‹ Le CongoChapitre 26 sur 127 · LE COMMANDANT VANDEVELDE DANS LE BAS-CONGO. M. HODISTER SUR · texte numérisé non relu

LE COMMANDANT VANDEVELDE DANS LE BAS-CONGO. M. HODISTER SUR

LA MONGALLA. — ÉTABLISSEMENT D*DN RÉSIDENT A KASSONGO. — LE CAPITAINE DELPORTE ET SON EXPÉDITION SCIENTIFIQUE.

Juin 1889. — Le lieutenant Bodson, attaché à la station des Falls, remonta, dans une reconnaissance hardie, en pirogue et accompagné de quelques soldats seulement, le cours de la Mbura, affluent de droite qui se jette dans le Congo en amont des Stanley- Falls, et celui de la Lokepo, affluent de la Mbura; la largeur de ces rivières varie de 300 à 125 mètres et la profondeur y permettrait la navigation aux canots d*assez grandes dimensions, si de nombreux rapides et des chutes considérables et très pittoresques ne venaient obliger le voyageur à transporter à chaque instant son canot par voie de terre au prix de fatigues excessives. Le lieutenant fiodson rencontra peu de villages, et ceux-ci n*avaient pas grande .importance; la population, peu dense, était assez belle et ût bon accueil au voyageur. C'est pendant ce voyage qu'il rencontra des mangeurs de terre, « surtout des femmes et des enfants, dit le lieutenant Bodson dans une relation de son excursion. Leurs membres grêles, leur ventre proéminent et disproportionné attirent l'attention; leur face blême et leurs yeux éteints indiquent suffisamment le degré de dépérissement et d*abrutissement auquel ils sont arrivés à la suite de cette funeste habitude. En voyant une femme qui rognait un débris de poterie en argile séchée, je lui fis demander pourquoi elle mangeait cela. Elle me répondit qu'elle avait mal à l'estomac et qu'elle éprouvait du soulagement en mangeant de la terre ».

Juillet iSS9'tnars 1890. — Le capitaine d*artiilerie Vandevelde, ayant pour adjoint le lieutenant Liénart et le lieutenant croate Lehrman, fit une importante exploration dans les bassins du Koango et de rinkissi. Il avait pour escorte un détachement de 80 soldats, moitié Zanzibarites, moitié Dahoméens : ces derniers sont des esclaves du Dahomey, que l'Élat libère et qui s'engagent comme soldats dans la force publique.

Tout le Bas-Congo fut visité dans ce long voyage, qui eut pour résultat de faire reconnaître la suprématie de l'Élat dans ces régions encore presque inexplorées, quoiqu'elles soient si rapprochées de la côte. Le capitaine Vandevelde recueillit de son excursion des renseignements géographiques importants, et, au point de vue du commerce, il réussit à faire comprendre aux indigènes le bien que leur voulaient les blancs et les avantages nombreux qu'ils retireraient de leurs relations avec FÉtat.

Le lieutenant Liénart, pendant ce voyage, fut désigné pour prendre le commandement du district de Luluabourg, qu'il conserva du 15 juin 1890 au 30 octobre 1891. M. Liénart apporta tout son zèle à organiser cette contrée destinée à un avenir certain au point de vue de la colonisation. Il fit une importante reconnais, sance vers le sud, jusqu'à Masembé. Il établit plusieurs postes et conclut de nombreux traités avec des chefs qui seront de sérieux soutiens de l'autorité de l'État. Le lieutenant Liénart est l'un de ceux qui ont le mieux compris la mission civilisatrice et économique qui incombe aux explorateurs du Congo et sa carrière africaine s'illustrera certainement de nouvelles découvertes et de faits d'armes héroïques.

Novembre 1889. — Le cours de la Mongalla, qui avait déjà été exploré par le lieutenant Baert en 1886, fut l'objet de deux voyages de H. Hodister, agent de la Compagnie du Haut-Congo. Dans le second de ces voyages, M. Hodister remonta celte rivière jusqu'au point où ses branches supérieures se réunissent, puis il reconnut la rivière Monaï, la plus importante de ces branches. Comme tous les cours d*eau d'Afrique, la rivière Monaî est semée de nombreuses lies. Chose curieuse, M. Hodister y découvrit des villages b&lis

sur pilotis : il fil ce voyage en compagnie d'un chef de la Haute- Mongalla, qui se montra fort dévoué et lui rendit de grands services. De partout les vivres affluèrent à l'expédition : « J'y achetai (à Mabali), raconte le voyageur, beaucoup de vivres et dus en refuser davantage. Voulant cependant laisser un bon souvenir de mon passage, j'achetai une telle quantité de poules que je dus convertir un de mes canots en poulailler flottant. Â cet efTet, je le fis couvrir en étoffe commune; le canot fut lavé à grande eau tous les jours et les poules soignées ; mon poulailler a été remorqué ainsi pendant dix jours et je n*ai perdu que deux poules sur les deux cents achetées. >»

Au village de N'guma, tous les indigènes s enfuient à son approche; il réussit à les ramener, grâce à Itiaka, le chef, qui, « très connu et très respecté, parvient à faire venir une petite pirogue montée par un homme, pour le prendre et le conduire, non pas à terre, puisqu'il n'y en a pas, toutes les berges étant inondées, mais sur une plate-forme, où va se tenir le palabre. Sur cette plate-forme il est bientôt entouré ; je vois des gens qui glissent du plancher de leur case dans leur minuscule batelet et vont le rejoindre. Itiaka parle; il raconte mon premier voyage, mes achats, mes présents; il explique que, contrairement à ce que fait Mobeka, je n'ai rien pris sans payer, que je n'ai emmené ni enlevé personne ; puis il explique, avec force gestes, le bateau, la machine, son mouvement, il en imite le bruit et tout cela avec de telles gesticulations et un tel brio que, quoique me trouvant à 200 mètres de là, je comprends tout ce qu'il veut dire. »

