D.N. Journal Officiel. Eupplément, n° 147, p
sujet des suggestions qu’ils ont présentées aux deux parties en vue d’une conciliation ;
20 Vu le caractère préliminaire de ces suggestions souligné par les deux Puissances qui en ont pris l'initiative, le Conseil n’estime pas qu’il y ait lieu de se prononcer dès maintenant à leur sujet;
39 Le Conseil charge le Comité des Treize d'étudier en s'inspirant du Pacte l’essemble de la situation telle qu’elle résultera des informations qu’il lui sera loisible de recueillir. »
C'était le refus de prendre en considération le plan Laval-Hoare et son rejet définitif. On remarque d’ailleurs que le Conseil remercie la France et la Grande-Bretagne de leur « communication » et non de leurs « suggestions ». Au demeurant la minorité parlementaire française avait violemment protesté contre ces suggestions, mais le 17 décembre, M. Pierre Laval avait cependant obtenu un vote de confiance de la Chambre des Députés à l'issue d’un débat sur la politique extérieure française. En Grande-Bretagne au contraire, la majorité parlementaire s'était violemment insurgée contre le projet et le 18 décembre, à la veille d’une séance particulièrement importante de la Chambre des Communes, Sir Samuel Hoare avait dû démissionner sous la pression de l'opinion publique. T1 devait être remplacé par M. Anthony Eden. Le plan Hoare-Laval avait définitivement vécu et M. Baldwin le précisait en ces termes le 19 décembre à la Chambre des Communes : « Les propositions de Paris sont complè- « tement et définitivement mortes. Le Gouvervement « britannique ne tentera pas de les ressusciter. » M. Balwin rendit d’ailleurs hommage à Sir Samuel Hoare qui avait déclaré : « Voici trois mois que notre pays a agi seul...
On nous à applaudis, mais on ne nous à pas imités. Personnes d’autre en Europe n’a bougé un navire, une machine ou un homme... Il faut que la sécurité soit réelle et elle ne peut être réelle que si l’action collective est une réalité... Or, cette condition n’est pas encore remplie. » Et Sir Austen Chamberlain intervenant ensuite dans le débat ajouta : « Agir pour tous, avec tous, ne rien faire nousmêmes isolément, voilà de vrais principes genevois et si les autres sont aussi fidèles à ces principes que nousmêmes, s’ils agissent au nom de ces principes autant que nous le faisons et que nous l’avons fait nous-mêmes, la Société des Nations sortira plus forte de cette épreuve et l’agression sera plus difficile dans l’avenir. »
Il y avait peu de chances désormais pour qu’intervienne un règlement pacifique du conflit. Aussi bien le 31 janvier 1936, M. Mussolini annonçait que la campagne se poursuivait malgré les sanctions et qu’un contingent de 50.000 ouvriers allait être envoyé en Afrique pour permettre aux services techniques italiens de fonctionner normalement pendant la saison des pluies. L'Italie avait donc plus que jamais l’intention d’aller jusqu’au bout de sa conquête. Le 22 janvier 1936, le Comité des Treize, c’està-dire les membres du Conseil de la Société des Nations à l'exception de l'Italie, avait cependant déclaré une fois de plus qu’il convenait de ne rien négliger pour faciliter et hâter le règlement du conflit par l’accord des parties dans le cadre du Pacte.
