MORT DU LIEUTENANT LIÉVIN VANDEVELDE. — AIDE APPORTÉE PAR
L^ÉTAT A l'expédition DE STANLEY. — l'aSSASSINAT DU MAJOR BARTT- LOT.
Quoique la dernière expédition de Stanley ne fasse pas, à proprement dire, partie de Tbistoire du Congo, elle a avec celle-ci trop d'attaches pour que nous n'esquissions pas à grands traits les événements qui ont provoqué l'envoi de Texpédition de secours et amené cette nouvelle traversée de TAfrique par le cœur même du mystérieux continent.
C'est vers le mois d*aoûl i886 que le D' Junker, le compagnon de voyage .d*Émin-Pacha, écrivit de Zanzibar pour réclamer en Europe des secours pour Émin et ses compagnons, qui se trouvaient bloqués àWadelaî, station égyptienne située sur le Nil, par environ 2*^ 40' de latitude nord, au nord du lac Albert Nyanza. Après avoir acquis la conviction que le Soudan était perdu pour l'Egypte, que, malgré la glorieuse et inoubliable défense de Gordon- Pacha (1) à Kbarloum, celle-ci était tombée aux mains des mahdistes et qu'enfin Théroïque général anglais avait été tué, Émin-Pacha (2), à la tête d'un petit nombre de soldats noirs, se décida à abandonner
(1) On sait que le roi Léopold II avait offert à Gk)rdon-Pacha le goarernement des territoireB acqais par TÂifiOciation da Congo, et que Tillastre général anglais, après aToir d*abord accepté, se Tit obligé de décliner cette offre brillante pour prendre le commandement de la périlleuse expédition du Soudan.
(2) Ëmin-Pacha s'appelle de son vrai nom D' Edouard Schnitzer; il est né à Oppeln (Silésie) le 28 mars 1840; il fut d*abord médecin inspecteur des provinces de TÉgypte méridionale et fie Texploration des provinces équatoriales ; il fut ensuite nommé gouverneur du Soudan ^piien, poste qu*il occupait au moment de la. révolte du Mahdi.
sa résidence de Lado et à descendre vers le sud pour tenter de conserver à TÉgypte les provinces méridionales, en défendant le poste de Wadelaî et en étendant son influence sur les contrées environnantes ; Émin-Pacba avait pour compagnons le capitaine italien Gaêtano Gasati (1) et le D*^ Junker (3). Celui-ci fut chargé par Émin d'atteindre Zanzibar et de demander des secours. Pendant ce temps, Émin avait à se défendre quotidiennement contre les attaques et les révoltes des tribus riveraines du Nil, et les munitions menaçaient de lui faire bientôt défaut. Il était donc urgent qu une décision fût prise et que Ton volât au secours du courageux Autrichien et de la poignée d'hommes (3) qui lui étaient restés fidèles et qui, manquant de provisions et de munitions, dénués des objets de première nécessité, sans le moindre moyen de communication avec le monde civilisé, tenaient tète à des populations sauvages et inhospitalières et conservaient au cœur de TAfrique les derniers vestiges de Tautorité égyptienne.
Le gouvernement anglais décida aussitôt Tenvoi d*une expédition et il accepta les offres de Stanley, qui se présentait pour la commander : dans plusieurs pays des comités se formèrent pour réunir les fonds nécessaires, évalués à 750,000 francs. Léopold II montra encore ici la générosité qui le caractérise, en allouant une forte somme à lexpédition et en mettant à la disposition de celle-ci les agents et les steamers de TÉtat. H. Hackinnon, de Londres, directeur de la Compagnie a India British Navigation », souscrivit 250,000 francs et le public anglais montra sa sympathie à la nouvelle œuvre en faisant affluer de toutes parts des dons considérables.
Le choix de la route à suivre fut l'objet de longues discussions, car c'était Tun des points les plus importants à examiner : le D' Junker préconisait, quoiqu'elle fût extrêmement périlleuse, la
(1) Gaêtano Gasati, né à Monza (Italie), capitaine d*infanterie; il explora le pays des Mombuttns, où il rencontra le D' Jnncker ; il arriva en 1883 à Lado, où il devint le compagnon d*Émin, pais son adjoint à Wadelaî.
