ce qui est arrivé pour le passage de la Genèse ; il faut y voir une sublime allégorie et non l'expression terre à terre de la vérité. Les premiers mots renferment la lumière des lumières : Dieu créa le ciel et la terre! Le reste n'est qu'un cadre dans lequel a été placée cette vérité éclatante pour qu'elle devînt plus
LES SUPEKSTITIONS ET LA GEOLOGIE 61
accessiLle aux hommes. Pour apprendre Forigme du monde à son peuple, Dieu a inspiré au prophète, mais ce prophète a naturellement raconté les choses de manière à être compris de ceux qui l'entouraient; il s'est mis au niveau de l'âge grossier où il écrivait, et vous en voyez la preuve dans cette touchante naïveté que Dieu se reposa le septième jour, comme si Dieu, la toute-puissance éternelle, pouvait être fatigué et avoir besoin de repos!
— Et cependant, répondit M. Tacaud, vous continuez à enseigner aux enfants des écoles cette histoire dont vous avez reconnu l'erreur; je crains bien qu'il ne faille appliquer à la Bible la théorie du bloc : le jour où l'on verra qu'elle contient des mensonges, on n'y croira plus du tout; donc il faut continuer à enseigner les mensonges, pêle-mêle avec les vérités, s'il y en a. Vous avez forcé Galilée à déclarer que le soleil tourne autour de la terre...
— Ce n'est pas l'Eglise qui a condamné Galilée à se rétracter, dit vivement l'abbé ; FÉglise n'est infaillible que dans ses conciles et dans son Souverain Pontife; on ne peut attribuer à
l'Eglise une erreur de quelques-uns de ses membres.
— Ainsi vous reniez aujourd'hui ceux qui ont autrefois ^-oulu rendre la terre fixe malgré les astronomes! C'est qu'aujourd'hui vous ne pouvez plus lutter contre l'évidence, vous n'êtes plus assez forts! Pour un peu vous démontreriez qu'ec interprétant convenablement la Bible on y trouve la rotation de la terre autour du soleil! Vous avez accepté péniblement les conquêtes de l'astronomie ; puis il a fallu vous résigner à accepter celles de la géologie; je ne désespère pas de vous voir accepter un iour celles de la biologie et déclarer que Moïse a été un précurseur de Darwin!
— Mon cher monsieur Tacaud, dit l'abbé avec sérénité, la science ne saurait atteindre la foi; il y a peut-être, dans la Bible, des assertions qui paraissent contraires aux conquêtes de la science, mais elles se trouvent seulement dans les passages qui ont été écrits à dessein de manière à être en rapport avec les connaissances du peuple auquel ils s'adressaient...
— Voilà, ma foi, dit M. Tacaud, une admirable défaite : l'Eglise aurait bien voulu trouver
dans la science une preuve de l'inspiration des saintes Écritures, mais cette science scélérate ne s'est-elle pas avisée de découvrir tout le contraire de ce qu'on attendait d'elle ! Et vous lui avez dit : Qu'avons-nous à faire ensemble?
— Il eût été préférable, dit l'abbé, eu égard aux masses peu clairvoyantes, que ces quelques contradictions apparentes n'eussent pas été divulguées, mais n'allez pas croire, mon cher ami, qu'un croyant éclairé ait jamais attendu de la science une découverte qui le raffermît dans sa foi.
— Pascal était, je pense, dit M. Tacaud, un croyant éclairé s'il en fut. Cet homme de génie a même été atteint d'une sorte de folie religieuse à force de croire. Et cependant, il voulait trouver dans la science des preuves pour la foi : é; Combien les lunettes, dit-il, nous ont-elles découvert d'êtres qui n'étaient point pour nos philosophes d'auparavant ! On entreprenait franchement l'Ecriture sainte sur le grand nombre des étoiles en disant : Il n'y en a que mille vingt-deux, nous le savons \ » Si l'astronomie était capable de