D. N. Questions politiques, 1935, VII, 3, p
Fitaurari Cheffera, gouverneur de Djig-Djiga et de l’Oga den.
Comme vous le savez le Fitaurari Cheffera est actuellement le Chef de l’Escorte éthiopienne qui assura la sécurité de cette commission.
A Walwal, nous vous avons déjà expliqué très nettement le but de notre mission. Nous aimons à croire que vous ignorez la signification du mot « Chifta », parole qui n’est pas employée de cette façon dans une communication internationale.
Nous prenons acte des termes et du ton général de votre lettre que nous ne tarderons pas à remettre à nos Gouvernements respectifs de Londres et d’Addis-Abeba.
Veuillez agréer, Monsieur le Capitaine Cimmaruta, nos salutations distinguées.
Pour le Commissaire éthiopien.
(Signé) Lorenzo TEEZAZ (Signé) E. H. M. CLIFFORD,
Lieutenant-Colonel R. E.
Commissaire britannique.
I1 est certain qu’il n’appartenait pas au Capitaine Cimmaruta de discuter le fond de la protestation de la Commission mixte ; la question de l’appartenance de Oual-Oual ne pouvait être réglée effectivement que par les deux Gouvernements. L’officier italien n’avait pas manqué de le faire remarquer aux commissaires lors de leur entrevue du 24 novembre peu de temps avant le départ de la mission anglaise. Il s’était simplement borné à proposer l’ouverture d’une enquête commune concernant l’incident de la capture du sous-officier somali de l’escorte éthiopienne. La version italienne de cet incident était que le sous-officier, autrefois déserteur de l’armée italienne, s'était volontairement constitué prisonnier. Maïs l’enquête commune proposée n’eut
pas lieu et après le départ de la mission anglaise les difficultés entre Italiens et Éthiopiens ne manquèrent pas de s’aggraver rapidement. Elles furent causées principalement par la volonté des Éthiopiens d’accéder librement, Sans aucun contrôle italien, aux points d’eau indispensables à la subsistance des troupes éthiopiennes. Pendant treize jours Éthiopiens et Italiens se trouvèrent ainsi face à face sans cependant que l’on eût à enregistrer d'incident décisif. Les Italiens prétendirent cependant que les Éthiopiens, qui avaient reçu de nombreux renforts, cherchèrent à provoquer des désertions parmi les troupes indigènes italiennes et les défièrent au combat par des fantasias guerrières, suivant la coutume abyssine.
Le 5 décembre 1934 à 15 h. 30 une bataille s’engagea entre les deux troupes. Les Italiens d’une part et les Éthiopiens d’autre part se défendent d’avoir aucune part dans le déclenchement de cette action. Tandis que les Italiens déclarent avoir nettement distingué le signal de l'attaque donné par un soldat éthiopien, leurs adversaires affirment qu’il y eut attaque inoppinée des éléments italiens. Les deux seules mitrailleuses dont disposait l’escorte, déclarent les Éthiopiens, étaient couvertes de leurs housses ; les chefs et les soldats sauf les sentinelles étaient dans leurs tentes et le commandant en second de l’escorte fut blessé alors qu’il sortait de sa tente personnelle. Quoi qu’il en soit, avec l’aide de leurs avions et d’un char d’assaut les Italiens obligèrent les Éthiopiens à se replier vers Ado situé à 30 kilomètres environ de Oual Oual; les Éthiopiens avaient eu 107 hommes tués et 45 blessés ; les Italiens 30 morts
et 60 blessés.
Dans la matinée du 6 décembre le ministre des Affaires étrangères d'Éthiopie ayant eu connaissance de ces incidents, adressait une protestation orale au chargé d'Affaires d'Italie, protestation qui fut confirmée par deux notes écrites les 6 et 7 décembre. En réponse à ces deux notes le chargé d'Affaires d'Italie, au cours d’une entrevue avec M. Herrouy, ministre des Affaires étrangères d’Éthiopie, l’informa oralement que le Gouvernement italien entendait obtenir la punition des coupables, des excuses de la part du Gouvernement de Harar, le salut au drapeau national italien et une réparation pécuniaire pour les morts et les blessés, réparation dont il se réservait de fixer ultérieurement les modalités. Cette communication fut confirmée par une note orale dans la journée du 8 et par deux notes écrites le lendemain 9 décembre.
Cependant, la Commission mixte, ayant quitté défnitivement Ado le 8 décembre 1934, les avions militaires italiens survolèrent cette localité ce même jour. Les témoignages du lieutenant Collingwood et du caporal Griffith rendent le fait incontestable. Après le départ de ces derniers, alors que l’arrière-garde de l’escorte de la Commission était demeurée dans le village, un avion militaire italien lança sur Ado 5 bombes. Les reconnaissances d'avions militaires italiens continuent ainsi dans toute la province d’Ogaden et des bombes auraient été notamment lancées sur un poste éthiopien situé à Guerlogubi. Devant ces faits, dans une note du 9 décembre 1934, le Gouvernement abyssin demanda l'application de l’article 5 du traité d'amitié, de conciliation et d'arbitrage du 2 août 1928 1,