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CHAPITRE III L'ARBITRAGE

SECTION 1

Les résolutions du Conseil de la S. D. N. du 25 mai 1935.

« Je suis peiné et surpris qu’en dépit du pacte Kellog et du Traité de 1930 les grandes Puissances assistent sans bouger à un armement italien sur une échelle tout à fait incompatible avec des mesures défensives. »

Haïé SeLassié, avril 1935.

Pendant que les Puissances s’efforçaient de mettre sur pied la procédure d’arbitrage qui permettrait de résoudre le confit, l'Italie accentuait ses préparatifs militaires. Le 7 mai, une deuxième mobilisation italienne intervenait affectant la 3° division « la Sabauda », deux divisions de la Milice et quatre bataïllons supplémentaires de « Chemises noires ». Devant ces faits, l’Abyssinie était contrainte à prendre des mesures de précaution défensives. Rome prenait d’ailleurs prétexte d’un discours du Négus invitant tous ses sujets à s’unir en face du danger pour justifier sa politique militaire, mais comme l’écrivait le rédacteur diplomatique du Manchester Guardian du 8 mai : « Si des discours belliqueux suffisaient à justifier une mobilisation,

1, Voir « La question abyssine ». Revue de Paris (15 août 1935),

La Tendance (9 juillet 1935).

Le Temps A rrnrrert mai 1935, 15-16-17-19 juin 1935).

ceux de M. Mussolini auraient tenu toute l’Europe sous les armes depuis quinze ans. »

Le Gouvernement éthiopien attira l’attention du Secrétaire général de la Société des Nations le 11 mai 1935 sur les dangers de la mobilisation italienne et sur les difficultés de nomination des membres de la Commission de conciliation et d'arbitrage. En effet, dans une communication faite par le ministre d'Italie à Addis-Abeba, le Gouvernement éthiopien avait été invité à choisir des arbitres de nationalité éthiopienne ; en même temps, l'Italie faisait des démarches auprès des divers Gouvernements étrangers en vue de les ineiter à refuser à leurs nationaux l’acceptation de la fonction d’arbitres. Une telle thèse semble difficilement soutenable. L'indépendance et la compétence des arbitres neutres ainsi choisis, leur expérience et leur prestige ne peuvent qu’aider à la solution impartiale et rapide du litige.

A l’occasion de la discussion du budget des Colonies: au Sénat, le Duce fit le point de la situation actuelle et mdiqua la: volonté de son Gouvernement : « Personne ne peut être « juge en une si délicate matière en dehors de l'Italie. qui & « sur ee terrain, dans ce territoire, une expérienee drama « tique sanglante et dont le souvenir est toujours présent. » Il signala en outre que l’Italie ne s'était pas dérobée à des conversations avec les représentants du Gouvernement éthiopien, et que ses deux délégués au comité de conciliation avaient été désignés. Il s'agissait de son Excellence le comte Luigi Aldobrandi Marescotti, ambassadeur, et M. Raphaele Montagna, conseilller d'État, ancien membre des tribunaux mixtes d'Égypte, jurisconsulte aux Affaires étrangères qui avait fait partie des. missions de la Société des Nations en Chine (mission Lytton) et au Chaco. Le

Duce ajoutait cependant : « Personne ne peut s’arroger le

droit intolérable de nous interroger sur ce qui concerne le caractère et l'importance de nos mesures précautionnelles. »

Avant de quitter Harrar pour Addis-Abeba, l'Empereur

d’Éthiopie faisait au même moment, au correspondant du Daily Mai les déclarations suivantes : « Il est absolument

inexact que nous ayons des avions, des tanks, des gaz asphyxiants ou de l'artillerie lourde. Les seules armes modernes que nous possédons ne doivent servir qu’à des fins défensives. J’escompte que.la Société des Nations recevra favorablement notre appel demandant un juste traitement et je souhaite sincèrement que nos difficultés avec l'Italie soient finalement réglées cette semaine. Les prétendues mesures de précaution prises par l'Italie déguisent une intention évidente d’envahir mon pays. Étant donné mes efforts répétés pour soumettre les différends relatifs aux frontières à un arbitrage neutre, j'ai le sentiment que l'attitude belliqueuse de l’Italie menace non seulement ma paix mais encore la paix du monde entier. Je considère que la Société des Nations en laquelle j'ai placé et place encore une confiance illimitée peut faire échec à l’Italie. L'Italie à constamment répandu des rumeurs mensongères eb trompeuses sur l’Éthiopie, rumeurs que les représentants étrangers ici peuvent aisément démentir. Elle prétend notamment qu’en cas de guerre, la population musulmane plus nombreuse que la chrétienne s’insurgerait contre moi. En outre, elle à essayé de brouiller la France et l’Angleterre avec moi en disant que je tente de recruter mes forces parmi les éléments musulmans des territoires britanniques, français et italiens. C’est un mensonge abominable. D’autre part, les

Italiens s'efforcent de corrompre mes sujets musulmans et cherchent à créer un incident déterminant une intervention italienne. Ils prétendent en outre que nous tolérons le trafic des esclaves et que d’une façon générale nous nous comportons de façon agressive. En cas de nouveaux incidents de frontière et en raison de la mobilisation et des armements de l’Italie, nous qui avons jusqu'ici soigneusement évité de prendre des mesures défensives qui puissent être mal interprétées, nous nous sentirons contraints en dernier ressort à défendre nos frontières. Que l’on se souvienne aussi qu’en cas d’invasion étrangère nous mobiliserons immédiatement dans toute la mesure de nos moyens, et il n’est pas douteux que nous aurions une Éthiopie unie pour résister aux envahisseurs comme le fit notre grand prédécesseur Ménélik à Adoua. Je suis peiné et surpris de voir qu’en dépit du pacte Kellog et du Traité de 1930 les grandes Puissances assistent sans bouger à un armement italien sur une échelle tout à fait incompatible avec des mesures défensives. Dois-je en conclure que la Grande-Bretagne, la France et l’Italie sont arrivées à un accord tacite sur l'avenir de l’Éthiopie ? Je verrai avec plaisir la création d’une Commission neutre pour régler ce grave problème et je compte sur la Grande-Bretagne et sur les autres nations désintéressées de la Société des Nations pour veiller à ce qu’un arrangement intervienne pour prévenir une guerre. »

Le Négus adressa le 20 mai : un télégramme à la Société

des Nations et envoya également le 22 mai un aide-mémoire précisant la thèse de son pays. A l'ouverture de la

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