Le 2 mars, sur la proposition de M. Flandin, appuyé par M. Eden, le Comité des Dix-huit décide de demander, avant de commencer à discuter la question de la mise en vigueur d’un embargo sur le pétrole, la réunion du Comité des Treize en vue de tenter un nouvel effort de concilia-
286 LE CONFLIT ITALO-ETHIOPIEN DEVANT LA S. D. N. tion. Réuni le: lendemain, le Comité des Treize adressa aux Gouvernements de FÉthiopie et de l'Italie un pressant appel : « pour l’ouverture immédiate de négociations dans le cadre de la Société des Nations et dans Pesprit du Pacte, en vue d’une prompte cessation des hostilités et du rétablissement définitif de la paix. »
Le 5 mars, le Gouvernement éthiopien, en répondant à cet appel, acceptait le commencement des négociations, avec le respect des stipulations du Pacte. IT prenait acte que la proposition du Comité des Treize était faite et que les négociations se feraient dans l'esprit du Pacte et dans le cadre de la Société des Nations. Trois jours plus tard, le Gouvernement italien acceptait «en principe d'entrer dans des négociations concernant le règlement du conflit. »
Réuni à Londres le 25 mars le Comité des Treize confia à son président la tâche de s’informer auprès des parties et de prendre toutes mesures utiles pour rétablir la paix dans le cadre de la Société des Nations et dans l’esprit du Pacte. Le représentant du Gouvernement éthiopien se mit à la disposition du Président pour toutes négociations nécessaires, mais ajouta qu’il désirait recevoir l'assurance formelle que ces négociations seraient faites conformément à esprit du Pacte et à l’appel précité du Comité. des Treize aux belligérants. Quant à lItalie, ayant fait savoir le 2 avril qu'il lui paraissait préférable que M. de Madaàriaga vit le chef du Gouvernement italien lui-même à Rome après Pâques (12 avril), le Comité des Treize, réuni le 8 avril à Genève, estima qu'avant de se rendre à Rome, il était nécessaire que M. de Madariaga ait une entrevue à Genève avec le délégué du Gouvernement italien.
La délégation italienne déclara alors que M. Mussnlini était prêt à ouvrir immédiatement des négociations en
Échos titènué tu PNR"
TENTATIVES DE CONCILIATION ET PLAN LAVAL-HOARE 287 vue de la cessation des hostilités. Toutefois pour l'Italie, Ï ne pouvait s'agir que de négociations directes en vue de préliminaires de paix, le Comité des Treize étant seulement tenu au courant. Dans ces conditions, s'appuyant sur les termes mêmes de Fappel du 3 mars, l# délégation éthiopienne ne put que repousser la proposition italienne, celle-ci ne comportant aucune participation active de la Société des Nations à la négociation. L'Éthiopiene pouvait en:effet négocier que dans le cadredela Société des Nations, cette garantie étant essentielle pour Addis-Abeba Le Comité des Treize ne put en conséquence que faire rapport au Conseil de l’échec total des tentatives de conciliation poursuivies après l’appel du 3 mars. Le: Conseil de la Société des Nations en discuta le 20 avril sous le- présidence de M. Bruce, délégué de l'Australie. Le baron Aloisi précisa qu’un armistice en Éthiopie devait être conditionné par occupation par les armées italiennes des principaux centres et de: là capitale éthiopienne et après une pathétique intervention de M. Wolde Mariam, au nom de . PÉthiopie, le Conseil vota à lunanimité moins la voix de PItalie (et les réserves de l’Équateur qui avait décidé de ne plus appliquer les sanctions dès le moment où l'Italie s'était déclarée disposée à négocier la paix), une résolution qui dispose notamment : « Le Conseil constate également que le 8 mars, le Gouvernement italien, en répondant, à cet appel, acceptait en principe d’entrer dans des négociations concernant le règlement du conflit ;
— Regrette qu’il résulte des informations recueillies par le Président du Comité des Treize et le Secrétariat général, que l'effort de conciliation du Comité des Treize, conformément aux termes de son appel aux deux parties, n’a pas abouti;
— Regrette que, dans ces circonstances, la cessation des hostilités n’ait pu être réalisée et que la guerre continue dans des conditions qui ont été déclarées contraires au Pacte et entraînant l'exécution des obligations prévues, dans ce cas, par le Pacte, pour les membres de la Société des Nations ;
— Adresse à l'Italie un suprême appel pour que dans les circonstances actuelles, qui requièrent la collaboration de toutes les nations, elle apporte à la solution de son conflit avec l’Éthiopie, l'esprit que la Société des Nations est en droit d’attendre d’un de ses membres fondateurs, membre permanent du Conseil. »
Ce suprême appel n’eut pas plus de résultat que les précédents. La guerre continuait. Les armées italiennes pénétraient chaque jour plus avant dans le pays. Les ultimes tentatives de conciliation et de cessation des hostilités dans le respect du Pacte de la Société des Nations avaient échoué. Le départ du Négus et la prise d’Addis-Abeba, la conquête de tout le territoire éthiopien par les Italiens allaient déterminer une situation nouvelle qui allait aboutir à la levée des sanctions, consacrant ainsi l’échec de la Société des Nations.
