‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 48 sur 81 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

« obus produisent les mêmes effets et que les blessés et les « tués soient blancs ou noirs, le même sang rouge coule de « leurs blessures. »

« — La guerre, essayera-t-on de me répondre, n’est pas « la même : l’une est coloniale. Sur quoi fonder cette dif- « férence ? Quel est l’article de notre Pacte qui, après avoir « défini l’agresseur, explique son geste en l’atténuant à « propos d’une guerre coloniale ? Et où la différence est-elle «indiquée entre une guerre qui éclaterait en Afrique et « une guerre qui éclaterait en Europe ?

« — La période des guerres coloniales est close, aussi « bien en Afrique qu’en Amérique et aussi celle de l’ex- « ploitation d’une race par une autre. Depuis que la Société « des Nations à établi un droit nouveau, une DORE « étape de la civilisation à été franchie.

« — Cette idée de justice internationale éclate aujour- « d’hui, comme à éclaté le coup de tonnerre de la Révolu- « tion française pour la justice entre les citoyens. La Société « des Nations ne peut laisser appliquer entre ses membres « un droit ancien, dur et périmé, que, justement, elle pré- « tend abolir. L’on ne peut, ici, pas plus parler de guerre « coloniale, qu’arracher des lambeaux de territoire pour « calmer des appétits, en demandant à la victime d’aider « à se laisser dépouiller, ou prétendre que son organisation « intérieure est défectueuse, qu’il lui faut un maître pour

« Paméliorer ou qu’elle ne tire qu’un imparfait rendement

« de ses richesses naturelles. Les conditions stratégiques, « les chutes d’eau inutilisées, les espaces vides à cause de « la population claisemée, se trouvent partout, en Amé- « rique, en Europe comme en Afrique. Là aussi faudra-t-il « des guerres coloniales pour les utiliser ?

« Je proteste contre ce terme — que l’on eut je ne

« Sais pourquoi, infamant, — de guerre coloniale. Je parle « au nom d’un petit peuple noir, imbu des principes de 89 « et de 93, et qui s’honore de représenter en Amérique la « Révolution française. Petit peuple qui n’est venu au « monde que grâce à ces idées. De cette tribune de justice « et de vérité, parlant au nom des noirs d'Haïti, je sais « que tous les millions de noirs et d’hommes de couleurs « épars dans le monde observent une minute de silence « pour m’écouter attentivement.

« — Craignons tous ici, si nous laissions se commettre « l’injustice et une nouvelle fois étouffer la voix de la vic- « time, nous rappelant ces trônes que nous pensions solide- « ment établis et dont les débris jonchent aujourd’hui le « sol de toute l’Europe, craignons, si notre pusillanimité « nous empêche de jouer le rôle que notre conscience nous « fait le devoir sacré de remplir, grands ou petits, puis- « sants ou faibles, proches ou lointains, blanes ou colorés, « craignons un jour d’être l’Éthiopie de quelqu'un. »

Les déclarations des délégations se poursuivirent au cours de cette même journée du 10 octobre et tour à tour M. Porto-Seguro pour le Chili, M. Zumela pour le Venezuela, M. Pouritch au nom de la Petite Entente, M. Guani pour l’Uruguay, M. Maximos au nom de l’Entente Balkanique, M. Zaldumbide pour l’Équateur, M. Tudela représentant du Pérou, M. Costa du Rels pour la Bolivie, apportèrent l'approbation de leur Gouvernements à la décision du Conseil. M. Téclé-Hawariate parla le dernier au nom de l’Éthiopie : « L'Empire éthiopien, déclara M. Téclé-Hawa- « riate, à fait appel à la plus haute juridiction politique « qui existe sur la terre pour juger la prétention du Gou- « vernement italien de le rayer de la carte du monde. Que

« pour le moment il me suffise de dire que mon Auguste

« Souverain n’a jamais tenu les propos de haine et d’exci- « tation à la rapine que lui impute le délégué italien. Ce « sont des paroles de gratitude que j’apporte ici à tous « ceux qui à propos de l'agression italienne contre l'Éthio- « pie défendent courageusement le respect des engage- « ments solennels inscrits dans le Pacte et la cause sacrée « de l'indépendance et de l'intégrité territoriale des États. « Qu'il me soit permis de dire à l’éloquent délégué de la « République noire d'Haïti, l'émotion poignante qui m’a « étreint en écoutant la réfutation décisive qu’il a faite des « sophismes de l’agresseur présent et des agresseurs futurs, « ainsi que son vibrant appel à la conscience de l'humanité. « Que pourrais-je ajouter à ces paroles généreuses.

« — Mon devoir est maintenant de marquer la position « de mon Gouvernement dans cette phase de la procédure « du Pacte et de la guerre injuste qu’il subit. « — Le Gouvernement éthiopien depuis dix mois attend « avec patience, mais avec une pleine confiance, que jus- « tice lui soit rendue, se lon les prescriptions des traités et « du Pacte. Après le verdict solennel qui vient d’être pro- « noncé, il demande à chacun des membres de la Société « des Nations d'accomplir son devoir tel qu’il est inscrit « dans l’article 16 du Pacte. Il fait respectueusement « observer que tout retard diminuerait ou même suppri- « merait l'efficacité indispensable pour arrêter la conti- « nuation du crime international dont le Gouvernement «italien à été reconnu coupable. » Le représentant de l'Éthiopie après avoir montré combien faibles étaient les moyens de défense de son pays comparés aux puissantes ressources de son agresseur, renouvela une fois de plus les intentions pacifiques de son pays, en soulignant cependant que l’Éthiope défendrait jusqu’au bout son indépen-

dance et son intégrité. M. Téclé-Hawariate conclut ainsi : « Le Gouvernement éthiopien est engagé à fond dans les « opérations de légitime défense.

€ — Il tient pourtant à renouveler la déclaration qu’il a « faite. Il est à la disposition de tout organe qui pourrait « être constitué par le Conseil ou par l’Assemblée en vue « d'interrompre immédiatement les hostilités. « — Il est prêt à conclure une paix honorable. Mais qu’on « interprète pas mal mes paroles et qu’on ne leur donne pas « pas un sens qu’elles n’ont pas. Le Gouvernement éthio- « pien à le devoir de proclamer en toute loyauté que subis- « Sant une guerre injuste, décidé à défendre jusqu’à la « mort son indépendance et son intégrité, quelque longue « que doive être cette guerre, il ne cèdera pas à la force. Il « n’acceptera aucune condition accordant une prime à son « agresseur. Ce serait là un défi à la morale internationale. »

Tous les États membres ayant pu exposer leurs points de vue quant aux décisions du Conseil, il restait à tirer la conclusion de la discussion générale qui venait d’avoir lieu. Quelle procédure l’Assemblée allait-elle adopter à cet égard ? L’Assemblée ne vota pas de résolution, elle se borna à émettre le vœu suivant t :

« L'Assemblée, ayant pris connaissances des opinions exprimées par les membres du Conseil à la séance du 7 octobre prenant en considération les obligations qui incombent aux membres de la Société des Nations, en vertu de l’article 16 du Pacte, en vue d'établir une coordination des messures que chacun d’eux envisagerait de prendre, émet le vœu que les membres de la Société des Nations, en dehors des parties, constituent un comité composé d’un délégué par État membre, assisté d'experts, en vue d’étu-

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