‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 40 sur 81 · Le Temps, & octobre · texte numérisé non relu

Le Temps, & octobre

«— Il n’y a que les cerveaux noyés dans le brouillard, les illusions les plus idiotes ou endormies dans l'ignorance la plus lourde au sujet des hommes et des choses de l'Italie, de cette Italie de 1935, la treizième année de l’ère fasciste, qui peuvent croire le contraire.

«— Depuis plusieurs mois, la roue de la destinée, poussée par notre calme détermination, va vers son but. Dans ces heures, son rythme est plus rapide et désormais inarrêtable. Ce n’est pas seulement l’armée qui vise vers ces objectifs, mais c’est un peuple entier de quarante-quatre millions d’âmes contre lequel on essaie de consommer injustice la plus noire, celle de nous ôter notre place au soleil.

« — Lorsque, en 1915, l'Italie se lança dans l'aventure et mêla son sort avec celui des alliés, combien d’exaltations de notre courage et combien de promesses !

« — Mais, après la victoire commune, à laquelle l’Italie avait donné son concours suprême, 665.000 morts, 400.000 mutilés, un million de blessés, lorsque l’on s’assit autour de la table de la paix avare, l'Italie reçut seulement quelques miettes du riche butin colonial.

« — Pendant treize ans, nous avons patienté, années « pendant lesquelles le cercle des égoïsmes suffoquant notre vitalité se resserra davantage. Avec l’Éthiopie, nous avons patienté quarante ans ; maintenant, c’est assez ! « — Au sein de la Société des Nations, au lieu de reconnaître nos droits, on parle de sanctions.

— Jusqu'à preuve du contraire, je me refuse à croire que le peuple authentique et généreux de France puisse adhérer à des sanctions contre l’Italie. Les 6.000 morts de Bligny, tombés dans une attaque héroïque qui arracha un cri d’admiration au commandant ennemi même tres-

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sailliraient sous la terre qui les couvre. Je me refuse de même à croire que le peuple authentique de Grande-Bretagne, qui n’eut jamais de différends avec l'Italie, soit disposé à risquer de jeter l’Europe sur le chemin de la catastrophe pour défendre un pays africain universellement flétri comme un pays sans l’ombre de civilisation. «— Aux sanctions économiques, nous opposerons notre discipline, notre sobriété, notre esprit de sacrifice. Aux sanctions militaires, nous répondrons par des mesures militaires. Aux actes de guerre, nous répondrons par des actes de guerre. Que personne ne songe à nous plier sans avoir auparavant soutenu un dur combat. Un peuple jaloux de son honneur ne peut pas user d’un langage ni avoir une attitude différente.

«— Mais qu’il soit dit une fois de plus de la façon la plus catégorique, et je prends en ce moment un engagement sacré devant vous, que nous ferons tout notre possible afin que ce conflit de caractère colonial ne prenne pas le caractère et la portée d’un conflit européen.

«— Cela peut être désiré par ceux qui espèrent dans une nouvelle guerre une revanche des temps écoulés, mais cela n’est pas désiré par nous-mêmes.

« — Jamais comme dans cette époque historique, le peuple italien n’a révélé les qualités de son esprit et la puissance de son caractère. Et c’est contre ce peuple auquel l’humanité doit certaines de ses plus grandes conquêtes, et c’est contre ce peuple de poètes, d'artistes, de héros, de saints, de navigateurs, de transmigrateurs, c’est contre ce peuple que l’on ose parler de sanctions ! «— L’Italie prolétaire et fasciste, l'Italie de Vittorio Veneto et de la Révolution, debout !

.« — Fais ainsi que le cri de ta décision remplisse le

« ciel et serve de réconfort aux soldats qui attendent en « Afrique ! Qu'il soit une invitation aux amis et un avertis- « sement aux ennemis dans toutes les parties du monde : « Ori de justice ! Cri de victoire ! »

Dans cet appel, M. Mussolini ne manquait pas d’invoquer la raison profonde de l’action que l’Italie allait entreprendre : réparer l’injustice commise au lendemain de la guerre mondiale. Le « Duce » se refusait à croire que l’Angleterre et la France soient favorables aux sanctions et au cas où cependant celles-ci seraient mises en application, M. Mussolini indiquait quelles en seraient les conséquences : A la guerre l'Italie répondrait par la guerre, aux mesures militaires par des mesures militaires, aux sanctions économiques, l’Italie répondrait « par sa discipline, par sa sobriété, par son esprit de sacrifice ».

Le lendemain 3 octobre, le grand chambellan de l’Empereur d’Éthiopie, Ligarra Tasso lisait à Addis-Abeba, devant le Palais Impérial, la proclamation de la mobilisation générale. L’Éthiopie pouvait disposer d’environ un million d'hommes bien que l'Encyclopédie italienne déclare que ce pays peut en mobiliser 2 millions. Les troupes régulières abyssines comprenaient 70.000 hommes sous les ordres du ras Kaça, gouverneur du Baguenneder, à l’est du lac Tana ; 50.000 hommes sous les ordres du ras Seyoum, gouverneur du Tigré ; 40.000 hommes sous les ordres du prince héritier Asfao Woussen, dans le Wollo et le Yedjon, au sud du Tigré ; 50.000 hommes commandés par le ras Ymrou, gouverneur du Godjam, au sud du lac Tana ; 15 à 20.000 hommes aux ordres du ras Nassibou, gouverneur du Harar ; enfin 7.000 hommes de la garde impériale. Un ban de 300 à 400.000 hommes de troupes régulières pouvaient en outre être formé et un arrière-ban à peu près aussi nombreux

pouvait être utilisé sur place. Les troupes éthiopiennes mal armées et mal équipées auraient pour elles leur parfaite connaissance du terrain et leur bravoure certaine ; mais le commandement était défectueux et les moyens modernes de guerre leur faisaient à peu près complètement défaut. k

L'action de l’Italie s’engagea sans qu’il y ait eu la moindre déclaration de guerre, sans rupture préalable des relations diplomatiques, par la seule entrée en action immédiate des bombardements aériens par l’aviation italienne. Il importe de souligner que la mobilisation éthiopienne ne fut effectuée que le 3 octobre, c’est-à-dire le lendemain de la mobilisation générale italienne. Le télégramme adressé le 28 septembre par le Négus à la Société des Nations ne faisait qu’annoncer la mobilisation abyssine sans que celle-ci fut aucunement réalisée. La mobilisation à Addis-Abeba ne peut donc nullement être invoquée par l’Italie et servir de prétexte à l’agression.

Le 4 octobre les troupes italiennes entraient à Adigrat, sans avoir rencontré de résistance. Ainsi une nouvelle situation était créée dont la Société des Nations allait avoir à tenir compte. Sur les décisions exceptionnellement graves que la Société des Nations devait prendre, allait par ailleurs peser l'incertitude de l’attitude de la France.

En effet le 24 septembre, le Gouvernement britannique avait posé au Gouvernement français la question suivante : Dans le cas où un membre de la Société des Nations, qui se déclare prêt à remplir ses obligations aux termes de Particle 16 du Pacte et qui s’y prépare en conséquence, serait attaqué avant que ledit article ne soit applicable, c’est-à-dire avant que les autres membres de la Société des Nations ne soient expressément tenus de lui prêter

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