‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 67 sur 81 · D. N. Journal Officiel. Supplément, n° 146, p · texte numérisé non relu

D. N. Journal Officiel. Supplément, n° 146, p

— Fonte de fer et acier ( y compris les alliages d’acier coulés, forbés, laminés, étirés, estampés ou emboutis).

— Charbon (y compris anthracite et lignite) coke et leurs agglomérés ainsi que combustibles dérivés.

— Si les réponses reçues par le Comité au sujet de la présente proposition et les renseignements à sa disposition le rendent opportun, le Comité des Dix-huit proposera aux Gouvernements une date pour la mise en vigueur des mesures ci-dessus envisagées. » Cette proposition connue sous le nom de « proposition canadienne » (c’est M. Ruddell, conseiller britannique des Dominions, qui en prit l’initiative) causa une grande émotion dans le monde et souleva de grandes difficultés, surtout en ce qui concerne le pétrole.

Le pétrole en effet, est considéré comme le « nerf » de la guerre moderne ; en priver l'Italie, c’est lui rendre à peu près impossible une guerre prolongée. Les camions qui assurent le ravitaillement des troupes, les tanks, l’aviation se trouveraient immobilisés. L’embargo sur le pétrole est donc une mesure fort grave d’une manière générale et tout spécialement pour l’Italie. En 1934 l'Italie à importé 1.828.000 tonnes de pétrole. Celui-ci fut fourni par la Roumanie à raison de 39 p. 100, par l’U. R. $S. $. pour 26 p. 100, par les États-Unis pour 15 p. 100, par la Perse pour 10 p. 100 et pour 10 p. 100 par divers autres pays. L’essence lui est fournie par la Perse, à concurrence de 33 p. 100, par l'U. R. S.S. pour 26 p. 100, par la Roumanie pour 16 p. 100, par les Indes Néerlandaises pour 9 p. 100 et par divers pays pour 16 p. 100.

Sir Samuel Hoare avait hésité à accepter cette mesure et justifiait sa conduite en ces termes à la Chambre des Communes : « De toutes parts nous recevions des informa-

« tions qu'aucun Gouvernement responsable n'aurait pu « dédaigner et desquelles il résultait que l'Italie con- « sidérerait l’embargo sur le pétrole comme une sanction « militaire ou un acte impliquant la guerre contre l'Italie. » M. Laval, dans ses déclarations à la Chambre, ne fit que confirmer cette déclaration en affirmant que la sanction pétrolifère signifiait au moins une mobilisation partielle. De telles déclarations suscitèrent de violentes protestations. Comment l'Italie, dans l'impossibilité où l’embargo sur le pétrole la mettait de poursuivre la conquête de l'Éthiopie, pourrait-elle déclancher et soutenir une guerre européenne ? En réalité beaucoup d’'États membres croyaient encore la conciliation possible et pensaient que Pembargo immédiat sur le pétrole empêcherait les négociations en cours pour ramener la paix, négociations que Sir Samuel Hoare, M. Pierre Laval et le Comité des Treize poursuivaient activement et qui n’allaient donner à la Société des Nations qu’une cruelle déception de plus.

Les États sanctionnistes désiraient avoir la collaboration des États non membres pour l'application de l’embargo sur le pétrole. En matière pétrolifère plus que pour tout autre produit, le ravitaillement des belligérants repose sur le degré de cohésion des entreprises ou des États producteurs. Si cette cohésion est parfaite, si la volonté commune des producteurs est de s’opposer aux entreprises de guerre, toute l’ingéniosité des belligérants, toutes leurs méthodes d'organisation les plus habiles se trouveront insuffisantes, et le peuple visé par les sanctions pétrolifères sera vaincu. Mais d’autre part, une seule défaillance suffit pour rendre possible l’approvisionnement des combattants. Et le 10 décembre M. Baldwin déclarait à cet égard à la Chambre

des Communes ‘ : « Si l’on doit empêcher le pétrole d’entrer en Italie, il faut être sûr que cette prohibition sera effective. » L’embargo sur le pétrole ne pouvait être opérant qu'avec le concours total des États-Unis. Or le Gouvernement américain ne pouvait rien faire tant qu’une loi, renouvelant la loi d’août 1935, n’aurait pas inscrit le pétrole et ses dérivés au nombre des produits dont l'exportation est interdite au profit d’une puissance belligérante. Jusque là les exportations pouvaient continuer et s’amplifier dans la mesure où le paiement pourrait en être assuré par l'Italie. Le Département d’État avait bien la possibilité de «recommander » aux Compagnies pétrolifères américaines d’interrompre toute livraison à l'Italie mais il n’y avait aucune certitude qu’il serait suivi. Les opinions sur cette question étaient divergentes : M. James A. Moïfet, vice-président de la Standard Oil de Californie, se serait déclaré prêt à interrompre toute livraison à l'Italie sur simple demande des autorit (sfédérales. Maïs le représentant d’une importante Compagnie pétrolifère anglo-américaine avait aussitôt fait savoir à la presse londonienne que les déclarations de M. Moffet. n’exprimaient aucunement le point de vue de toutes les Compagnies pétrolifères américaines, lesquelles ne sauraient refuser de vendre du pétrole à l'Italie sans exposer à confiscation les propriétés importantes qu’elles possèdent dans ce pays. Dans ces conditions, les Étatsmembres, producteurs de pétrole, comme l'U. R. $. $., et la Roumanie spécifièrent qu’elles n’appliqueraient pas lembargo sur le pétrole tant que les États-Unis ne prendraient pas la même mesure . Or ceux-ci confirmèrent simplement leur politique de neutralité en maintenant leurs

1. Revue pétrohjère. « Le pétrole et les sanctions » (4 janvier 1936),

exportations de pétrole pour l'Italie dans les limites habituellement normales.

Mais, même si tous les États appliquaient l’embargo sur le pétrole, cette mesure serait-elle efficace si l'Italie possédait des stocks assez importants pour continuer la guerre ? D’après les chiffres de l’Institut central de statistique, les importations en Italie auraient été les suivantes :

(En quintaux)

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