(2) D' William Junker, né à Moscou en 1840, a fait Teiploration des contrées du Nil supérieur et du pays des Combattus et des Kiams-Miams ; il a découvert la rivière Nepoko et donné sur TUellé les renseignements les plus importants.
(3) Les troupes d'Émin-Pacha comprenaient, au départ du D'' Junker, 15 officiers égyptiens, 10 officiers nègres et 1,500 soldats noirs.
traversée de TOuganda, comme étant le chemin le plus court; H. Wauters, le géographe belge, songea le premier à la route naturelle du GongOy que Stanley pourrait remonter jusqu^à TAruwimi ; il ferait le trajet par eau jusqu à Yambuya, point oii commencent les chutes et de là il s ouvrirait un chemin jusque Wadelal; le voyage serait plus long, mais il épargnerait à l'explorateur les vexations de toute sorte et les dangers qui attendent les expéditions dans les provinces orientales ; de plus les attaques et les combats étaient moins à craindre par la voie du Congo que dans les contrées de l'Ouganda, où régnait un chef cruel et dangereux, et qui étaient infestées de bandes de pillards et de brigands. Ce second itinéraire fut choisi par Stanley.
Le personnel de l'expédition fut recruté en grande partie à Zanzibar, et le Khédive donna soixante hommes de troupes. Stanley rencontra à Zanzibar Tippo-Tip, avec lequel, ainsi que nous l'avons vu, il conclut un traité, et qui l'accompagna au Congo. Le personnel comprenait : 9 Européens (le major anglais Barttlot, le lieutenant Stairs, de l'artillerie anglaise, le capitaine d*infanterie Nelson, le lieutenant Jephson, M. Jameson, le médecin Parkes et- M. Bonny), 60 soldats égyptiens, 13 Somalis et 600 Zanzibarites, plus Tippo-Tip et 90 de ses hommes.
Stanley passa à Banana le 22 mars 1887, et, à la fin du même mois, il prit, à la tète de cette caravane d'un millier d'hommes, la plus forte qui eût cheminé sur le sentier des caravanes, la route du Pool, où il n'arriva que le 30 avril, sa marche ayant subi des retards à cause de la famine qui régnait entre Matadi et Lutété.
Pendant cette marche, qui se fit dans le plus grand ordre, les malheureux noirseurent à endurer d'atroces soufTrances à cause du manquedevivres : plusieurs même moururentd'inanition et d'épuisement.
 Léopoldville, Stanley embarqua sa nombreuse troupe dans quatre steamers, parmi lesquels le StanUy, qui avait été mis à sa disposition par le Roi : le lieutenant Liebrechts, chef du district, lui rendit là de nombreux et de réels services que Stanley se plaît à reconnaître dans sa relation de voyage. La principale difTiculté était le ravitaillement de l'expédition : aussi Stanley avait-il hâte d arriver sur le Haut-Congo où cette opération se ferait plus facile-
ment. Le parcours du fleuve se fil sans incident notable ; cent cinquante hommes furent laissés en arrière à Bolobo sous le commandement de MM. Ward et Bonny. Au confluent de TÂruwimi, Tippo-Tip quitta Stanley pour aller prendre son commandement des Falls, accompagné du major Barttlot qui l'escortait avec 40 soldats. Tippo-Tip avait jugé cette escorte nécessaire, car il n*était pas rassuré sur Taccueil que lui réservait les Arabes des Falls en présence de son alliance avec les blancs qu'ils considéraient comme leurs pires ennemis.
L'abandon momentané de la station des Falls avait déjà, en efiet, produit des effets désastreux dans la contrée : les bandes d'Arabes s'étaient répandues le long de TAruwimi et y avaient commis d'exécrables forfaits et des déprédations sans nom. Tippo-Tip trouva les chefs arabes en discorde, et leur annonça sa nomination de chef de district et d'agent de l'État du Congo. Il ordonna en même temps de cesser les razzias d'esclaves. Un seul chef refusa de reconnaître son autorité, mais Tippo-Tip fit preuve d'énergie, et il demanda immédiatement un renfort de soldats et de deux ofiiciers blancs pour contraindre au besoin par la force ses anciens alliés à lui obéir et à se soumettre aux lois de l'État, dont il était le représentant.
