LA CONDAMNATION DE L'ITALIE PAR LE CONSEIL DE LA S. D. N
SECTION I L’agression italienne ‘.
« Nous ne pouvons plus reculer maintenant. Les 200.000 fusils italiens en Afrique orientale partiraient d’eux-mêmes. »
Déclaration de M. Mussozrni à M. Ward Price, envoyé spécial du Daily Mail, septembre 1935.
Le25 septembre, le Gouvernement éthiopien avait aviséle Conseil de la Société des Nations qu’il avait fait reculer ses troupes de trente kilomètres à l’intérieur de la frontière. Pressentant l’imminence de l’agression italienne, le Gouvernement d’Addis-Abeba insistait pour l’envoi immédiat aux frontières éthiopiennes d’observateurs impartiaux délégués par la Société des Nations. S’il se produisait un nouvel incident quelconque entre l’Éthiopie et les colonies
4. Voir Financial Chronicle, 26 septembre 1935. Gentizon. « La Conquête de l’Éthiopie ». Giraudon. « En Éthiopie : les Fordces en présence ». (Revue des Deux Mondes, 197 octobre 1935.) Guesdon. « Renforts pour l’Érythrée ». (Revue de Paris, 1er octobre 1935). Lechenperg. « Avec les Italiens en Érythrée ». (National Geographic Magazine, septembre 1935.) Le Mois, 127 octobre 1935. « Les forces en présence et les opérations militaires ». Nauvau. « Les Hostilités en Éthiopie ». (Jllus tration, 12 octobre 1935.) Pastre. « En Abyssinie avec les Italiens ». (Revue hebdomadaire, 5 octobre 1935.)
italiennes, cet incident servirait sûrement — et Addis- Abeba le discernait fort bien — le prétexte à l’entrée en action des troupes italiennes. Au demeurant, le 28 mai, un Conseil des Ministres se tint à Rome et le communiqué qui fut publié ne peut à cet égard laisser planer le plus léger doute. Ce communiqué particulièrement important du fait qu’il indique nettement que l'Italie ne se prêtera plus à la discussion d’une affaire qui, estime-t-elle, la regarde seule, est ainsi CONÇU :
« Tous les hommes de bonne foi ont reconnu le droit de « l'Italie dans son refus des suggestions du Comité des « Cinq.
« — Les propositions faites, non seulement ne tenaient « aucun compte des nécessités d'expansion et de la sécurité « de l’Italie mais encore ignoraient complètement tous les « traités qui, à diverses époques : en 1889, en 1906, en 1925, « ont reconnu la priorité des intérêts italiens en Éthiopie. « Le Gouvernement italien ne prendra aucune initiative « sur un terrain et dans un milieu où ses droits sont délibé- « rément méconnus.
« — D'autre part, tandis que la Société des Nations se « renferme dans les labyrinthes formels de sa procédure, « l'Éthiopie à complété au cours de ces jours derniers, la « mobilisation de toutes ses forces, avec l'intention déclarée « par les ras d’Éthiopie d’attaquer les frontières des colo- « nies italiennes.
«— L'ordre donné par le Négus à ses troupes de reculer « de 30 kilomètres, ordre annoncé à Genève ne peut abso- « lument pas être pris au sérieux par le Gouvernement Citalien, ni par aucun autre Gouvernement digne de ce « nom.
«— Cet expédient à un objectif stratégique et non pas un
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LA CONDAMNATION DE L'ITALIE 135 but pacifique : mieux déguiser les préparatifs à l’intérieur et se fortifier sur des positions plus solides.
«— Étant donnée cette situation, le départ de nos divisions à pris un rythme plus accéléré au cours de ces derniers jours.
«— Avant de se séparer Le Conseil des Ministres a précisé ainsi sa ligne de conduite pour l’avenir immédiat :
« 19 L'Italie n’abandonnera pas la Société des Nations, au moins tant que la Société elle-même n’aura pas pris en plein la responsabilité de mesures qui frapperaient l’Italie.
