D. N. Journal Officiel, août 1935, p
de Grande-Bretagne à Rome, M. Eden avait dû rentrer à Londres sans aucun résultat.
M. Eden qui avait déjà marqué le regret de la Grande- Bretagne de cet échec dans sa réponse à M. Georges Lansbury à la Chambre des Communes le 17 juillet 1935 exposait d’une manière parfaitement claire et conforme aux intérêts de la paix et du droit le point de vue anglais, dans une déclaration faite le 7 juillet à une réunion d’électeurs à Woodon près de Birmingham : « Je ne veux pas un « seul instant, déclarait M. Eden, atténuer la gravité dela « décision que le Gouvernement britannique à prise, en « suggérant à M. Mussolini la cession à l’Éthiopie par notre « pays d’un territoire somaliland en vue d’aboutir à un « règlement de la querelle italo-éthiopienne. Le fait que « nous ayons proposé cette offre constitue un témoignage « significatif de l'inquiétude avec laquelle nous envisa- « geons l’avenir si aucun réglement n'intervient. » Et il ajoutait : « Aucun Gouvernement ne peut pratiquer une « action positive sans courir de risques. Il est impossible « de maintenir que ce différend ne nous regarde pas. « C’est un trait essentiel du pacte de la Société des Nations « que tout différend entre deux membres de la Société « qui menace le maintien de la paix, concerne tous les « autres membres. Le plus grand risque aurait été de rester « passif et de laisser les événements suivre leur cours. Je « regrette que l’offre que nous avons faite ait manqué son « but mais je ne regrette pas que nous l’ayons faite. » Au demeurant les rapports entre l'Italie et la Grande- Bretagne s'étaient singulièrement envenimés et lors des incidents anti-italiens de Tokio, l'Italie avait accusé l'Angleterre d’en être l’instigatrice. De violentes manifestations contre l'Angleterre et le Japon avaient eu lieu à
Rome où l’on parlait des trois races ennemies de l’Italie : « la noire, la jaune et la blonde. »
Le Négus avait de son côté tenté une nouvelle démarche diplomatique, le 4 juillet 1935 en s'appuyant cette fois sur le Pacte Briand-Kellog qui interdit la guerre comme instrument de politique internationale et il avait adressé aux États-Unis un appel pour le respect du Pacte dont cette nation est signataire. Dès le 5 juillet M. Cordell Hull, secrétaire d’État, répondit au nom de son Gouvernement que ce dernier ne pouvait prendre parti dans une controverse internationale en cours d’arbitrage et qu’il continuait à croire que le Pacte de Paris serait observé. Cette réponse dilatoire était conforme au sentiment de l’opinion publique américaine et le sénateur Key Pittmann, président du comité sénatorial des Affaires étrangères, déclarait qu'il était opposé à toute initiative consistant à invoquer le Pacte Briand-Kellog « pour la raison qu’une telle action ne pourrait avoir pour résultat’ qu’une nouvelle humiliation pour les États-Unis ». Par ailleurs dans un interview qu’il accordait à un correspondant du Times à la même époque, le Négus répondait aux demandes de l'Italie. Celle-ci avait en effet présenté quatre demandes, l’une concernant une rectification de frontière, la seconde réclamant des concessions économiques, la troisième réclamant le droit de construire une ligne de chemin de fer entre l’Érythrée et la Somalie italienne et enfin la dernière demandant la nomination de conseillers italiens auprès du Gouvernement éthiopien sur le modèle des relations angloégyptiennes. Examinant ces desiderata l'Empereur d’'Éthiopie tout en faisant remarquer qu’il n’était saisi d'aucune proposition concrète, proclamait la volonté de son pays de maintenir son indépendance et affirmait son
désir d’entente sur toutes les demandes qui lui seraient faites, — en particulier par les signataires de l’accord de 1906, — et qui seraient compatibles avec la dignité de son pays. Quelque temps plus tard il précisait ainsi sa pensée : « Nous estimons qu’il est nécessaire d’annoncer catégoriquement notre intention de refuser tout règlement qui comprenne l'octroi d’un protectorat ou mandat italien ou autre portant atteinte à l'indépendance, à la souveraineté et à la liberté de notre pays. L’Éthiopie est résolue à conserver sa liberté contre une nation qui méprise ses engagements et qui déclare ouvertement sa préférence pour une guerre, insistant sur ses {besoins d’expansion. Le Covenant de la Société des Nations use de sanctions à l’égard de telles nations et non contre l’Éthiopie qui respecte toutes ces obligations, mais qui est néanmoins résolue à défendre son intégrité territoriale et son indépendance politique que tous les membres de l’organisation de Genève se sont engagés à protéger. Nous attendons avec confiance la date du 25 juillet et les décisions de la Société des Nations. Nous avons confiance que notre cause est juste et qu’en conséquence elle doit prévaloir. Nous n'avons du reste pas perdu confiance que les Puissances signataires du Pacte Briand-Kellog puissent trouver le moyen de prévenir un conflit. Le contraire prouverait au monde que ce pacte peut être violé par toute nation lorsque ses propres intérêts sont en jeu. »
Mais la date du 25 juillet fixée par la résolution du 25 mai comme terme extrême d'entente des quatre membres de la Commission de conciliation et d’arbitrage (sauf prorogation après accord entre eux) approchait. La Commission de conciliation et d'arbitrage ayant dû suspendre ses travaux, il appartenait au Conseil de se réunir confor-
L'ARBITRAGE Gi
mément aux décisions antérieurement prises. Le 24 juillet 1935 le Gouvernement abyssin avait réclamé la réunion du Conseil et attiré son attention sur l'extrême urgence d’une intervention. En conséquence le président en exercice, M. Litvinoff (U. R. $. $.) convoqua le Conseil de la Société des Nations en session extraordinaire pour le 31 juillet.
SECTION III La session du Conseil de la S. D. N. de juillet-août 19351.
« Rien ni personne ne nous arrêtera. Si la $. D. N. veut nous barrer la route, nous la quitterons et elle mourra. Si l’Angleterre se met sur notre chemin nous bombarderons Malte et nous bloquerons Gibraltar. »
Gazetta del Popolo, 15 août 1935.
A la veille de l'ouverture de la session du Conseil de la Société des Nations deux tendances se faisaient jour. En Grande-Bretagne on voulait confier au Conseil dès la présente session l’examen au fond de tout le confit. L'Italie au contraire, prétendait qu’il ne pouvait en être ainsi, le traité de 1928 étant postérieur à l’entrée des deux pays à la Société des Nations et dans ces conditions Rome affirmait que la procédure prévue par ce