Pendant ce temps, Stanley remonta l'Aruwimi, aux chutes duquel il arriva le 18 juin : les indigènes s'étaient enruis dans l'intérieur à l'arrivée des steamers, emportant leurs chèvres et leurs vivres. L'expédition procéda aussitôt à l'établissement d'un camp retranché avec palissades et fossés : Stanley en laissa le commandement au major Barttlot, qui devait, dès que le Stanley aurait été chercher les marchandises et les hommes laissés en arrière, faire parvenir les bagages et les munitions à Stanley au moyen de porteurs que Tippo-Tip s'était chargé de recruter et d'envoyer à Yambuya. Puis, ayant donné ses instructions en détail, Stanley s'enfonga dans l'inconnu, où il devait, pendant plus d'un an, rester isolé du reste de l'humanité, sans donner la moindre nouvelle, plongeant dans l'inquiétude le monde entier, qui suivait avidement la marche de cette grandiose entreprise (1).
(1) Il n^est pas da ressort de notre ouvrage de raconter les péripéties de cette expédition } chacun connut, du reste, par les journaux de Tépoque, la façon dont se ter-
C'est le lieutenant Liévin Vandevelde qui fut châtié, en décembre 1887, de conduire et d'installer aux Falls le personnel destiné à
reconstruire la sta> tion abandonnée parHM. Dubois et Deane et à servir d'adjoints au chef de district arabe Tîppo-Tip; en passant à Vivi, il rendit à ses parents le jeune nègre Sakala qu'il avait emmené avec lui en Europe ' lors de son premier voyage; Vandevelde raconte ainsi la scène qui ■ se passa à cette occasion :
<i Lorsque j^ suis arrivé au village de Mambuco, le père de Sakala était absent avec ses liommes. Ils étaient allés rendre les derniers honneurs à l'un de leurs cama-
Cl. i> M, CB,n,H, Stior.. | radgg XOUt IC vll- 8AXAI.i BM DUITOBIIE DE 80U1AT DE U FOBOB PUBUQBE. jgj-g g'ggj ([POUpé
mina cette iplendide traversée de l'Afrique : Ëmin-Facha retronTé, reconduit à la cCte,et tous tes soldats rapatriéi.Noaa renvofonsle lecteur désireux de lire en détail le récit de l'expédition de Stouler à sou Tolume : Les ténèbres de V Afrique, et au livre : Slanky ausecour» d'Émin-Pacha, par M. A, J. Wnuters; ce dernier ouvrage trËi intéreennt, parut avant le retour de Stanle; en Karope, et fut rédigé d'après les lettre! de Stanley et de ses lientenanta : c'est un véritable livre d'histoire.
devant la véranda sous laquelle j'étais assis, et Ton est allé prévenir Mambuco, qui est arrivé en courant.
» Quand il m*a apergu, il m'a pris les deux mains et il était tellement ému qu'il lui était impossible de prononcer une parole.
» La foule continuait à accourir et tous s'asseyaient en rond sur la place, gardant le silence, dans Tattitude d'un grand événement. Tous les hommes armés de fusils à pierre sont arrivés et Mambuco leur a distribué deux barils de poudre. J'attendais depuis une heure, quand un gamin est descendu la colline en criant.
» Alors, tout le monde s'est levé, et l'on a vu paraître les hommes de Massala portant les caisses, puis Sakala le fusil sur l'épaule. Chacun le regardait sans le reconnaître, mais sa mère s'est élancée avec un grand cri, et alors on l'a reconnu. Toutes les femmes de sa famille se sont mises à courir et toutes les autres se sont mises à crier ô, ô, ô, en frappant sur la bouche ouverte. La fusillade a commencé. Mambuco se démenait comme un diable. Sakala est venu, tenu par le cou par sa mère qui dansait : c'était une scène indescriptible. Mambuco m'avait pris les mains et ne parvenait à prononcer que ces mots : mbolé, mbolé (c'est bien, c'est bien).
