‹ Le CongoChapitre 23 sur 127 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le capitaine Boget et la fondation dn camp

de r AmwimL

l'expédition scientifique de m. DUPONT. — PRÉOCCUPATIONS ROYALES AU SUJET DES ARADES. — LE CAPITAINE ROGET. — ÉTABLISSEMENT DU CAMP DE BASOKO. — PRÉCAUTIONS POUR l'aVENIR.

Nous citons pour mémoire l'exploralion scienlifique du Bas- Congo et du Kassaï par M. Dupont, parce qu'elle mérite à plus d'un point de vue d'être signalée : M. Dupont, le savant et infatigable directeur du Musée d'histoire naturelle de Bruxelles, n'hésita pas, dans le but d'enrichir la science et de servir son Roi, à affronter les périls et les risques du climat congolais et les fatigues des longues excursions pédestres. Pendant près d'un an, M. Dupont parcourut toute la région du Bas-Congo, faisant des études approfondies sur la géologie congolaise, et vivant en explorateur, c'està-dire sans le moindre confort et exposé à toutes les avanies de Texistence africaine.

Les observations de l'illustre naturaliste ont été consignées dans son livre : Lettres du Congo, où, sous une forme agréable et sans la moindre pédanterie scientifique, M. Dupont expose des données précieuses sur la formation géologique du Congo, ainsi que sur la faune, la botanique et la minéralogie des contrées qu'il a parcourues.

De cet explorateur pacifique, uniquement dévoué à la science, au capitaine Roget, l'homme de guerre qui fonda le camp de Basoko, la transition est brusque : mais l'ordre chronologique nous y force.

£n 1888, le Roi, préoccupé d'opposer aux traitants arabes une barrière contre les sanglantes incursions que ces bandits faisaient dans les provinces du nord de l'État, décida l'établissement de deux

camps retraachés, situés, l'un sur rAruwimi contre les Arabes venant du nord et du cdté des Falls, l'autre sur le Lomami, grand affluent de droite qui se jette dans le Congo en amont des Slanley- Falls, destiné à empêcher le passage du côté de Nyangué et du Ratanga.

Le capitaine d'état-major Rcget fut chargé de fonder le premier

H, ERMBBT DDFOMT.

et le plus important de ces camps. Les aptitudes spéciales de cet éminent officier, qui avait, pendant son premier séjour de trois années, organisé d'une façon remarquable le difficile service de la force publique, le désignaient au choix de Sa Majesté pour une mission qui demandait autant d'énergie, de courage physique et de persévérance, que de tact et de diplomatie.

Le Roi étudia longuement, lui-même, la question, et jugea de

toute nécessité rinstallalion du camp pour plusieurs motifs : prévenir les incursions arabes ; arriver doucement à amener les indigènes, rendus sauvages et inabordables par suite des souffrances que leur faisaient subir les Arabes voleurs d*ivoire, à rechercher la protection de TËtat et de ses agents; garantir et protéger les missionnaires, les voyageurs et les expéditions particulières des maisons de commerce; enfin servir de point de rayonnement aux nouvelles expéditions que Ton comptait envoyer vers rUellé et le lac Albert.

Ordre fut donné au chef de district de Bangala, M. Van Kerkhoven, d'avoir à organiser lavant-garde de Texpédition, qui devait occuper au plus tôt la rive droite du Congo, de Bangala à TÂruwimi, échelonner des postes le long du fleuve et procéder aux premières opérations de l'installation du camp.

Cette avant-garde fut confiée au lieutenant Dhanis, ayant sous ses ordres les lieutenants Bia et Ponthier et le sous-lieutenant Milz, ainsi que les sous-officiers Luyckx et De Yalkeneer, et un contingent de 120 noirs; elle quitta Bangala le 25 octobre 1888, fonda, le S novembre, la station d*Upoto, dont le commandement fut laissé au lieutenant Bia, qui ne le conserva que peu de temps, quelques hommes ayant été jugés suffisants pour la garde du poste. Le 14 novembre, le poste d'Umwangi était établi, et, le l'' janvier 1889, on fondait, près de Tembouchure du Rubi» la station de Yambinga, où, le 3 février suivant, on laissa le lieutenant Bia, tandis que le restant de l'expédition accompagna le capitaine Van Kerkhoven qui se rendait, avec le lieutenant Jacques, à Basoko, au confluent de rÂruwimi,où devait être construit le camp. Du 8 février au 13 avril, le lieutenant Dhanis et ses adjoints firent les premiers travaux, en attendant l'arrivée du commandant Roget, puis le camp fut laissé à la garde de MM. Ponthier et Milz, tandis que le lieutenant Dhanis rentrait en Europe, que le lieutenant Jacques allait prendre le commandement de Yambinga et que le lieutenant Bia se rendait aux Falls en qualité de résident.

Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer ici que le personnel blanc et noir, envoyé par le gouvernement central pour édifier rapidement le camp de Basoko et permettre au capitaine

Roget de se porter avec célérité, dès son arrivée, vers le nord et vers Test, fut très largement employé dans Télendue du district de Bangala pour la fondation de quelques postes isolés ; il suffit, en effet, de jeter un coup d'œil sur la carte, pour constater que la limite du district de rÂruwimi, nouvellement créé et dans lequel celte avant-garde eût dû opérer, se trouve en amont de Tembouchure du Rubi, alors que toutes les opérations préliminaires de Tavantgarde se sont déroulées en aval de ces limites, c'est-à-dire sur le territoire de Bangala ; ce n'est qu'au dernier moment qu'une partie très faible du personnel blanc et noir fut transportée de Yambinga, dernier poste du district des Bangalas, vers l'emplacement du futur camp de Basoko, où le gouvernement central croyait à bon droit concentrée toute l'activité de l'avant-garde.

Cette faute eut pour conséquence de retarder la marche du capitaine Roget, qui dut avant tout consolider les assises de son camp et ne put donner suite que plus tard aux projets qu'il développe de la façon suivante :

« A la suite de la perte des Stanley-Falls, des bandes d'Arabes étaient descendues jusque Basoko; de là elles pénétraient sur le territoire, et empruntaient au retour la Lulu et l'Âruwimi pour regagner le Congo et les Slanley-Falls avec leur butin.

D Les installations de l'Âruwimi leur coupaient ces communications. Aussi cherchèrent-ils, par des pointes habiles, à entretenir l'effervescence des populations en nous représentant comme la cause de tout le mal qu'elles subissaient depuis longtemps.

» Devant l'impuissance de Tippo-Tip à réprimer les écarts de ses lieutenants, il fallait éloigner ces derniers en étendant progressivement l'occupation territoriale dans l'Aruwimi et dans la Lulu, en s'installant à Bomaneh, à Bassoah et à Bassali, ainsi que dans les villages autour du confluent de l'Aruwimi et du Congo.

» Dans la première période, tout en montrant beaucoup de fermeté, il fallait détromper les Arabes de leurs prétentions sur l'Aruwimi. Le camp de Yambuya, créé par eux avec l'assentiment de l'expédition Stanley à côté du camp de M. Barttlot, et l'occupation du restant de l'Aruwimi et de la Lulu sur le conseil d'un Européen, donnaient un semblant de raison à leur résistance, et il

fallait commencer une expulsion lente, sans toutefois entrer en lutte avec les chefs eux-mêmes, qui désavouèrent d'ailleurs leurs lieutenants avec beaucoup de désinvolture.

» EnQn, pour entraver leurs exploits vers l'ouest, une expédition poussée au nord jusqu'aux vallées de la Hakua, de la Mbili et de la Gango laissera des postes sur cette ligne de marche, pour consti-

Page 1