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CHAPITRE VII L'exploration dn Kassal

LE LIEUTENANT ALLEMAND WISSMANN. — FONDATION DE LULUABOURG. — LE RUA EST l'embouchure DU KASSAÎ. — LE LIEUTENANT MASSARI. — LE DOCTEUR WOLF SUR LE SANKURU. — HOSTILITÉ DES INDIGÈNES.

Jusqu'en 1883, le cours supérieur du Kassaî avait été Tobjet de plusieurs explorations qui avaient donné des résultats assez douteux et n'étaient pas parvenues à renseigner le monde géographique au sujet du cours de ce fleuve ni de Tendroit où il se jette dans le Congo. Le docteur allemand Pogge avait reconnu le Kassaî supérieur jusqu'à son confluent avec la Lulua.

Le roi Léopold, comprenant l'importance qu'il y avait à explorer cette partie de rAfrique, engagea à son service particulier le lieutenant allemand Wissmann (1), qui accepta le commandement d'une expédition dont tous les frais furent supportés par Léopold IL Au mois de février 1884, Wissmann se trouvait à Malenge, où il rencontra le docteur Pogge, qui lui céda sa caravane, avec laquelle il arriva en novembre 1884 à Lubuku, à quelques degrés sous le C"" parallèle sud, résidence du chef de la tribu des Balubas.

L'accueil regu du chef fut des plus cordiaux et Wissmann obtint facilement le droit de bâtir une station sur son territoire. Trois mois après, quelques bâtiments s'élevaient sur la rive gauche de la Lulua, presque au sommet d'une montagne qui domine une immense étendue de terrain, au milieu d'un pays fertile qui produit à mer-

(1) Herman Wissmann, lieutenant d*infanterie allemande, né en 1853 à Francfortsnr-Oder, 8*était distingaé par la remarquable traversée de TÂfrique qa*il fit de iSaint-Paul de Lôanda à Sad&ni pendant les années 1881 et 1882. L'empereur d'Allemagne a anobli cet éminent officier pour le récompenser des services nombreux qu'il a rendus à son pays, pendant ces dernières années, dans les possessions aile* mandes de la côte orientale. Il est actuellement lieutenant-colonel et occupe les fonctions de commissaire de Tempire allemand sur une partie des possessions allemandes en Afrique.

veille. La situation de Luluabourg ea fait une station exceptionnellement salubre et lui a valu le surnom de « Paradis du Congo ». La station fut laissée à la garde du charpentier Bugslagb, etWissmann o^anisa immédiatement l'expédition qui devait opérer la descente de la Lulua et du Kassaï. Il avait comme adjoints le docteur Wolf, chaîné spécialement de la reconnaissance scientifique, et

LE LMUTEHAST WIBSIUKII.

le lieutenant autrichien von François, à qui était dévolu le soin de prendre les notes nécessaires pour établir la carte de la région traversée. Le roi Mukengé s'offrit spontanément à aider Wissmann à la construction d'un immense canot et À l'accompagner dans son excursion. Le 28 mai i885, la descente du fleuve commença : la flottille se composait du grand canot portant Wissmann, von François et Wolf, ainsi que le lieutenant Mûller, et d'une

vingtaine de pirogues conduites par cent cinquante indigènes balubas, que Wissmann était parvenu à enrôler. Un seul accident marqua le voyage : deux indigènes se noyèrent dans des rapides, près du confluent de la Lulua et du Kassaï, que l'expédition atteignit le 5 juin : le Kassaï y est très large et couvert d*tles. Le iO juin, Wissmann découvrit Tembouchure du Sankuru, rivière importante qui vient de Test; les indigènes des deux rives étaient très paisibles et très accueillants. La tribu cannibale des Bakutus, qu'ils rencontrèrent le 25 mars sur la rive gauche, attaqua leur camp à deux reprises, mais Wissmann les repoussa énergiquement et leur enleva toute idée de renouveler leurs tentatives de pillage. Le 2 juillet, il passa devant Tembouchure du Koango, affluent de gauche, et deux jours après, les eaux noires d'un affluent de droite lui révélèrent la Mfini, que Stanley avait remontée jusqu'au lac Léopold II. Le fleuve, ici, a une très grande largeur et coule entre deux rives d'aspects bien diflërents : à gauche, ce sont des plaines immenses, dont le ciel borne l'horizon, à peine couvertes de végétation et peuplées d'éléphants, tandis que le long de la rive droite s échelonnent de nombreux villages et apparaît une population dense et pacifique. Enfin, le 9 juillet, Wissmann déboucha dans le Congo, à Kuamouth, après quarante-deux jours de navigation. Cette arrivée imprévue au grand fleuve fut une révélation pour le monde géographique : c'était la solution du problème du Kassaï, dont le Kua, découvert par Stanley, n'était autre que le cours inférieur. Pendant ce long et fatigant voyage, Wissmann avait eu à déplorer la mort du lieutenant Mû lier, tombé victime de la fièvre à Lubuku, et d*un forgeron, M. Meyer; le reste de l'expédition était en bonne santé. Mais Wissmann dut retourner peu après à la côte, sérieusement malade. Quant aux indigènes balubas, dont un grand nombre étaient afiaiblis par le voyage qu'ils venaient de faire, ils furent reconduits quelque temps après dans leurs villages par le docteur Wolf, sur le vapeur Stanley, que l'administrateur général M. de Winton avait mis à sa disposition.