» Sakala était un peu honteux et confus, il a pris la main de son père et s'est assis à côté de lui. Pendant ce temps on criait et on tirait des coups de fusil. Toute la famille était là : sœurs, beauxfrères, oncles, tantes et nièces (ils étaient plus de 60). Sakala allait vers eux et les saluait d'après le cérémonial indigène dont il n'avait rien oublié, pas plus que sa langue, qu'il s'est mis à parler avec volubilité. La première chose qu'il a dite à son père, c'est la recommandation d'entretenir la tombe de Joseph qui se trouve à Vivi. »
Hélas ! le pauvre Liévin Vandevelde ne devait pas tarder à aller rejoindre dans la tombe ce frère qu'il chérissait et qui, un des premiers, avait payé son tribut à la fièvre africaine ; en arrivant à Léopoldville, le lieutenant tomba malade et succomba au bout de quelques jours, le 7 février 1888, privant ainsi l'État du con-
cours d'un homme dévoué, intelligent et possédant à son actif de belles victoires dans la conquête de Tinconnu (1).
Il fallait remplacer Yandevelde dans sa mission, car le lieutenant Haneuse, qui avait été désigné pour occuper le poste de résident adjoint aux Falls, quittait seulement TEurope à ce moment, et U Stanley, qui devait transporter d'urgence au camp de Yambuya les marchandises en souffrance à Léopoldville et le contingent de 150 hommes provisoirement laissé à Bolobo, ne pouvait attendre l'arrivée du lieutenant Haneuse.
Hais, précisément à cette époque, le capitaine Van Gèle rentra de sa belle expédition de TUbangi ; il consentit à conduire et à installer la mission, qui se composait des lieutenants Bodson et Alfred Baert et d'un adjudant d'artillerie, M. Hinck.
Pendant ce temps, le lieutenant Van Kerkhoven, commandant de Bangala, s'était rendu, à bord de FA. L A.^ steamer affecté spécialement au service de cette station, au camp de Yambuya, afin de porter des vivres aux Européens qui l'occupaient. Il trouva le major Barttlot et le docteur Bonny dans l'état le plus misérable : les privations, la faim avaient fait des ravages indescriptibles dans le personnel du camp ; de nombreux malades, atteints d'affections dégoûtantes, décharnés, traînaient lamentablement, dans les coins du camp, leur cruelle et sinistre existence; les décès et les désertions ne se comptaient plus ; la discipline était naturellement relâchée et chacun perdait tout espoir. Barttlot attendait toujours les porteurs promis par Tippo-Tip et avait envoyé le lieutenant Jameson auprès du chef de district pour hâter leur arrivée. Le capitaine Van Kerkhoven fut accueilli avec les démonstrations de la plus grande joie par les malheureux affamés, qui depuis un an ne vivaient que du produit d'un maigre champ de manioc, et qui voyaient enfin approcher le terme de leurs effroyables souffrances.
Van Kerkhoven prit avec lui Barttlot et se rendit aux Falls où il
(1) Les deoz frères Joseph et Liévin Vandevelde ont eu des honneurs posthumes dignes de leur beUe existence : un monument, inauguré en grande pompe» a été élevé à leur mémoire à Gand, et la rue habitée par les parents des deux officiers a reçu le nom de *^ me des frères Yandevelde. »
trouva les environs de Tancien Falls dans Tétat le plus florissant : de toutes parts, les Arabes avaient installé des cultures splendides et des maisons spacieuses. Tippo-Tip avait déjà commencé les travaux de la station, non pas sur Tlle Usana-Rosani, mais sur un emplacement très favorable situé sur la rive droite du fleuve. L'entrevue des deux chefs de district fut très cordiale : le commerçant arabe Qt de chaudes protestations de dévouement à TÉtat; il remit à Barttlot un contingent de 400 porteurs destiné à rejoindre Stanley et à lui porter les bagages restés en arrière. Puis TA. /. A. retourna à Yambuya, où elle arriva en même temps que le Stanley portant le capitaine Van Gèle et Texpédition militaire des Falls.