« Lever les sanctions, cela ne signifie ni passer l’éponge sur ce que l'Italie a fait, ni confesser des erreurs qui auraient été commises par la $S. D. N., ni enfin revenir sur la condamnation solennelle prononcée par cette dernière : c’est simplement reconnaître que les sanctions ont cessé d’avoir une raison d’être pratique. »
Daily Telegraph, 23 juin 1936.
Pendant que la Société des Nation hésitait à étendre les mesures prises en vertu de l’article 16 du Pacte afin de rechercher d’impossibles solutions de conciliation, les armées italiennes poursuivaient la conquête de l’Éthiopie. La supériorité du commandement et de l’armement italiens, amenaïient bientôt les troupes italiennes malgré le courage incontestable des Éthiopiens, aux portes d’Addis-Abeba. Le 2 mai 1936, le Négus, sentant toute résistance désormais inutile, quittait la capitale éthiopienne et se réfugiait à Jérusalem. L’armée italienne du maréchal Badoglio pénétrait trois jours plus tard
1. Voir Bardoux. « La levée des sanctions genevoises et les raisons
de l'initiative britannique » (« Le Temps, 10 juillet 1936). — Bulletin Quotidien, 23 avril 1936. « Bilan des sanctions économiques contre
l'Italie. » — Garvin. « La fin des sanctions. » (The Observer, 23 février 1936.) — Moniteur des intérêts matériels. « La fin des sanctions » (15 juillet 1936). — Européen. « Le problème éthiopien et la Grande- Bretagne » (15 mai 1936). — Le Mois, 1®7 juin-1er juillet 1936. —
Revue politique et parlementaire, juin 1936. — Le Temps, 24 mai 1936, 22 et 23 juin 1936, 10 juillet 1936.
à Addis-Abeba. Le 11 mai, Haïlé Sélassié dans une lettre adressée au Secrétaire général de la Société des Nations ‘, justifiait son départ en indiquant son désir de «mettre fin à la guerre la plus inégale, la plus injuste et la plus inhumaine des temps modernes, en prenant la route de l’Étranger, afin d'éviter l’extermination du peuple éthiopien et de pouvoir se consacrer librement et paisiblement à la conservation de l’indépendance millénaire de l'Éthiopie et aux principes de sécurité collective et de la sainteté des engagements internationaux, tous menacés par l'Italie ». Et le 6 mai, le Duce, dans un discours destiné à annoncer au peuple de Rome l'entrée des troupes italiennes à Addis-Abeba, soulignait que là paix était rétablie et que « l’Éthiopie était définitivement italienne » de fait et de droit. Pourtant bien que vaincu, le Négus n'avait nullement abdiqué. Il demeurait, bien que dépossédé, le souverain légitime, le seul chef légitime de l’Éthiopie. Mais on ne pouvait plus se faire d’illusion sur la décision qui allait être prise à Rome, au sujet de l’Éthiopie. Après consultation du Grand Conseil fasciste et après délibération du Conseil des Ministres, M. Mussolini, le soir du 9 mai, annonça du haut du balcon du Palais de Venise que les territoires et les populations qui appartenaient à l’Empire d’Éthiopie étaient mis sous la souveraineté pleine et entière du Royaume de l'Italie.
Dans la nuit du 9 au 10, le décret d’annexion était promuleué *.