En 1884, le lieutenant Massari, de l'armée italienne, fil une reconnaissance du cours inférieur du Koango, mais les résultats n'eurent pas de portée sérieuse; il y rencontra une population

pacifique et toute préparée au contact des blancs : il établit à Mbusie une station qui fut abandonnée par la suite.

TtCEB DE BALtJBAS.

En janvier 18â5, le compagnon de voyage de Wissmann, le

docteur Wolf (1), regul du Roi une mission particulière, dont les frais furent supportés encore une fois par la générosité royale et qui avait pour objet Texploralion du Sankuru et du bassin du Kassaî; le docteur Wolf eut pour adjoints le capitaine von der Felsen et M. Bateman. 11 commença par fonder la station de Luebo, au confluent de la Lulua et d'un petit affluent de gauche, le Luebo. Puis, à bord de FEn Avant, il remonta le Sankuru, affluent de droite du Kassaî; le docteur Wolf reconnut le cours complet de ce fleuve, navigable sur presque tout son parcours et qui, à certaines places, atteignant une largeur de 3,000 mètres, prend laspect d*un lac calme et majestueux. Wolf eut à redouter à plusieurs reprises Thostililé des indigènes, surtout celle des Bassongos, tribu féroce habitant les rives du Sankuru à environ vingt milles en amont du confluent : « Les B^ssongos Menos rencontrés plus en amont encore, dit le célèbre voyageur, avaient pour chef Tongalata; ils semblaient très hostiles et s avouaient franchement cannibales. Quand j*abordai, VEn Avant devait être réparé, il avait une voie d*eau ; les vêtements, les cartouches, tout était mouillé et devait être séché sur la rive.

» Bientôt plusieurs canots remplis d'indigènes sapprochèrent. Tous étaient armés d*arcs et de flèches. Ils étaient très étonnés de voir un blanc, mais ne semblaient nullement s*en effrayer. Un de mes Balubas, qui était de forte stature et bien musclé, attira leur attention. On les entendit se dire que nous pouvions être facilement tués et qu'on s'emparerait de toutes nos belles choses. Leur chef Tongalata semblait déjà croire que j'étais entièrement à leur disposition et n*hésita même pas à me le dire. Nos fusils ne leur semblaient pas être des armes.

» 11 fallait faire quelque chose pour eflrayer ces indigènes hostiles, si nous ne voulions pas courir le risque d'être rapidement accablés par le nombre qui augmentait' toujours. Obéissant à une idée subite, je tirai mon revolver et le déchargeai tout contre Toreille du chef. Le résultat fut stupéfiant. Tongolata eut si peur

(l) Loais Wolf, né en 1851 à Hagen (Hanovre), médecin du régiment saxon des retires de la garde, mourut à la fin de 1889, dans le Togo allemand, pendant un voyage de découvertes.

as

que, tremblant de tout son corps, il se prit par les oreilles ; le tintement lui faisait croire probablement qu*il ne les avait plus. Tous les indigènes semblaient stupéfiés et pleins d*horreur. Dès que le chef s*apercut qu il n*était pas blessé, il m'assura être mon meilleur ami et pour preuve me fit présent de deux poulets (1). »

Wolf reconnut le confluent du Lubi et continua à remonter le cours du Sankuru jusqu'à Mona-Kachich : en amont le Sankuru est encore navigable sur un parcours de quelques milles, puis le c^urs est obstrué par des rochers et des rapides qui rendent impossible aux steamers tout accès du cours supérieur : Mona-Kachich est en communication avec Nyangué et les Arabes ont importé dans cette partie de TÂfrique des fusils et de la poudre.

En redescendant le Sankuru, Wolf découvrit un affluent de droite, le Lubefu, qu'il crut à tort être le Lomami, quoique plusieurs raisons plaidassent en faveur de cette hypothèse; puis il rencontra au confluent de la Lulua le lieutenant Wissmann qui, guéri, y avait été mené à bord du Peace par M. Grenfell. Au commencement de Tannée 4887, ils remontèrent ensemble le cours du Kassaî sur un parcours de 90 kilomètres en amont du confluent de la Lulua, mais ils furent arrêtés près du 6"" parallèle sud par des cataractes que Wolf baptisa du nom de Wissmann-Falls.

En mai 1886, ils avaient rencontré à Luebo le capitaine belge de Macar qui, avec le lieutenant Paul Le Marinel, allait prendre le commandement du district de Luluabourg.

(1) Extrait d*un disconra lu par le D' Wolf, en septembre 1887, à la section de géographie de la British Association et reproduit dans le Bulletin de la Société de géographie de Bruxelles (livraison de janvier-féyrier 1888).

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