Cette harangue eut le meilleur effet : plus loin, « ils fuient dans leur petit canot léger, puis, après notre passage, nous suivent de loin, en coupant au plus court entre les ties d*herbes. Ils nous jettent généralement une poule au vol, dans chaque village; à cet effet, un canot, monté par les plus hardis ou le plus agile, s'avance à une quinzaine de mètres, nous lance la poule, qui, plutôt que de s'abattre dans l'eau, vient au bateau; aussitôt le donateur fuit à toute vitesse, sans que je puisse rien lui rendre en retour de sa largesse ».

Hodister découvrit une large expansion de la rivière, de deux

kilomètres de long sur six de large, et à quelques heures de navigation en amont, un secoud pool de moindre étendue : il remarqua pour la première fois des observatoires aériens, que les indigènes .de ces parages établissent sur les arbres à proximité de la rivière.

Décembre 1889. — L'État ayant compris l'importance qu'il y

U. HODISTEB.

avait à établir un résident dans la région du Congo située à l'ouest du Tanganyka. contrée où séjournent les Arabes, nomma le lieutenant Le Clément de Saint-Marcq à ce poste et lui assigna Kassongo comme résidence. Il s'y rendit par voie de terre et reconnut la soumission et l'hospitalité des populations riveraines du Congo entre les Stanley-Falls et Nyangué. Il trouva à cette dernière localité un aspect moins florissant que celui que décrivait M. Gleerup

lors de sod passage en 1886. Les relations enlre le lieutenant Le Clément et les Arabes s'établirent avec la plus grande cordialité.

Juin iSQO'juiUet 1891. — A la suite d'une brochure intitulée Exploration du Congo (1), où le capitaine Delporte exposait un projet d'observations scientifiques à effectuer au Congo, la Chambre vota un subside de 30,000 francs pour l'organisation d'une expédition proposée par l'Académie des sciences. M. Janson présenta à la Chambre, à cette occasion, un amendement tendant au vote d'un crédit de 150,000 francs pour l'organisation d'explorations scientifiques qui auraient pour but, non seulement l'observation des phénomènes magnétiques et astronomiques, mais encore l'étude du Congo au point de vue de l'histoire naturelle et des sciences géolo* gique, ethnographique et anthropologique. Cette généreuse proposition fut écartée par M. Beernaert, qui objecta, très sensément, que, dans un avenir plus ou moins rapproché, les stations étant devenues plus nombreuses sur l'immense étendue de l'État, elles pourraient apporter un concours précieux à ces explorations, qui eussent en ce moment occasionné des frais énormes .

Le projet du capitaine Delporte était de parcourir les côtés d'un vaste polygone déterminé par l'itinéraire suivant : de Boma à Léopoldville, par la roule des caravanes; de Léopoldville au Lomami, par le Congo ; le cours de Lomami jusqu'à hauteur de Nyangué, de là au camp de Lusambo sur le Sankuru; du Sankuru à Luluaboui^; le cours du Kassaï jusqu'à Léopoldville. Pendant ce parcours de plus de 6,000 kilomètres, le capitaine Delporte se proposait de faire les opérations suivantes : déterminer la longitude et la latitude des points les plus importants de son itinéraire et préparer, au moyen de ce premier réseau géodésique, la triangulation de la contrée; fixer, par l'observation de la déclinaison, de l'inclinaison et de l'intensité magnétiques, l'équateur magnétique au cœur du continent.

Le capitaine Delporte prépara avec le plus grand soin les préliminaires de cette importante expédition ; lui-même veilla à la coa-

(1) Exploration du Congo, par A. Delporte. Bruxelles, F. Hajez ; une brochure de 23 pages.

action des ÎDstruments de précision qui lui élait nécessaires : cercle méridien Taciie à porler et pouvant être aisément mis en sUtioD; théodolite construit d'après les plans mêmes de Delporle, pouvant être rapidement monté en déclinomètre, en inclinomètre et en inagnétomëtre.

Les deux officiers commencèrent par lever les points du Bas-

LB CAFITAIHK DBLPOSTE.

Congo et par faire quelques opérations géodésiques, entre autres la triangulation reliant Matadi à Ango-Ango et à Nokki; puis ils remontèrent le Congo jusqu'aux Falls, Mais le capitaine Delporle avait trop présumé de ses forces ; il tomba malade et se vit obligé de regagner la côte : il succomba à Manyanga. le 25 mai 1891, privant la science du concours d'un savant doublé d'un homme trempé aux plus dures épreuves et aux plus cruelles privations.

Le lieutenant Gillis continua et compléta l'œuvre entreprise par le capitaine Delporle. Depuis, cet officier est rentré en Europe et, à l'heure où paraîtra notre ouvrage, il aura livré à la publicité le fruit de tant de labeurs et de tant de dévouement (1).

(1) Nous renvoyons le lecienr désireux de connaître en détail tout ce qui se rapporte à cette exploration aux BnUetina de l'Académie royale de Belgique, 3« série, tome XXV, n« 6, 1893.

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