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EXPLORATION DE L*INKISSI ET DE LA LOPORI. DEUXIÈME EXPLORATION

DE L*UBANGI.

Le lieutenant Ernest Baert, chef du district des Bangalas, non content de s'occuper activement de sa belle station de Bangala, voulut attacher son nom à des découvertes, et il fit à la fin de 1886 lexploration de la Mongalla, grand affluent de droite qui se jette dans le Congo un peu en amont de la station de Nouvelle-Anvers (Bangala). Cet affluent avait été remonté le 26 novembre 1884 par MM. GrenFell et Goquilhat qui, la jugeant à tort de peu d*importance, s'étaient arrêtés après un parcours de SO kilomètres environ. Parti de Bangala le 23 novembre 1886, à bord de TA. I. A., le lieutenant Baert remonta la Mongalla pendant 66 heures de vapeur : à partir du point reconnu par GrenFell et Goquilhat, situé à quelques minutes au-dessus du 2' parallèle nord, le fleuve prend une direction à peu près uniforme : nord-est; M. Baert découvrit successivement les peuplades importantes des Akulas, qui le reçurent avec empressement, puis le groupe des N'Sambis (Inengu, Majocko, Lulungonu) qui se montrèrent plus défiants.

Les Bakutus et les Bombia, rencontrés plus loin, firent des démonstrations franchement hostiles, et, après avoir empêché le steamer d aborder, lattaquèrent vigoureusement. M. Baert parvint pourtant à les repousser, de même que, à Popolo, il eut à soutenir un chaud combat contre les Mabalis qui montèrent à lassaut du vapeur, et ce n'est que grâce à sa présence desprit et à sa froide résolution qu il sortit victorieux de la lutte. Sans se laisser émouvoir

LB LUDTEKAHT BABRT, INSFECTEDB d'ëTAT,

par cet accueil hostile, M. Baert poussa courageusement en avant jusqu'à Monguandié, au confluent de TEbola et de la Dua, chez les Bakopos; il atteignit ce point le 1""' décembre 1886. Quatre ans plus lard, il installa une station à cet endroit; en décembre 1891, il remonta TEbola (affluent de la Mongalla) et il fonda une station à Moboîka. Le capitaine suédois Schâegerstrom fit en mars 1892 la route, par voie de terre, entre le poste de Banzyville, sur TUbangi et la station de Monguandié, sur la Mongalla : il suivit la crête de partage des eaux de TEbola et de Tlkéma.

En 1890, le lieutenant Baert remonta la Maringa, que MM. Grenfell et von François avaient reconnue précédemment, et dépassa de 20 heures de navigation le point où s'étaient arrêtés ces deux explorateurs; il n*hésita pas à pousser jusqu'au camp arabe de Munia- Âmami, dont les hommes dévastaient le pays, et, le 17 janvier, il installa à Buru un poste solide destiné à empêcher les déprédations de ces bandits.

Les explorations du lieutenant Baert ont une grande importance, car la Mongalla peut devenir un chemin direct vers TUbangi et rUellé, et plus tard on pourra ouvrir une route entre cette rivière et rUbangi, ce qui permettra de se transporter plus directement et plus rapidement de la station de Bangala vers le nord de TÉtat. Le jeune et courageux oflicier s*est distingué en bien d'autres circonstances encore, spécialement dans le commandement du district des Bangalas, qu'il a occupé à deux reprises, la seconde fois pendant trois années consécutives ; les brillantes qualités qu'il a révélées Tont fait désigner pour le poste d'inspecteur d'État, et le gouvernement du Congo l'a chargé d'aller prendre le commandement de l'expédition du capitaine Van Kerkhoven, mission pleine de périls, de dangers et qui nécessite un commandant énergique et doué d'initiative et de fermeté. Le lieutenant Baert s*est embarqué pour sa nouvelle destination le 6 janvier 1893.

L'exploration de l'Ubangi, qui fut effectuée vers la même époque, est l'une des plus importantes qui aient été accomplies au Congo, car elle était destinée à faire la lumière sur la fameuse question de rUbangi-Uellé, qui, malgré les découvertes et les données précises du missionnaire Grenfell et du docteur Junker, continuait à être

iobjet de discussions passionuées, surtout en France. Décidé à donner une solution à la question, le Roi chargea le capitaine Van Gèle de celle mission. Le capitaine Van Gèle prit comme adjoints le lieutenant Liénart, de l'artillerie, le capitaine de steamer Van der Felsen, le mécanicien Leeseman et une quarantaine de noirs.

