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CHAPITRE VI L'œuvre des capitaines Eanssens et Croqullhat

LE CAPITAINE HANSSENS SUR LE HAUT-CONGO. DÉCOUVERTES. — FONDA- TION DE BANGALA PAR LE LIEUTENANT COQUILHAT. AUX FALLS. —

ENTREVUE AVEC M. DE BRAZZA. — MALADIE ET MORT DU CAPITAINE HANS- SENS. LE CAPITAINE JUGÉ PAR M. DE BRAZZA. — COQUILHAT ET LES

BANGALAS.

Le 34 mars 1884, le capitaine Hanssens quitta Léopoldville pour aller inspecter les stations établies par Stanley, et s'assurer des progrès réalisés. Comme Stanley, il prenait avec lui les steamers En Avants A. I. A. et Royal; il était accompagné de MM. Courtois et Wesler, qui devaient commander les Falls, et de MM. Âmelot, Drees, Guérin et NichoIIs. Le 17 avril, il arriva à rÉquateur. Non content de faire de sa station la plus belle du Congo, le lieutenant Van Gèle avait entrepris des explorations dans les environs et reconnu le cours du Ruki, qui se jette dans le Congo à cinq kilomètres de la station, et que Stanley confondait avec le Kassaï.

Hanssens découvrit avec le lieutenant Van Gèle Tembouchure de rUbangi, quil remonta en longeant la rive gauche. Il y trouva une population extrêmement dense et y conclut avec le chef du village dlbuzi un traité qui acquit par la suite une grande importance à cause des contestations survenues avec la France.

Il prit avec lui, à l'Equateur, le lieutenant Coquilbat, qu'il conduisit chez les Bangalas, où il le chargea d'établir une station au milieu d'une des populations les plus sauvages et les plus cruelles de rAFrique; il vit ensuite Tembouchure de la Mongalla, qu'il explora et que les indigènes lui déclarèrent venir d'un grand lac intérieur appelé Bukumba; il remonta l'Itimbiri sur un parcours de 75 kilomètres et baptisa cet affluent du nom de rivière Liagre.

Enfin, il établit à l'embouchure de l'Âruwimi, le poste d'Aruwimi. Ce poste, composé de trois hommes, fut confié aux indigènes basekos et eut le plus triste sort : deux hommes furent mangés par les naturels et le troisième, qui s*était enfui dans les bois, fut recueilli plus tard par le capitaine Van Gèle lorsqu'il constata la disparition du poste.

Le 3 juillet, Hanssens atteignit les Stanley-Falls : l'Écossais Bennie, seul depuis le départ de Stanley, était parvenu à maintenir la bonne harmonie parmi les chefs de la rive et s'entendait parfaitement avec les Arabes qui étaient établis à proximité de Tlle Usana; il avait augmenté considérablement les installations de la station. Malheureusement, Hanssens avait eu en route à déplorer la mort de M. Courtois, survenue le 26 juin, de sorte qu'il remit le commandement des Falls à M. Wester, officier suédois des plus distingué et des plus capable, en lui adjoignant M. Louis Amelot (1). Le lieutenant Wester commanda les Falls jusqu'au commencement de 4886, et les excursions qu'il fit dans l'intérieur apportèrent des renseignements importants sur cette partie inconnue de l'Afrique.

Hanssens rentra à Léopoldville en août, enchanté des constatations qu'il avait faites aux différents postes de TÉtat et de l'accueil empressé que lui avaient réservé les populations sur tout son parcours.

Le 30 août, se sentant malade, il envoya M. Westmarck, sujet suédois, à bord du steamer le Royal visiter et ravitailler les stations du Haut; entre Bolobo et Loukoléla se produisit un accident à peu près unique en l'espèce : le steamer fut attaqué par un énorme hippopotame, qui perça la coque du bateau, et l'on eut toutes les peines du monde à mener le Royal à la rive avant qu'il ne sombrât (2). A Bangala, M. Westmarck trouva le lieutenant Coquilhat

(1) Looia Amelot monnit pen après par saite d*ane imprudence héroïque : il forma le projet de rentrer en Europe en traversant TAfrique par Nyangué et le Taqganyka. Parti le l^''' novembre 1884 avec Tippo-Tip, sans équipement suffisant et nianquant de tout confort, il mourut, à mi-chemin de Nyang^ié, de la fièvre hématorique.

(2) Un semblable accident arriva à M. A. Delcommune lors de son exploration da Lomami en 1890, lorsqu'il remontait cet affluent pour se rendre dans le Katanga.

en pleine activité : la station s*édifiait rapidement et les premières difficultés s'aplanissaient grâce au tact et au caractère calme et sérieux de Coquilhat, qui y tenait haut et ferme le drapeau de TÂssociation au milieu des peuplades canqibales. Quelque temps après, M. Westmarck fut adjoint au lieutenant Coquilhat; mais ce dernier n*eut pas à se louer de ses services : M. Westmarck, qui a pris une si mince part à Tœuvre royale, est du reste plus connu par la campagne de malsaine jalousie et de systématique dénigrement qu*il entreprit contre TÉtal vers i890 et qui avorta piteusement.