Les quelques jours qui suivirent furent employés à lorganisation de la caravane de Barttlot, qui quitta Yambuya le 11 juin : le major était accompagné de Jameson, du docteur Bonny et de 500 soldats et porteurs.
Les deux steamers retournèrent aux Falls, où Van Gèle regut de Tippo-Tip trois canons, derniers débris de l'ancien Falls, et installa les adjoints européens qui lavaient accompagné; puis il descendit pour rentrer en Europe, où il apporta les dernières et si importantes nouvelles du Haut-fleuve. Il rencontra en chemin le lieutenant Haneuse, qui montait aux Falls pour y prendre la direction de la station.
Le 27 juillet, une nouvelle, pi*essentie il est vrai dès le départ de Farrière-garde de Stanley, vint jeter la consternation aux Stanley-Falls : le major Barttlot avait été assassiné par ses porteurs. L'annonce de cette mort fut diversement commentée dans le monde européen : le premier cri des ennemis de TOEuvre congolaise fut une accusation injuste contre Tippo-Tip que l'on rendait responsable de lassassinat et à qui l'on reprochait même d'avoir insligué le crime. Le chef arabe n'eut pas de peine à se disculper de cette accusation, et les déclarations de tous les compagnons de Barttlot, de même que celles de nos agents du Haut-Congo, dévoilèrent le véritable motif de l'assassinat; le caractère du major n'était pas compatible avec la mission qui lui était dévolue; non qu'il manquât de bravoure : Stanley a fait de lui, sous ce rapport, un éloge mérité ; mais Barttlot ne savait pas user de celte sévérité
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calme, qui punit sans exciter les haines -et qui reste toujours dans les limites de la justice et de Téquité ; par des mesures non exemptes d*une certaine brutalité, il avait provoqué parmi ses hommes une sorte d*efifervescence hostile qui ne demandait qu'une occasion de produire ses effets.
A peine s*était-il mis en marche avec sa caravane, que le major se vit obligé de stopper pour aller lui-même prendre conseil aux Falls, d*où il revint le 18 juillet.
ce Le soir de son arrivée, le major fut incommodé par les chants de porteurs manyemas et le bruit des tambours dont ceux-ci s accompagnaient. Tous les noirs ont l'habitude de s'amuser une partie de la nuit en chantant et en dansant, et aucun voyageur expérimenté n'a jamais essayé de leur défendre ces amusements.
» Cependant Bartllot parvint, ce soir-là, par des menaces, à faire faire le silence; mais le lendemain, dès quatre heures du malin, les chants reprenaient de plus belle. Alors le chef de l'expédition se leva furieux, et, malgré les instances de son compagnon, le docteur Bonny, sortit de sa tente et se dirigea vers les cases des porteurs. Arrivé devant Tune d'elles, il y vit une femme qui chantait en s'accompagnant du tambour. Il la menaga : bientôt un coup de feu retentit, et le major tomba raide mort à la porte de la hutte. C'était le mari de cette femme, le soldat manyema Senga, qui, craignant de voir punir celle-ci, avait fait usage de son fusil et tué le major sur le coup. Au bruit de la détonation, M. Bonny se précipita hors de sa tente. Tout le camp était sur pied, et les porteurs s'enfuyaient, de toutes parts, effrayés, en criant : « Le blanc est mort, le blanc est mort (i)! »
L'expédition fut ramenée à Yambuya par Jameson et Bonny; Jameson Qt conduire, sous bonne escorte, l'assassin aux Falls, où Senga fut traduit devant un conseil de guerre composé des Européens et de Tippo-Tip et présidé par le lieutenant Haneuse. Senga fut fusillé.
Jameson résolut de reprendre le commandement du major Barttlot; mais, s'étant rendu à Bangala pour y conférer avec M. Ward, il mourut de la fièvre en y arrivant, le 16 août 1888.
(I) Mouvement géographique. — Année 1888, page 99.