Le Temps, 15 février
LES TENTATIVES DE CONCILIATION St
Le Gouvernement de Sa Majesté a été informé que ces mesures de précaution n’impliquent aucunement que le Gouvernement italien ait l'intention d'abandonner ses efforts pour rechercher un règlement à l’amiable de son différend avec l’Éthiopie par des négociations directes, telles qu’elles ont été prévues par les lettres adressées au Secrétaire de la Société des Nations parles représentants del’Italieet del’Éthiopie à Genève le 19 janvier dernier. Le Gouvernement britannique a aussi été informé qu’il n’y à pas eu d'avance de la part des forces italiennes au delà de la ligne qu’elles ont occupée dans la zone contestée. Mais le ministre d'Italie à Addis-Abeba a en fait reçu des instructions pour négocier avec le Gouvernement éthiopien. Je tiens à constater que le ministre britannique dans la capitale éthiopienne à été autorisé à user de ses bons offices pour aider au succès des négociations.»
« Les rapports de presse qui ont circulé hier relativement à un ultimatum italien adressé à l’Éthiopie, poursuivit le ministre des Affaires étrangères, ont été officiellement démentis. Toutefois, des protestations ont été faites à Addis-Abeba à la suite de récents incidents de frontière et, en formulant ces protestations, le Gouvernement italien à réservé son droit à réclamer des réparations,
« Je dois dire aussi que le Gouvernement éthiopien déclare qu’il a tenu les engagements donnés dans sa lettre au Secrétariat général de la Société des Nations, et que des ordres stricts ont été donnés pour éviter de nouveaux incidents. Il n’y à pas eu, que je sache, de nouvel appel, de part ni d’autre, à la Société des Nations. » Répondant à des questions supplémentaires, Sir John
Simon ajoutait qu’il croyait que des discussions avaient
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déjà commencé entre les deux parties. Il précisait em outre ainsi le rôle de la Grande-Bretagne : « Notre position em « cette affaire est que nous sommes en rapports d'amitié « avec ces deux pays, et naturellement nous voulons faire « tout ce que nous pouvons pour assurer à ce différend une « conclusion pacifique. »
Les déclarations de Sir John Simon créèrent une impression de détente, accentuée par la réception par M. Suvich secrétaire d'État pour les Affaires étrangères d'Italie du Chargé d'Affaires d’Éthiopie à Rome. M. Suvich affirma la | volonté de paix du Gouvernement italien, soulignant en particulier que les mesures prises visaient uniquement à assurer là protection des possessions italiennes en Afrique Orientale.
Les négociations se poursuivaient done à Addiïs-Abeba entre le ministre de PItalie, Comte Vinci-Gigliueci et le Gouvernement éthiopien, l'Angleterre et la France étant tenues chaque jour au courant de la situation ; le 18 février le transport « Gange » quittait Naples emmenant deux cents tonnes de matériels et de vivres et deux bataïllons de « chemises noires » à destination de l’Érythrée. Au Grand Conseil fasciste, il était en même temps annoncé que plus de 70.000 « chemises noires », de toutes les provinces, avaïent demandé leur enrôlement dans les troupes destinées à être envoyées en Somalie et en Érythrée. Le communiqué publié en conclusion des délibérations du Grand’ Conseil, adressait « son salut viril aux contingents qui sont déjà partis ainsi qu’à ceux qui vont partir » et avertissait: la nation « que toutes les mesures ont été prises pour que l’ensemble des forces armées non seulement conserve, mais augmente sa propre efficacité de façon à faire face à toutes les éventualités ».
La presse italienne insistait alors sur la vague de xénophobie qui déferlait sur l’Éthiopie, elle attaquait violemment le Gouvernement d'Addis-Abeba, soukignait son pouvoir restreint sur certaines régions du pays et son impuissance vis-à-vis de certaines tribus pillardes, et insistait sur le danger d’anarchie et l'incapacité du Gouvernement éthiopien d’assurer la police sur son territoire et de prendre des engagements valables à l'égard des Puissances étrangères.
La presse italienne montre également à cette époque le danger japonais et la Gazetta del Popolo met ouvertement le Japon en cause à propos des incidents italo-abyssins et l’accuse de pousser l’Abyssinie contre l'Italie. Pour répondre aux accusations dont som pays était l’objet, le nouvel ambassadeur du Japon à Rome, M. Iotaro Sughimura déclarait àla Pribuna : «Je puis démentir de la façon la plus for- « melle cette nouvelle qui n’a aucun fondement : il n’y à « pas d’instructeurs envoyés par nous en Abyssinie. Dans « un moment où chaque nation étrangère fermaitses portes « à nos marchandises et où nous nous trouvions avec de « fortes quantités de marchandises refusées, certains « médiateurs, la plupart juifs, sont venus chez nous à Kobé «et ils firent des achats qui aboutirent en Abyssinie. « Aujourd’hui également nos produits arrivent à Addis- « Abeba, via Djibouti, mais par le moyen de ces intermé- « diaires et non par des importations directes. » Et après avoir démenti le bruit d’un mariage entre une princesse japonaise et un prince abyssin, l'ambassadeur affirmait son désir d'améliorer les rapports existant entre Rome et Tokio et concluait : « Il n’y à aucun conflit d’intérêt en Abyssinie entre votre pays et le mien. » Il apparaissait donc que dans le conflit actuel le Japon ne jouerait aucun
rôle actif et que nul élément ne pouvait troubler les efforts de conciliation de la France et de l'Angleterre, cette dernière donnant sans cesse à Addis-Abeba des conseils de modération et de sagesse dans ses négociations avec l'Italie.
Un accord paraissait être intervenu le 17 février entre les forces éthiopiennes et italiennes pour la création entre elles d’une zone neutre afin d’éviter les frictions journalières. Cet accord avait été suggéré à Genève par M. Pierre Laval, ministre des Affaires étrangères français. Mais plusieurs difficultés furent soulevées par l’Italie dans lapplication de cet accord : ; l'Italie se refusa en effet à admettre dans la délégation éthiopienne à la commission mixte de délimitation de cette zone l'officier belge et l'officier suédois, instructeurs de l’armée éthiopienne, que le Négus désirait y faire entrer. Par la suite d’ailleurs, les Gouvernements belge et suédois ne devaient pas autoriser les officiers à faire partie de la commission. Deux autres difficultés se présentaient ; difficulté de procédure, l’Abyssinie ayant désiré que la création de la zone fût incorporée dans un accord général sur la procédure à suivre pour aboutir à une solution pacifique du conflit, accord qui devait comporter le recours automatique à l’arbitrage au cas où une solution amiable ne pourrait être trouvée. Cette dernière possibilité était refusée par l'Italie qui déclarait vouloir s’en tenir uniquement aux négociations bilatérales. Enfin, troisième point sur lequel se heurtaient les deux pays : question du libre passage des nomades de la frontière abyssino-somalienne dans la zone neutre d’une profondeur de huit kilomètres qui serait établie entre les postes italiens et éthiopiens, Rome refusant ce libre passage et Addis-Abeba le