En septembre, Hanssens, accompagné de M. Casman et da lieutenant suédois Gleerup, se rendit à Bolobo et à Kuamouth : c*est de là qu'il traversa le fleuve pour rendre visite, à Ganchu, à M. de Brazza, qui y séjournait momentanément. L*enlrevue fut des plus cordiale. Dans la suite, M. de Brazza fut amené à faire un éloge du capitaine Hanssens, qui avait produit sur lui la meilleure impression : à la fin de 1885, le capitaine. Coquilhat donna, sur Tœuvre de Hanssens, une conférence à la Société de géographie. M. de Brazza se trouvait dans la salle. Reconnu, il fut aussitôt invité à prendre place au bureau : après la conférence, il prononça quelques paroles, raconta Tentrevue qu'il avait eue avec le capitaine, dont il se plut à vanter le caractère et les qualités, et il rappela les derniers mots que Hanssens lui avait adressés au sujet du grand but de civilisation poursuivi en commun par la France et la Belgique : ce L'Afrique est assez grande ; qu'avons-nous à nous jalouser : ne « sommes-nous pas un peu cousins germains? »

L'excursion de Kuamouth fut fatale au capitaine Hanssens : sentant ses forces considérablement épuisées, il se décida à prendre du repos en Europe ; il remit le commandement du Haut-Congo au lieutenant Van Gèle. Celui-ci installa à l'Equateur M. Casman, qui s'engagea ensuite dans une mission, puis passa à une compagnie, et mourut, le H mai 1885, à Équateurville (factorerie belge).

Hanssens retourna à Vivi, où il demeura quelque temps; mais, esclave de son devoir, il voulut revoir une dernière fois les Falls avant de rentrer en Belgique, et un accès de fièvre bilieuse l'enleva à rOEuvre royale, à laquelle il s'était si admirablement dévoué, le

LI (UFITUm HÀNSeBIiS

38 décembre 1884, après trois jours â*alroces souffrances, malgré les soins empressés que lui prodigua le docteur Lesiy.

Le souvenir du capitaine Hanssens vivra dans Thistoire du Congo comme celui dun héros : ce fut un vaillant soldat, rompu à toutes les exigences, à toutes les privations de Texistence africaine ; doué d'un tempérament de fer et d'un caractère d*une douceur et d'une équité remarquables, il savait se faire aimer au premier abord; il s'attachait ses égaux par le charme exquis de sa conversation et ses inférieurs par le tact avec lequel il savait donner ses ordres et faire ses observations.

Dans ses relations avec les indigènes, Hanssens a témoigné de la plus habile diplomatie, et pendant son long séjour en Afrique, il a su dénouer les situations les plus tragiques sans l'effusion d'une goutte de sang. Le récit que nous avons fait de ses explorations a suffisamment démontré 1 infatigable activité et Tindomptable énergie qui ont fait dire de lui, par Stanley, qu'il avait « l'ambition haute, le feu sacré qui distingue l'homme supérieur ».

Hanssens a fait honneur à la Belgique et à son Roi (1).

Nous avons vu précédemment que le lieutenant Goquilhat, arrivé au Congo en i88â, avait d'abord été adjoint au capitaine Hanssens, avec lequel il avait fait le voyage de Bolobo; puis Stanley Tavait chargé d'aider le lieutenant Van Gèle dans la fondation de la station de l'Equateur. Hanssens ayant conclu un traité avec Mata-Buiké, chef de la région des Bangalas, alla relever Coquilhat de l'Equateur et l'emmena à Bangala. Le premier mouvement des indigènes fut celui de la méfiance ; seulement, « avec sa grande connaissance du cœur humain, sans se laisser entraîner par ce premier mouvement de froideur, Hanssens descendit à terre avec sa pipe et sa blague à tabac, ses armes habituelles ; perçant les groupes, il se mit à presser cordialement la main des natifs étonnés, qui, secoués par l'étreinte du voyageur, abandonnèrent leurs lances. Cet acte d'une tranquille audace lui conquit leur estime; il alla ensuite au chef et lui donna une forte poignée de main, sans lui demander si

(l) Le lientenànt Coqailhat a fait, dans une conférence donnée, le 26 janvier 1886, à la Société belge de géographie, an portrait vivant du capitaine Hanssens, dont il avait été à même d'apprécier les précieuses qualités.

cela ui convenait; sous l'énergique pressioa de cette main, le chef ne résista pas et un pacte d'amitié fut bientôt conclu (1). »

Quatre mois après, avec un personnel de trente et un hommes seulement. Goquilhat avait construit un bâtiment de trente mètres de long sur buit de large, avait garni cette maison d'un mobilier

complet : tables, bancs, chaises, lits, confectionné par ses Zanzibarites; un beau jardin s'étendait aux environs de la station, qui possédait déjà des troupeaux de chèvres et un poulailler abondant. Pendant tout le temps qu'il conserva le commandement] de la station, Goquilhat sut maintenir des relations amicales avec les Bangalas ; à part quelques démêlés qui furent aplanis grâce au

(1) Extrait d'une uonfiirence faite par le capitaine Coquilhat à la Sociétâ bel^ de géographie sur La tribu des Bangalas, le 12 norembre 1885.

tact et à la sage justice du commandant, les habitants de la station et les indigènes vécurent dans les meilleurs termes. Dans son livre Sur k Haut-Congo, Goquilhat raconte d'une fagon vivante toutes les péripéties de son séjour aux Bangalas, et son ouvrage, écrit dans une langue claire et précise, présente l'intérêt de la variété et de rémotion. Nous y renvoyons le lecteur désireux de suivre l'Européen dans toutes les occupations quotidiennes de lexistence de station eu Afrique (1).

(l) Dans la suite, le capitaine Goqailhat, après on court séjour en Europe, fut nommé Tice-gouyemeur général du Congo. Le malheureux officier n'eut pas le temps de déployer dans les hautes fonctions dont le Roi Tavait investi les brillantes qualités qui rayaient désigné au choix royal, car la mort vint le surprendre dès le début de ta nouvelle carrière.

Le capitaine Coquilhat restera Tune des physionomies les plus sympathiques de Tarmée belge et Tua des principaux soutiens de TŒavre africaine, qui le compte parmi ses premiers et ses plus ardents pionniers.

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