‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 46 sur 81 · Le Temps, 11 octobre · texte numérisé non relu

Le Temps, 11 octobre

Mais j’interpréterai le silence des autres comme un acquiescement de leur Gouvernement, à l’avis déjà exprimé par quatorze membres du Conseil. Ils ont d’ailleurs, cela va de soi, toute liberté d'exprimer leur opinion à ce sujet à la tribune.

— Pour la clarté de la discussion, j’ajoute que l’exposé des difficultés pratiques que pouvaient rencontrer certains Gouvernements dans l’application de l’article 16, trouvera en place au sein de l’organisme de coordination que le Conseil nous invite à constituer.

— Le Président du Conseil ayant manifesté le désir des membres du Conseil de voir l’Assemblée s'associer à sa mission quant aux mesures à prendre, l’Assemblée aura la tâche importante de s’occuper de cette question et de prendre les décisions qu’elle pourrait comporter comme, par exemple, la constitution et la mission d’un organe de coordination. »

Ainsi la mission de l’Assemblée était parfaitement déterminée. L'avantage de la procédure employée était de permettre à toutes les Puissances de se prononcer sur l’agression italienne et de rendre plus solennelle la condamnation de l'Italie en même temps que de connaître les motifs invoqués par certaines Puissances pour se soustraire à leurs obligations. Deux Puissances allaient ainsi exprimer leur abstention et leurs réserves : l'Autriche et la Hongrie.

L’Autriche, par la voix de M. Pflügl, fit connaître qu’elle ne s’associait pas aux conclusions du Conseil de la Société des Nations et qu’elle se refusait à appliquer des sanctions à l’Italie. L’Autriche affirma certes son attachement aux principes de la Société des Nations mais elle souligna que l’amitié qui l’unissait à l’Italie, et les services rendus par cette Puissance notamment en ce qui concerne le maintien

de l'indépendance autrichienne lui interdisaient de se joindre à l’action entreprise contre Rome par la Société des Nations. Faisant allusion au barrage opposé par l'Italie aux ambitions allemandes en Autriche, M. Pflügl déclara : « Les communications du Président visent un État membre, « notre grande voisine et notre sûre amie pour laquelle « dans ces conditions amères la sympathie la plus vive « anime notre pays. L’Autriche n’oubliera jamais qu’à un « moment fatal de son histoire, ce fut cette Italie qui dans le « le meilleur esprit du Pacte par son attitude, à contribué «à sauvegarder l'intégrité d’un autre membre de la Société « des Nations.

«— Les liens qui unissent le peuple autrichien à celui de « l’Italie sont profonds et ce n’est pas l’Autriche qui fera « défaut à une amitié destinée à durer à travers les temps à « venir. Cette amitié s’augmente d’une dette de gratitude « non prévue par le Pacte qui, elle aussi, impose ses « devoirs. »

Et le représentant de l'Autriche conclut : « Tenant « compte de ces considérations, le Gouvernement autri- « chien ne se voit pas en ce moment en mesure de s’associer «à telles des conclusions auxquelles sont déjà arrivés « d’autres États membres de la Société des Nations. »

Le représentant de la Hongrie, M. Lazlo de Velich, se prononça dans le même sens. Il se fonda surtout sur des arguments d'ordre économique et déclara notamment : « Nul mieux que le Conseil qui contrôle depuis des années « les finances de la Hongrie, ne connaît les difficultés « économiques et financières de ce pays. L’exclusion de « l'Italie des débouchés en soi restreints et limités produi-

1. Documents politiques, diplomatiques et financiers, décembre 1936

« rait un bouleversement complet de l’équilibre écono- « mique et financier de la Hongrie, péniblement maintenu « jusqu’à présent, en grande partie à l’aide des exporta- « tions dirigées vers l’Italie.

«— Pour ces raisons et étant donné que mon Gouverne- « ment n’à pas été mis dans la possibilité d'examiner avec « l'attention requise et en toute conscience les faits et les « documents sur lesquels pourraient être fondées avec « toute assurance des résolutions si graves, la délégation « hongroise n’est pas à même de s’associer aux conclusions « dont il est question dans les communications du Pré- « sident. »

La défection de l’Autriche et de la Hongrie, partagées entre leur attachement à l'Italie, en raison des services rendus et des conditions économiques et leur attachement aux principes de Genève, n’était ni imprévue, ni dirimante quant à l’application des sanctions. On le vit nettement dès le lendemain 10 octobre à la nouvelle séance de l’Assemblée générale de la Société des Nations. Après que le baron Aloisi eût exposé une fois de plus la thèse italienne et critiqué la procédure suivie, M. Bénès annonça qu’il donnerait la parole aux représentants des États qui souhaiteraient exprimer un avis contraire aux conclusions du Conseil, ou même seulement manifester leur abstention ou indiquer leurs réserves. Aucun État ne demanda alors la parole. Toutefois étant donné les réserves formulées par M. Aloisi touchant la procédure, le Président consulta l’Assemblée à ce sujet et il fut décidé que la procédure primitivement appliquée continuerait à être employée. Tous les États représentés à la Société des Nations ont donc, à l’exception de l’Autriche et de la Hongrie, approuvé les décisions du Conseil, cette approbation ayant été donnée tacitement,

suivant la procédure proposée par M. Bénès au nom du Bureau et approuvée par l’Assemblée tout entière. L’objection de M. Aloisi concernant la méthode usitée ne peut donc être retenue, puisque cette méthode fut à deux reprises ratifiée par l’Assemblée et qu’elle permit à tous les membres de se faire entendre, et éventuellement de faire connaître leur opposition ainsi que l’ont fait l'Autriche et la Hongrie. Quant aux autres Puissances ayant approuvé le rapport du Comité des Six, leurs représentants expo- . sèrent leurs points de vue au cours de cette même séance.

M. Pierre Laval, au nom de la France, s’exprima en ces termes ‘ : «Je ne ferai qu’une brève déclaration.

« — La France fera face à ses obligations. Je l’ai dit « devant le Conseil, je l’ai répété devant l’Assemblée. Le « Pacte est notre loi internationale que nous ne pouvons « ni enfreindre, ni laisser affaiblir.

« — En cette minute où chacun doit prendre sa respon- « sabilité, c’est avec émotion, vous le savez, que j’assume « mon devoir.

«— Mon pays observera le Pacte. L'amitié me dicte aussi « un devoir. Ce n’est pas renier notre foi dans l’autorité « de la plus haute institution internationale que pour- « suivre avec elle, en même temps que l'application de sa « loi, la recherche d’une solution de conciliation. Le Gou- « vernement français s’attachera passionnément à cette « œuvre de paix, pour laquelle, j’en suis sûr, aucun con- « Cours ne manquera dans cette assemblée. »

Sans trop insister sur l’éventualité d’une solution de conciliation qui demeurait bien improbable, M. Eden aftirma l'attachement de la Grande-Bretagne au Pacte

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