S. D. N. Questions politiques, 1935 VII, 10, p
Le Conseil de la Société des Nations comptait beaucoup sur l’action conciliatrice de la France et de l'Angleterre pour aider à la solution pacifique du différend. Ces deux nations étaient en effet particulièrement intéressées au maintien de la paix en Éthiopie.
Pour l'Angleterre, la situation géographique de l'Éthiopie offre un intérêt considérable. Le haut massif abyssin comprend les trois grandes sources orientales du Nil : l’Atbara, le Bahr El Azrek ou Nil Bleu et le Sobat et tout gouvernement anglais ou égyptien doit veiller avant tout au maintien du cours normal du Nil, source de la prospérité de l'Égypte. Par ailleurs, la proximité du Kénia britannique et de la Somalie anglaise, la nécessité de laisser libre la route des Indes ne pouvaient que donner à l’Angleterre le désir très vif de résoudre pacifiquement le conflit. M. Michel Côte définissait ainsi la politique constante de l'Empire britannique : « Affaiblir l’entité Éthiopie sans « l’absorber et éviter que toute autre influence que la sienne « devienne prépondérante à Addis-Abeba. »
La France elle aussi était particulièrement désignée pour servir de médiatrice entre les deux nations dont elle est également l’amie. Ayant d'importants intérêts en Éthiopie, attachée à la liberté de la mer Rouge, — Djibouti est sur la route de l’Indochine, — elle doit sauvegarder d'autre part la vie économique de la côte de Somalie française, le chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba assurant vers la Somalie française le débouché de toute la production éthiopienne.
Les deux Puissances, également soucieuses du maintien de la paix, profondément attachées à la Société des Nations, allaient donc s’employer à faire aboutir au plus vite les négociations directes italo-éthiopiennes. Malheureusement il semble bien que M. Mussolini n’ait cherché qu’à gagner
du temps en amenant la Société des Nations à prendre la résolution du 19 janvier 1935. Toute campagne militaire en Éthiopie ne pouvant commencer en raison des conditions climatériques, :qu’à la fin de l'été, l'Italie pouvait ainsi prendre toutes mesures pour préparer «Sa » guerre. Lie général de Bono, nommé le 15 janvier haut commissaire pour d'Afrique orientale italienne (mais embarqué dès le 7 janvier pour Mogadisque) paraît bien avoir été chargé de commencer sur place les préparatifs de l’agression.
SECTION II Les négociations directes entre l’Italie et l'Ethiopie.
« Ces délais ne doivent pas être utidisés pour la continuation de préparatifs militaires, sinon lorsque les préparatifs seraient terminés rien ne serait plus facile que... de trouver des prétextes pour une agression. »
Lettre de M. TécLé-HAWARIATE au Secrétaire général de la $S. D. N,., 29 mars 1935,
Dix jours après l’accord du 19 janvier, un nouvel incident se produisait à Afdub t, poste au sud-ouest de Oual-Oual et le Gouvernement italien publiait le communiqué suivant : « La pression éthiopienne qui, à da suite d’une continuelle « concentration de troupes, s’est manifestée dans ces der- * « niers temps dans la zone de Oual-Oual et dans les loca- « Tités voisines, à provoqué récemment un nouvel incident. « Le matin du 29 janvier un groupe de soldats éthiopiens « a attaqué notre poste de garde de Afdub. L’échange de « coups de fusils qui à suivi à donné lieu à des pertes des