‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 37 sur 81 · Voir $. D. N. Journal Officiel, novembre · texte numérisé non relu

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proposition fut adoptée immédiatement à l’unanimité, après quelques brèves observations des représentants de la Grande-Bretagne, la France, l’U. R. S. S. et le Danemark. Les positions avaient été prises en effet d’une manière beaucoup plus précise, par les repréentants des diverses puissances, lors de la réunion annuelle de PAssemblée générale de la Société des Nations les 11, 12, 13 et 14 septembre.

Sir Samuel Hoare, chef de la délégation britannique, avait dans un magnifique discours très clairement exposé le point de vie de la Grande-Bretagne. Il avait notamment caractérisé ainsi la Société des Nations : « Ce n’est pas un super-Etat ni même une entité distincte, existante en soi, indépendamment des Etats qui la composent ou au-dessous d’eux. Les Etats membres n’ont pas abandonné la souveraineté qui leur appartient en propre. Le Pacte n’exige pas non plus qu’ils acceptent, sans donner leur assentiment, en toute matière touchant à la souveraineté, les décisions d’autres membres de la Société.

— Les membres de la Société, par le simple fait qu’ils font partie de celle-ci, sont liés par les obligations qu’ils ont eux-mêmes assumées par le Pacte et ils ne sont liés par rien de plus. Ils n’agissent pas sur l’injonction de la Société des Nations. Ils agissent en vertu d’accords auxquels ils sont eux-mêmes partie ou conformément à des politiques auxquelles ils donnent leur agrément ». Sir Samuel Hoare n’avait pas manqué de souligner que si les peuples arriérés ont droit à l’assistance des peuples plus avancés, ce doit être à la condition formelle de maintenir à ceux-là l'indépendance et l'intégrité territoriale. Il avait d’ailleurs ajouté : « La justice d’une reven-

dication n’est pas nécessairement proportionnelle aux

passions nationales qu’elle suscite — ces passions peuvent être délibérément surexcitées par ce que je considère comme l’un des événements les plus dangereux de la vie moderne, à savoir la propagande gouvernementale. Trop souvent la revendication désirée créerait plus d’injustices qu’elle n’en supprimerait ou apporterait dans les esprits plus de surexcitation qu’elle n’en apaiserait trop souvent, la surexcitation artificielle du sentiment national est utilisée comme excuse pour répudier une obligation ou pour menacer de l’emploi de la force. »

Et M. Téclé Hawariate reprenant l’idée du Ministre anglais, déclarait justement : « Si, pour l’Ethiopie, on veut plus de bien-être, ce n’est pas par la guerre qu’on le pourra donner. Au lieu de la conquête des cœurs, qui cimente l’union, les peuples de couleur verront dans cette action guerrière une menace à leur culture propre et, sous l’exergue de la civilisation la menace de leur existence : leur foi dans la mission civilisatrice de l’Europe sera dès lors détruite et leur confiance perdue.

— La standardisation de l’homme, l’uniformité des cultures et des civilisations ne donnent pas forcément le bonheur. La crise de la liberté qui sévit même dans certaines civilisations modernes, montre que l’expression des valeurs morales à l’intérieur des différentes nations n’a pas encore atteint, même en Europe, son entier perfectionnement.

— Pourtant, chacun des Etats ici représentés, est maître de donner à son territoire la forme de gouvernement qu’il estime la meilleure : tout ce qui a été dit à ce sujet, dans le Pacte même de la Société des Nations représente une vérité politique qu’on ne saurait trop respecter. » M. Halvdan Koht, délégué de la Norvège,

résumait d’ailleurs fort bien l’opinion unanime de l’Assemblée : « La Société des Nations à été créée, déclarait M. Koht, pour établir une coopération pacifique entre les peuples et pour prévenir la solution des conflits au moyen des armes. Nous attendons que tous les membres de la Société des Nations s’en tiennent à ce principe fondamental. Si les organes de la Société ne réussissaient pas à prévenir la guerre qui menace entre l’Italie et l'Ethiopie, ce serait là une défaite pour les principes mêmes de la Société.

— Je crois pouvoir affirmer hautement qu’il existe dans le monde une opinion presque unanime à ce sujet. J'ajoute expressément que ce que nous désirons et espérons, ce n’est pas simplement la prévention de la guerre en ce moment, mais en même temps la préparation d’une . Solution juste des questions en litige, d’une solution qui rende vraiment justice aux deux parties et qui, en conséquence, fasse espérer une paix durable suivie de réels progrès de la civilisation.

— Si toutefois, la guerre éclatait — possibilité que je n’ose presque pas envisager — elle entraînerait pour la Société, c’est-à-dire pour nous tous, des conséquences d’une portée énorme, en raison des obligations qu’impose le Pacte à tous les membres de la Société, obligations qui ont été précisées d’une manière si impressionnantes, ce matin, par le premier délégué du Royaume- Uni. A présumer même que les membres de la Société manquent à leur devoir d’appliquer la Pacte, les conséquences seraient peut-être encore plus graves. »

Les différents pays avaient donc particulièrement marqué leur désir de voir l'application intégrale du Pacte de la Société des Nations et le discours de Sir Samuel

Hoare avait fait à cet égard une impression profonde, puisque pour la première fois la Grande-Bretagne s’engageait sans réticence dans la voie de la sécurité collective et se déclarait prête à se soumettre à toutes les décisions que la Société des Nations prendrait en application du Pacte. On peut seulement regretter que l’attitude de la France par l’intermédiare de M. Pierre Laval, ait été beaucoup moins nette et n'ait pas plus catégoriquement marqué son désir de voir le Covenant appliqué intégralement. Quoi qu’il en soit, le 26 septembre, le Conseil de la Société des Nations avait mis en mouvement la procédure de l’article 15. Le Comité était nommé, il allait … prendre le nom de « Comité des Treize ». Pourtant la session du Conseil n'avait pas été close afin de permettre sa réunion rapide pour approuver le rapport qui serait présenté par ce Comité et surtout afin d’en permettre la réunion d’urgence si les circonstances l’exigeaient. Jusqu’au moment où le rapport du Comité serait adopté, la conciliation restait possible mais bien improbable pratiquement. En réalité la phase de la conciliation était virtuellement terminée, la phase des sanctions commençait.

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