L'expédition quitta TÉquateur le ii octobre 1886; le 13, elle traversa le delta que forme Tembouchure de TUbangi, et pénétra dans ce fleuve; le 14, Van Gèle eut une discussion avec le chef d'un poste français, établi sur la rive gauche du fleuve, qui voulait empêcher le passage ; le capitaine protesta au nom de la Conférence de Berlin qui accorde la libre navigation sur les affluents du Congo, et passa outre : il rendit visite au chef N*Koko, d'Ibuzi. à qui il demanda à revoir le traité signé deux ans auparavant : « Il alla aussitôt le chercher : un numéro de la Belgique militaire lui servait d'enveloppe; quatre signatures étaient apposées au bas de l'écrit : celles de Hanssens, Courtois, Âmelot et la mienne. On comprendra facilement Témolion qui m'empoigna à ce moment: c'étaient les noms des compagnons de mon premier voyage sur l'Ubangi, tous morts. » La navigation sur le fleuve fut facile, à cause de la crue des eaux à cette époque de Tannée. Le premier affluent rencontré fut la Nghiri, à 0"^ 20' environ au-dessus de l'Equateur : cet affluent suivait la même direction que l'Ubangi. Jusqu'au 4* parallèle la largeur varia entre 2,300 et 1,200 mètres; sur la rive droite du fleuve sont établis les Baloys, population de pirates dont la seule occupation est de faire des excursions lointaines pour voler des esclaves et de l'ivoire; plus haut. Van Gèle rencontra les Bayatis, tribu travailleuse et industrieuse, très experte en matière de pêcherie, et composée d'hommes forts et bien découplés, qui, de temps à autre, font la gueire au loin pour se procurer des esclaves qu'ils mangent immédiatement : Van Gèle y fut bien reçu, mais ne parvint que difficilement à acheter des vivres, et il ne put décider ces sauvages à lui vendre les malheureux esclaves qui allaient devenir leur proie.

Un peu au delà du 4* parallèle, Van Gèle rencontra les premiei*s rapides, près du village de Zongo : il s'y trouva en présence d'un

massif montagneux de 6 à 800 mètres d'élévalion. Le ûeuve était obstrué par quatre blocs roclieux, entre lesquels les eaux de l'Ubangi se précipitaient avec une violente rapidité en formant des tourbillons. Van Gèle déploya là cette indomptable énergie qui le caractérise : il tenta de lancer, à une pression de six atmosphères, son petit steamer dans un passage oCi la vitesse du courant était de 7 milles : « Je m'élançai à toute vapeur; le steamer fila d'abord

TtPl£8 DB BAKO&LAS DISOEHDDB A fiOUï.

très vite, puis ralentit sa marche, enfla n'avança plus, et se mit à dévier, poussé vers la rive où se trouvaient des rocs. Je donnai ordre de retourner; ce fut un moment très critique, car te bateau, pris de travers par le courant, s'inclina fortement à tribord ; l'eau y entra avec abondance, et il était à craindre que le foyer ne fût éteint. Enfin je pus regagner mon campement sans accident. » Des tentatives furent encore faites et M. Liénart essaya de pousser une reconnaissance en allège, mais elles n'aboutirent pas. Il ne fallait pas non plus songer à transporter le steamer au-dessus

des rapides; le capitaine Yan Gèle n*élait pas outillé pour cette opération, et la population riveraine n*était pas assez nombreuse pour lui apporter une aide efficace. Le capitaine Van Gèle se décida à regret à retourner à l'Equateur, où il arriva le 4 décembre 1886. L expédition avait découvert trois affluents de TUbangi : à gauche, le Nghiri, rivière d'environ 100 mètres de largeur à l'embouchure, et, à droite, en remontant le cours, l'Ibenga et le Lobaî, tributaires peu importants.

Exploration de lInkissi. — En novembre 1886, le lieutenant suédois Hakansson, accompagné du docteur von Schwerin, remonta à pied les bords de Tlnkissi, petite rivière qui se jette dans le Congo au Pool; ils reconnurent que la rivière a une direction nord-sud bien déterminée, que la navigation y est impossible à cause des nombreux rapides, et que tout le bassin de Tlnkissi est fertile, boisé et habité par une population aussi pacifique que nombreuse.