« 29 Après avoir eu communication des termes cordiaux du message verbal de Sir Samuel Hoare transmis par l'ambassadeur d’Angleterre à Rome, Sir Eric Drummond, le Conseil des Ministres déclare une fois encore, comme il l’a déjà fait à Bolzano, que la politique de l'Italie n’a pas de visées immédiates ou lointaines qui puissent frapper les intérêts de la Grande-Bretagne. Le Gouvernement anglais, du 29 janvier à aujourd’hui à été informé de la manière la plus loyale des objectifs coloniaux de la politique italienne et des intérêts qui la guident, intérêts reconnus en des accords bilatéraux par la Grande-Bretagne elle-même. Le peuple anglais doit savoir malgré toutes les mystifications antifascistes, que le Gouvernement italien à communiqué au Gouvernement britannique qu’il était prêt à traiter en vue d’accords ultérieurs qui amèneraient la tranquillisation nécessaire pour ce qui concerne les intérêts légitimes de l’Angleterre en Afrique orientale.
« 3° Le Gouvernement fasciste déclare de la manière la plus solennelle qu’il évitera tout ce qui peut élargir et poser sur un terrain plus vaste le conflit italo-éthiopien.
« — Avant de lever la séance le Conseil des Ministres à « adressé aux commandants et aux soldats des divisions de « l’Érythrée et de la Somalie son salut le plus chaleureux « et ses vœux les plus fervents. Son salut s’adresse égale- « ment à tous les soldats de l’Italie qui défendent la patrie « sur terre, sur mer et dans le ciel.
«— Le Conseil des Ministres signale à la gratitude de la « nation les trente mille ouvriers qui par leur travail, qui « s’est déroulé dans des conditions extrêmement difficiles <ont accompli en peu de mois la préparation matérielle de « nos deux colonies de l’Afrique orientale.
«— Le Conseil prend enfin acte du calme et de la disci- « pline dont fait preuve le peuple italien dans ces jours si « chargés d'événements, attitude qui est la caractéristique « d’un peuple fort.
« — Le Conseil des Ministres constate qu’en période de « tension spirituelle élevée, le peuple italien trempé par « treize ans de régime, se serre en une masse compacte « autour des insignes de la révolution fasciste. Il le mon- « trera prochainement au monde par une mobilisation « civile sans précédent dans l’histoire. »
Très habilement, l'Italie déclarait cependant qu’elle n’abandonnerait pas la Société des Nations, tant que celle-ci n'aurait pas pris en plein la responsabilité de «mesures » qui frapperaient l’Italie, mesures qui ne pouvaient être que les sanctions auxquelles devaient aboutir le refus par Rome d’accepter les « recommandations » du Conseil.
Le soir de ce 28 septembre, l'Empereur d’Éthiopie soulignait une fois de plus la gravité croissante de la situation et annonçait que les circonstances étaient devenues telles que le Gouvernement abyssin manquerait à son devoir en retardant davantage la mobilisation générale.
Quatre jours plus tard, le Négus informait la Société des Nations ‘ que les troupes italiennes avaient violé la frontière éthiopienne dans la région sud du Mont Moussa Alli dans la province d’Aoussa, à proximité de la Côte française des Somalis. Le lendemain 3 octobre, les avions italiens bombardaient Adoua et Adigrat et la première bataille se déroulait dans la province de Agamé, L’agression italienne était un fait accompli.
Plusieurs télégrammes furent adressés à Genève par l'Italie les 3, 5 et 6 octobre, télégrammes dans lesquels attaque, violation de frontières et bombardements aériens étaient niés purement et simplement. Pourtant, le 3 octobre, le Gouvernement italien avait adressé à Genève un télégramme ainsi conçu : «J'ai l'honneur de vous communiquer ce qui suit : L'esprit belliqueux et agressif développé en Éthiopie parmi les chefs et les soldats qui réclament depuis longtemps avec insistance et ont réussi à imposer la guerre contre l'Italie à trouvé sa dernière et pleine expression dans l’ordre de mobilisation générale annoncé par l’Empereur dans son télégramme du 28 septembre. Cet ordre constitue une menace directe et immédiate pour les troupes italiennes avec la circonstance grave de la création d’une zone neutre annoncée par Addis-Abeba avec des motifs spécieux qui en réalité n’est qu’un mouvement stratégique destiné à faciliter le rassemblement et la préparation agressive des troupes abyssines. Le Gouvernement italien a eu l’honneur de communiquer, dans son aide-mémoire du 4 septembre, des documents prouvant les actes d'agression continus et sanglants auxquels l’Italie à été soumise dans ces dernières dizaines d’années. A la suite de l’ordre de