LA STA1I0N DE S
tuer une barrière qui, dans l'avenir, devra élre reportée plus à l'est, dans la Lulu supérieure, puis dans l'Aruwimi. »
Nous verrons ultérieurement comment fut mis à exécution ce dernier paragraphe : nous allons examiner les motifs qui poussèrent le capitaine Rogel à agir avec cette adroite prudence.
A. l'époque de la fondation du camp, les ordres formels du gouverneur étaient de ne créer aucun conflit inutile avec les Arabes; au cours de son iuspection, dont nous rapportons plus loin
les péripélies, le gouverneur général, M. Janssen, avait passé avec Tippo-Tip un contrat aux termes duquel ce dernier payerait un tribut à l'État qui, par contre, l'autorisait à faire le commerce légitime de Tivoire, au même titre que les autres commerçants, dans toutes les régions de l'État. Le commandant de Basoko se trouvait donc dans cette situation difficile de devoir empêcher les empiétements des Arabes, tout en leur permettant de circuler où ils voulaient, dans un territoire grand comme la France, où lui-même n'occupait qu'un seul point. Aussi les honnêtes commerçants arabes cherchèrent-ils à affamer le camp de Basoko, comme ils avaient procédé précédemment pour celui de Barttlot, situé à peu de distance de Basoko. Salim*ben-Mohamed, le lieutenant de Tippo-Tip, qui .dirigeait les bandes de cette région, ne fut pourtant pas aussi heureux dans ses entreprises contre le camp de Basoko qu'il lavait été contre le camp de l'arrière-garde de Stanley. C'est pourquoi le capitaine Roget, à qui les agissements des Arabes paraissaient à juste titre suspects et qui ne pouvait douter de leurs projets, jugea prudent de ne pas remplir les conditions des arrangements pris aux Stanley-Falls par le gouverneur, arrangements qui lui prescrivaient de se transporter au nord vers TUellé eu se laissant guider par les Arabes et en se confiant à eux : pendant le séjour, au camp, de Salim-ben-Mohamed, qui avait ordre de se mettre à la disposition du capitaine Roget pour le conduire à rUellé, le capitaine Roget Qt en secret tous les préparatifs de lexpédition ; et, douze heures après le départ de Salim qui se rendait aux Falls pour y transporter son ivoire et rendre compte à Tippo-Tip de sa mission, l'expédition de TUellé se mit en route sans lui et gagna l'IJellé avant que le lieutenant arabe eût eu le temps de revenir des Falls : il fallait, avant tout, se concilier l'amitié des sultans arabes du nord, dont l'alliance avec ceux de la côte eût été fatale pour l'avenir du Congo (i).
(I) NoQS extrayons d*aiie lettre particalière, reçue en janvier 1890, les renseignements saivants, qui confirment les intelligentes dispositions prises par lo capitaine Koget: << Le 28 décembre, le capitaine Roget envoya le sous-officier Du vivier au bord de la Lotka (Itimbiri), au delà des chutes du Lubi : le capitaine, partant de Basoko, devra gagner par voie de terre ce poste en suivant la Loïka; de là il se
La ligne des postes, comme nous le verrons plus loin, fut établie du sud au nord sur rilimbiri, et la communication fut faite entre rUellé et le Congo par cette barrière de positions qui apportait un obstacle efficace à Tinvasion arabe dans TUbangi.
Remarquons encore qu*à cette époque une tdle barrière n*eût pu être créée dans TÂruwimi ou dans la Lulu, car, avant la fondation du camp de Basoko, M. Becker avait pris avec Salim-ben- Mohamed certains arrangements, et il avait conseillé à cet Arabe de créer dans tout TAruwimi des postes arborant le drapeau de TÉtat (ce qui n*empêcbait pas les officiers du camp de Basoko dy être reçus à coups de fusil et avec des menaces de guerre).
Nous reviendrons en temps et lieu à l'expédition de TUellé ; d'autres événements ayant aussi leur importance se passaient dans Tentre-temps sur les autres points du Congo.
dirigera ren rUellé snpériear poar étendre la dominaiioii de TÉtat daos cette partie du territoire. Ce pays a été ravagé réoemment par les Arabes : ils ont rapporté à Yombuya 45 tonnes d*ivoire, soit plus de 2,000 pointes. Pour récolter antant d'ivoire, ils procèdent de la façon suivante. Après s*ôtre emparés d*an village et avoir massacré la plus grande partie des habitants, ils mettent les prisonniers à la torture; ils leur font griller les pieds jusqu'à ce qulls indiquent Tendroit où l*i voire est enterré ou caché dans Peau. L* Arabe Salim est accompagné à Yambuya par un sultan arabe de TUellé. Ce dernier ainsi que sa suite, est vôtu à la turque, pantalon large bouffant aux genoux, brodequins pointus. Les Arabes de TUellé sont désignés sous le nom d*Arabes du Nord, pour les distinguer de ceux venus de Zanzibar et de la cote orientale : ils sont originaires du Soudan. Une jonction de ces deux factions serait des plus dangereuses pour l'État »
C'est précisément là le but qu'atteignit le capitaine Roget, qui parvint à TUellé avant les Arabes qu'accompagnait M. Becker et qui Kut, sans la moindre effusion de sang et en usant d'une habile diplomatie, opposer ces deux factions en s'alliant à Djabbir contre les Arabes des Falls.