Exploration de la Lopori. — En février i887, le capitaine Yan Gèle, avec le lieutenant Liénart, fit un voyage de douze jours dans le Luiengo, affluent de gauche du Congo, qui se jette dans le fleuve au-dessus de TÊquateur. Les rives du fleuve sont très peuplées et les indigènes tout disposés au commerce d'échange. Yan Gèle pénétra dans la Lopori, sous-affluent non encore exploré; la navigation y Tut difficile à cause de nombreux bancs de sable ; les tribus n'habitaient pas les rives, mais un grand nombre de chemins partant de celles-ci et les canots amarrés près de la rivière indiquaient qu'il se trouvait en présence d*une population de pêcheurs; il fut impossible d'aborder à cause de l'attitude farouche des indigènes. Yan Gèle a constaté que la direction du cours de la Lopori est sensiblement identique à celle du Congo.

La Lopori fut explorée de nouveau en mai 1890 par le lieutenant Baert; celui-ci dépassa le point atteint par le capitaine Yan Gèle et poussa jusqu'au village de Longoli. 11 constata l'existence de deux affluents importants, le Bolombo et le Yekokoro. Âu' retour il fonda une station au confluent de la Lopori et de la Haringa,

à Bassukussu. Le commandement en fut confié au lieutenant Lothaire qui s'y distingua en réprimant vigoureusement la traite des noirs, une des plaies du pays. Le lieutenant Lothaire a été dans la suite nommé commissaire du district de Bangala, lors du retour de M. Baert en Europe.

Deuxième exploration de lUbangi. — N'ayant pas réussi au gré de ses espérances lors de sa première tentative, le capitaine Yan GèlCt sans attendre les instructions de Bruxelles (qui par un hasard curieux mais significatif, lui indiquèrent précisément l'itinéraire qu'il avait choisi), résolut de remonter le cours de Tllimbiri jusqu'à Lubi et de franchir à pied la distance qui le séparait de TUellé, dislance que, d*après les renseignements fournis par le docteur Junker sur rUellé, il évaluait à 30 milles; ce projet ne fut pas réalisé; en arrivant à Lubi, le capitaine Van Gèle constata qu il y aurait un danger grave à s'engager dans une contrée dépourvue de population et où il était difficile, sinon impossible, de se procurer des vivres.

Le 26 octobre i 887, ayant obtenu du gouverneur général, M. Janssen, (En Avant pour recommencer son exploration, le courageux et infatigable voyageur reprit le chemin de TUbangi et arriva de nouveau aux rapides de Zongo le 21 novembre. Ayant laissé FEn Avant amarré dans une baie, à la garde du capitaine de steamer, qui devait percer une route dans la forêt pour transporter le bateau au delà des rapides, Yan Gèle, accompagné du lieutenant Liénart et de 25 hommes, dépasse les chutes en pirogue et arrive, après un parcours de seize milles, aux chutes de Bunga. Il acquiert la conviction que son steamer pourrait franchir ces chutes, et retourne à Zongo : on démonte le steamer, on le transporte le long de la rive, et tEn Avant reprend sa course sur le fleuve ; Yan Gèle passe successivement les chutes de Bunga et de TÊIéphant, échangeant ses marchandises avec les tribus riveraines et prenant possession des territoires au nom de l'État : le pays traversé est fort beau et très peuplé. Après une navigation de huit jours, nouveaux rapides (de Buzy) franchis en s'aidant de câbles : à cet endroit, la population est très nombreuse et très belle, de plus, hospitalière et

facile aux transactions : les indigènes viennent offrir des pointes d'ivoire à Van Gèle, qui ne peut les acheter à cause du chargement déjà trop considérable de son steamer et de sa pirogue. Le l^"* janvier 1888, le steamer entre dans le pays des Yakomas : là, les hostilités commencent; le bateau ayant donné sur un roc, une large voie d'eau s*y produit ; le lieutenant Liénart opère aussitôt le déchargement de la cargaison sur la rive ; déjà les indigènes y étaient rassemblés et faisaient des protestations d'amitié. On enlève Teau de PEn Avant^ que le capitaine Van Gèle conduit à une petite ile située à 500 mètres de la rive. Mais, pendant que le lieutenant Liénart recharge les marchandises dans la pirogue, il est traîtreusement attaqué par les indigènes, qui lui tuent deux hommes à coups de lance : Liénart riposte par des coups de feu qui mettent les noirs en fuite, puis il parvient à gagner l'ile.

