CHAPITRE V L'œiiTre de rAssoolatlon
Il nous reste à examiner, en quelques lignes, si l'Association avait atteint le but quelle s'était proposé, lors de sa création, et si tous ces généreux dévouements avaient servi la noble cause du roi Léopold.
L'Association poursuivait trois desseins :
i^ Organiser le service de ravitaillement des caravanes vers l'intérieur : il y avait à présent à Tabora, point médius entre la côte et le lac, un magasin de marchandises oii les caravanes pouvaient échanger leurs objets inutiles et se pourvoir de ceux qui leur manquaient; les transactions avec les Arabes y avaient été facilitées. A Karéma, il y avait des provisions de vivres, de superbes plantations, et les blancs pouvaient y prendre un repos salutaire avant de continuer leur route vers l'intérieur : beaucoup de voyageurs de nationalités différentes y avaient reçu l'accueil le plus sympathique et la plus large hospitalité leur avait été accordée. De l'autre côté du lac, Mpala était en état de pourvoir à la subsistance de nombreux blancs, et, par sa situation exceptionnellement salubre, constituait un excellent emplacement pour le rétablissement des voyageurs épuisés par les maladies et les fatigues.
i^ Sous le rapport de la science, il est incontestable que les expéditions belges ont étendu considérablement le domaine des connaissances géographiques et servi à relever et à réparer des erreurs commises par les précédents voyageurs; MM. Gambier et Storms ont fourni des données précises sur la configuration du sol et le système hydrographique de la contrée. Ils ont aussi recueilli des observations météorologiques et astronomiques qui ont été de véritables révélations. Enfin, leurs collections de toute espèce ont
fourni des documents précieux pour Tétude des sciences naturelles, de la géologie et de lethnographie.
S"" Au point de vue humanitaire, un grand progrès avait été accompli : nous avons vu que de nombreuses tribus étaient venues solliciter le protectorat de nos stations ; que les blancs étaient parvenus à leur enseigner le travail, la culture et l'agronomie et à leur inculquer des principes d'honnêteté, de justice et d'équité; que les cruels instincts de ces tribus avaient été adoucis : ainsi, dans beaucoup d'endroits, les indigènes avaient renoncé à ces massacres d'innocentes victimes dont de brutales superstitions ensanglantaient la sépulture des chefs décédés ; que les guerres civiles étaient moins fréquentes et que le blanc était souvent choisi pour arbitre par les belligérants. Quant à l'esclavage, nos courageux officiers avaient réussi à l'empêcher dans les territoires placés sous leur protection.
En outre, au point de vue pratique, l'Association voyait chaque jour le mouvement du commerce européen se porter davantage vers les régions de l'Afrique; des sociétés privées s'étaient fondées et commençaient à utiliser l'esprit d'échange qui caractérise les indigènes de l'Afrique orientale.
£t c'est en moins de huit années que ces résultats superbes avaient été accomplis. Les nobles aspirations royales avaient reçu une réalisation dépassant toutes les espérances ; le but entrevu avec tant de clairvoyance était près d'être atteint. Aussi, avant de quitter cette terre lointaine oii les nôtres ont si vaillamment combattu le beau combat pour l'Humanité, où certains d'entre eux dorment éternellement un sommeil glorieux, nous saluons ces héros, et nous leur disons que le Roi et la Patrie n'oublient pas leurs noms, qui brilleront un jour au frontispice du monument qui célébrera ces odyssées modernes !