Le steamer nécessitait de sérieuses réparations : le 5 janvier, Van Gèle allait continuer son voyage, lorsqu'il fut attaqué par les Yakomas : « Vers une heure, raconte le capitaine Van Gèle, nous voyons déboucher en amont une soixantaine de pirogues, contenant en moyenne chacune vingt guerriers. Leurs intentions ne sont pas douteuses. En même temps, la vigie placée dans un arbre annonce rapproche d*une troupe d'indigènes couverts de leurs boucliers. Ces indigènes avaient abordé l'ile du côté de la rive gauche. C'est donc une attaque générale qui se prépare. Une partie de mes hommes lancent FEn Avant à l'eau, et j ordonne d'allumer les feux. Avec Tautre partie et M. Liénart, je me porte au-devant de la troupe qui a abordé Tile; elle s avance hardiment, et ne se décide à se retirer que lorsque cinq ou six des siens sont tombés. A peine cette attaque est-elle repoussée qu une autre a lieu venant de Tamont de l'Ile. A ce moment CEn Avant flotte ; j'ordonne à M. Liénart de le défendre contre Tattaque probable des pirogues; quant à moi, je me porte au-devant de la troupe qui savance dans nie; malgré les pertes qu'ils éprouvent, les guerriers continuent à s'avancer dans les herbes, jusqu'à quinze mètres du steamer, et nous sommes obligés de tirer à bout portant. Ils se décident enfin à battre en retraite. Un banc de sable précédait l'Ile, un peu en amont de notre emplacement. A cet endroit, les pirogues débar-

quërent encore uae centaine d'hommes. Nous devons encore tirer à bout portant sur ces braves qui ne s'en vont que lorsqu'ils ont vu plusieurs des leurs couchés par terre. Enfin une quatrième attaque se dessioe par l'aval de l'Ile; celle-ci est plus faible; elle bat en retraite après avoir vu tomber deux de ses hommes.

» Le combat n'est pourtant pas encore fini; toutes les pirogues

ut LtlUTKNAXT UÉItABT.

se sont réunies en amont; nous entendons un roulement de tambour; elles s'apprêtent à fondre sur nous.

» Heureusement k ce moment (il était trois heures et demie), nous avions suffisamment de pression pour descendre le courant; je me retire tambour battant, clairon sonnant, obligé cependant d'abandonner le champ de bataille. Les pirogues, au lieu de nous poursuivre, allèrent vérifier leurs pertes.

» Ce combat est un des plus acharnés que j'ai eu à soutenir en Afrique. Généralement les indigènes se sauvent aux premiers coups

de feu, surtout quand ils voient les leurs tomber; ici, rien de pareil ; avec une audace inouïe, les Yakomas s'approchaient de nos fusils jusqu'à quinze mètres, puis nous jetaient leurs lances. Si une de leurs attaques était parvenue à faire une percée, nous étions perdus, car immédiatement tous les audacieux de la deuxième ligne auraient fait irruption. Leurs quatre attaques enveloppantes ont été successives au lieu d'être simultanées : c'est ce qui nous a permis de les repousser. »

L'endroit où se produisit ce combat, qui eût pu avoir pour l'expédition des suites tragiques sans la courageuse énergie du capitaine Van Gèle et la froide résolution du lieutenant Liénart, étant situé par environ 4"^ de latitude nord et 22'' de longitude est (renseignements fournis par le lieutenant Liénart), il restait un peu plus d'un degré à parcourir pour atteindre le point extrême de l'Uellé vu par le D' Junker. La lumière était faite et la thèse de H. Wauters se trouvait vérifiée : l'Ueilé était bien un afiluent de l'Ubangi.

Le retour de l'expédition Van Gèle s'efTectua avec facilité ; les eaux ayant baissé pendant son absence, les rapides furent franchis sans trop de difficultés, sauf pourtant ceux de l'Ëléphant, que Van Gèle trouva complètement à sec : le steamer fut démonté et transporté entre les rochers, sur le lit même du fleuve.

L expédition rentra à l'Equateur le 1^ février i888, après une absence de nonante-huit jours; le capitaine Van Gèle retourna le 13 du même mois à Léopoldville.

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